SCÈNE IX iMARTIN, puis AGÉNOR
MARTIN, seul.
Voilà un Espagnol qui m'ennuie ! Mais s'il n'est pas content de moi cette fois-ci, il sera bien difficile. (Apercevaut AgéDor.) Voilà la victime.
AGÉNOR, entrant par le fond, il lient un rond do serviette en bois sculpté; à Martm .
Vois donc comme on travaille bien le bois dans ce pays-ci... Permets-moi de t'offiir?...
xMARTIN.
Qu'est-ce ?
* Agénor, Martin.
AGKNOR.
Un rond do servielle aven le mot : Amitié.
MARTIN, avec amertume.
Amitié!... Asseyez- vous, monsieur, écoutez-moi, et vous me direz ensuite si je puis accepter votre rond. Asseyez-vous !
AGÉNOR, a part, s'asseyaot pendant que Mariic s asseoit prè6 de la table.
Qu'est-ce qu'il y a ?
MARTIN
Ah I ils ont raison les hommes aiii n© s'endorment pas
sur la foi punique de l'amitié.
AGÉNOR, étonné.
Pourquoi ?
MARTIN
Ils ont raison ceux qui ^e méfient... ceux qui ne confient pas leur honneur à cette barque fragile et capricieuse qu'on appelle la femme.
AGÉNOR
Que veux-tu dire?
MARTIN, éclatant.
Je veux dire que vous m'avez indignement trompé 1
AGÉNOR, se levant- Moi ! c'est faux! je te jure.
MARTIN, se levant et allant k lui.
Vous avez trahi ma confiance ! en un mot, vous m'avez fait I... (Baissant la voix.) Vous m avez fait une raie dans le dos!!!
Qu'est-ce qui t'a dit ça?
MARTIN
Don Hernandez Martinez, mon cousin, qui m'a ouvert les yeux. Dieu le garde !
AGÉNOR, à part.
Oh ! il me le paiera celui-là.
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MARTIN
Ainsi c'est vous... vous à qui j'ouvrais tous les jours mon foyer, ma table à manger... ma table de jeu ! vous n'avez pas craint de...
AGÉNOR
Oh! si tu savais le chagrin que ça me faisait, ce que j'ai souffert !
MARTIN
Ta ta ta ! répondez... que feriez-vous à ma place?
AGÉNOR
A ta place, je dirais: Agénor, c'est mal ce que tu as fait là... mais je sais que tu m'aimes bien... jure-moi que tu ne recommenceras pas... jure-le moi!... et je te pardonne!
MARTIN
Tu tu tu !..- ça ne peut pas se passer comme ça... je pourrais vous tuer, monsieur !
Ah!
MARTIN
Je l'ai môme essayé...
AGÉNOR
Oh!
MARTIN
Mais vous avez jugé à propos de prendre un bouillon... Le jury est très-bienveillant pour ce genre de représailles... mais assez de sang répandu !
AGÉNOR
Oui!... qu'exiges-tu de moi?... je me soumets à tout.
MARTIN
J'y compte bien... je vous donne l'ordre d'abord de ne plus me tutoyer... un mur do glace nous sépare.
AGÉNOR
Comme tu voudras.
MARTI N
A la bonne heure! maintenant voici ce que j'ai décidé... et pas de prières, pas de supplications... je suis inflexible!
AGÉNOR
Parle.
MARTIN
Je veux perpétuer un monument plus durable que le marbre et l'airain,,, le souvenir de votre trahison.
Tu veux faire bâtir quelque chose?
MARTIN
Je vous ai défendu de me tutoyer, monsieur.
AGÉNOR
Pardon, monsieur.
MARTI N
Je continue. Vous fonderez à vos frais... et sous mon nom, un prix à l'Académie.
AGÉNOR
MARTIN
Un prix pour l'auteur du meilleur mémoire sur i'infamie qu'il y a à détourner la femme de son meilleur ami... vous pourrez concourir.
AGÉNOR
Vous êtes bien dur!...
MARTIN
Ce n'est pas tout : ce prix... annuel... sera de 22,300 francs.
AGÉNOR, se récriant.
Toute ma fortune !
MARTIN
Pas un sou de moins !
Après moi alors?. ..
MARTIN
Bien entendu.
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AGÉNOR
J'accepte I
MARTIN, à part.
Si tous les maris trompés agissaient avec cette rigueur, on verrait moins de scandales daifs les familles.
AGÉNOR
Mais à cette condition... vous me pardonnez, monsieur 1
MARTIN
Peut-être, monsieur. (Emu.) Mais nous ne devons plus
nous revoir... (ll ?e dirige vers sa chambre, — à droite, premier
plan.)
AGÉNOR
Oh!... jamais?
MARTIN *
Jamais!... les préjuges du monde nous scparentl... Adieu, monsieur, nous nous sommes vus pour la dernière fois.
AGÉNOR, suppliant.
Ferdinand!
Pour la dernière fois!