SCÈNE XI MARTL\, AGÉNOR
AGÉNOR, bondissant.
Il a dit roquet! (courant à la porte.) Espagnol de carton! (il va pour sortir à gauche.)
* Âgénor, Hernandez, Martin.
MARTIN *
Monsieur Monlgommier, un mot : J'ai été trop lié avec vous pour assister de saDg-froid à la bouciieiie qui se prépare. Le châtiment que je vous ai infligé me sudit; je ne veux pas votre mort.
AGÉNOll.
Si tu savais à quel point je me fiche de ton incas...
MARTI N
Je vous ai déjà prié de ne pas me tutoyer.
AGÉNOR
Ça m'est échappé...
MARTIN
Au nom de notre défuDte amitié, écoulez un der. ier conseil... Pendant qu'il vous cherche dans la forêt, filez sur Paris !
AGÉNOR, froissé.
Ah ! monsieur, vous oubliez que j'ai porté l'épaulette !
Je ne peux pas m'expliquer, mais c'est fait de vous si vous acceptez ce duel formidable !
AGÉNOR
Hé bien, après.^ Que m'importe l'exislence maintenant... je n'ai plus d'ami !
MARTIN, éûQU.
Vous êtes d'âge à faire de nouvelles connaissances.
, AGÉNOR, ému.
Non, Ferdinand !
MARTIN
Ne m'appelez pas Ferdinand... Nous sommes en froid... Au surplus, je vous ai donné cet avertissement... Maintenant le reste vous regarde, monsieur, (u remome.) AGÉNOR, s'iQcliaant.
Je vous remercie, monsieur.
* Loïsa, Agénor.
MARTIN, revenant tout à coup.
Mais malheureux, ce n'est pas à un combat loyal que vous marchez, c'est à un guet-à-pens! Don llernancJez a un truc !
AGÉiNOR.
Lequel ?
MARTIN
Non, j'en ai déjà trop dit... Vous n'espérez pas que je trahirai pour vous un parent, le chef de la famille, le champion de notre honneur!... Jamais, monsieur, jamais ! (Changeaût de ton.) L'animal se cache derrière un buisson ; il met son chapeau et son paletot au bout de sa carabine, bien en vue I Vous tirez ; il vous crie : Je suis mort! Vous vous avancez... et il vous escolie... C'est épouvantable!
AGENOR.
Très-canaille, son truc! je le prends ! MAR'TIN, vivement.
Je vous le défends, monsieur I
ÂGÉ NCR.
Mais cependant...
MARTIN
Je vous le défends!... vous n'avez pas le droit d'abuser d'un secret qui m'est échappé... donnez-moi votre parole... votre parole d'honneur...
AGÉNOR
C'est bien, monsieur, mon adversaire est votre parent.. sa vie me sera sacrée ! . . .
MARTIN, inquiet.
Hein?... qu'est-ce que vous entendez par là?
AGÉNt»R.
Je saurai m'immoler!
MARTIN
Mais je ne vous demande pas ça! défendez-vous, au contraire... lâchez de le... (s« reprenant., De l'éviter!... mais ne vous servez pas de son truc, c'est à lui ce truc,
96 LE PRJX MARTIN
c'est le truc de la famille... cherchez en un autre... un bon! un meilleur! (Avec émotion.) Adieu... etbonne chance!
AGÉNOR
Nous ne nous.reverrons probablement jamais...
MARTIN, très-ému sur la porto de sa chambre. Après tout, je ne le connais que depuis quinze jours, cet espagnol!,,, prenez son truc si vous voulez!
AGÉNOR
Ah! tu as beau dire, tu m'aimes toujours!
MARTIN
Non, monsieur... là où il n'y a plus d'estime, il ne saurait y avoird'amilié. (il rentre dans sa chambre.)