SCÈNE XIII LOISA, HERNANDEZ
HERNANDEZ, entrant par le fond, sans voir Loïsa. Il est tout habillé de vert et porte du feuillage à son chapeau. Il a une carabine à la main.
Je viens chercher ma gourde... j'ai changé mon truc...
Martin est capable de l'avoir indiqué à son copain... je
me suis méfié... et alors, je me suis habillé en feuillage...
le roquet doit être déjà sous bois ; cherche, mon bonhomme,
cherche, je te retrouverai tout à l'heure.
LO ï SA, se retournant.
Qu'est-ce que c'est que ça! don Hernandez' ...
Loïsa 1
LOÏSA, riant.
Pourquoi ce costume? vous avez l'air d'un buisson.
HERNANDEZ, déposant sa carabine et son chapeau à droite. Le buisson qui marche. C'est ce qu'il faut.
LOÏSA
Et cette carabine? vous allez à la chasse?
HERNANDEZ
A la chasse à l'homme! votre mari sait tout!
LO Isa, élODQce.
Tout... quoi?
HERNANDKZ.
Eh bien... AgénorI
LOÏSA
C'est faux!., c'est une calomnie!
IIERNANDEZ.
Pas de marivaudage! il a des preuves!
LOÏSA
Certaines?
Certaines !
LOÏSA, effrayée, passant à droite *.
Mais alors^ je suis perdue!
HERNANDEZ
Ça m'en a l'air... il est furieux... il rumine une vengeance dans la manière des Borgia.
LOÏ SA.
Ah ! mon Dieu !
HERNANDEZ, à part.
Ça prend! (Haut.) Si vous m'en croyez, vous ne mangerez rien tant quo vous serez en Europe.
LOÏSA
Merci bien!
HERNANDEZ
Excepté des œufs à la coque parce qu'on ne peut rien fourrer dedans.
LOÏSA, éperdue, passant à gauche.
Mais que faire? que devenir? Je ne peux pas rester ici! (Elle s'assied près delà table.)
HERNANDEZ **
Je vous offre un asile! venez dans mes États.
* Hernandez, Loïsa.
** Loïsa, Hernandez.
LOI SA
Ah! non, c'est trop loin!
HERNANDEZ, s'approchant d'elle
Une promenade... toujours sur l'eau... Vous ne connaissez pas mon pays... quehe nature ! le ciel est bleu, la mer est bleue, la terre est bleue... Vous serez coulinuellement en palanquin... et la nuit je vous donnerai quatre Indiens dans leur costume national, pour écarter les mouches de votre gracieux visage... Quant à la nourriture...
LO ÏSA.
Oh ! ne parlons pas de ça !
HERNANDEZ, se jetant à genoux.
Dites un mot, senora, et je dépose mon trône à vos pieds.
LOI SA
Ah! Hernandez... ne me tentez pas! (Languissamment.) Vous êtes donc veuf ?
HERNANDEZ, se relevant.
Hélas! non !
LO ï SA, se levant.
Vous m'offrez votre trône... et votre femme ?
HERNANDEZ
La reine? J'ai pensé à elle... je lui donnerai une place dans ma lingerie... rien à faire!... Abandonnez-vous à moi, c'est le ciel que je vous ouvre.
LO ÏSA.
Et mes devoirs ?
HERNANDEZ
Lesquels ?
LOÏSA
Je ne sais pas ce que je dis. . . vous me grisez, vous me char, mez... et puisque mon mari a oublié sa mission qui est de me protéger... don Hernandez. ramenez-moi chez ma mère 1 HERNANDEZ, la serrant daus ses bras et l'embrassant.
Ta mère ! c'est moi qui serai ta mère! c'est moi qui serai ta mère I
100 LE l'RIX MARTIN
Les Mêmes, MARTIN, puis AGÉNOR.
MARTIN, entraut de droite.
Hein ?... que vois-je ?
LOI SA
Mon mari! (eUc se sauve par le fond à gauche.) MARTIN, sautant sur la carabine déposée par Heroandez et le couchant en joue.
Ah ! toi aussi !...
HERNANDEZ
Ne tirez pas !
AGÉNOR, entrant de l'autre côté avec une carabine et couchant en joue Hernandez.
Crarde-toi !
HERNANDEZ *
Ne tirez pas ! je me rends !
AGÉNOR
Trop tard !
MARTIN, à Agénor.
Bas les armes !
AGÉNOR
Mais notre duel...
Assez de sang répandu ! Moi seul ai le droit de donner des ordres ici ! (a part.) Il me vient une idée de vengeance raffinée... (Haut.) Votre vie est entre nos mains, don Hernandez : vous soumettez-vous d'avance à ce que je décide de vous ?
HERNANDEZ
Parbleu! je n'ai pas d'arme et vous êtes deux.
* Agénor, Hernandez, Martin.
MARTIN
Voici mon arrêt :... et pas de prières, pas de supplications... je suis inflexible!
AGÉNOH, à part.
Il va lui faire fonder un second prix. MARTIN, à H'^rnandez.
Vous allez emmener celle qui fut madame Martin dans vos pampas du Nouveau Monde, de manière que l'ancien ne soit plus troublé par cette Hélène moderne.
AGÉNOR
Ah ! voilà une bonne idée !
HERNANDEZ
J'accepte, (a part.) Est-il bêtel
MARTIN, à part.
Je crois que si les maris agissaient avec la même rigueur, on verrait moins de scandales dans les familles î
Et quand veux-tu que nous partions?
MARTIN
Je vous prie de ne plus me tutoyer... un mur de glace nous sépare... Vous partirez sur-le-champ.
HERNANDEZ
On y va ! (a Agénor.) Quant ù vous, monsieur, dans votre intérêt, je vous interdis toutes les forêts d'Amérique 1
AGÉNOR, flèrement.
Et moi celles d'Europe... y compris le Vésinet !
MARTIN, à part. *
Ah! que c'est beau le courage !
HERNANDEZ, a Marlio.
Me donnes-tu la main ?
MARTIN
Jamais !
102 LE PRIX MARTJN
IIERNANDEZ.
Bouflenr ! (ll rimontoun peu, pni?, se retourn'inl :) Jo VOUS méprise ! Dieu vous garde ! (ii sort p^r le fond à gauche. )