SCÈNE III Les Mêmes, EDMOND, BATHILDE
EDMOND, entrant avec Batbilde, et salaant. ]\îadame. .. messieurs.., permettez-moi de vous présenter ma femme. (Pionceux sort.)
LOÏSA
Madame. (Elle fait asseoir Bathilde près d'elle, sur le canapé. Tout le monde s'asseoit.)* Vous faites déjà vos visites?
BATHILDE
Mon Dieu oui... maman m'a dit : Il faut vous en débarrasser tout de suite.
EDMOND
D'autant plus que nous partons ce soir. J'ai une botte de cartes avec P. P. G... pour prendre congé.
LOÏSA
Et quand vous ne rencontrez personne... vous dites... une de moins! ...
* Agénor, Edmond, Martin, Bathilde, Loïsa.
BATHILDE
Autant (le gagné!
EDMOND, tons.^^ant pour 1 averlir.
Humî IIum!(iiaut, gracieusemeot.) Nous ne (lisons pas cela partout.
BATHILDE
Ohl presque!
MARTIN, à part.
Elle tst charmante! un peu bébête! (Haut.) Et où allezvous passer votre lune de miel?
EDMOND
En Suisse. Je viens d'acheter le guide. (Bathilde ag,ite son mouchoir.)
AGÉNORj à part.
Le mouchoir! déjà!.,.
LOÏSA
Quelle partie de la Suisse comptez-vous visiter ?
BATHILDE
Ohl je ne sais pas, moi, il faut demander ça à Edmond.
EDMOND
Nous entrerons par Genève, Chamounix et ensuite l'Oberland... Je tiens surtout à faire voir à mademoiselle... (On rit. Se reprenant. ) à madame Bartavelle! h chute de l'Aar à la Handeck.
LOÏSA
C'est curieux?
EDMOND
C'est ce qu'on appelle une belle horreur. Figurez-vous des rochers à pics... non... je vais vous en lire la description, (il ouvre son GuLle. BalliilJe agite son mouchoir.)
MARTIN
Madame est peut-être un peu pressée?
BATIIILDE.
Ahl pas du tout ! nous avons tout le temps.
EDMOND, qui a cherché dans lo Gaide.
Ah! voilai... La Ilandeck. Écoutez ça. (Lisant.) «En » approcliant de ces vastes solitudes, l'âme est pénétrée » d'un sentiment religieux, on prend un petit sentier à » gauche. (Balhllde agito plus viveraeni son mouchoir.) AGÉNOR, a part.
Le mouchoir a des attaques de nerfs! ,
EDMOND, lisant.
« Enfin l'on arrive, quel admirable tableau!,.. 0 scep- » tique découyre-toi! Au sommet d'un rocher à pic, cou- » ronné de pins noirs (pinus nigra), deux torrents se pré- » cipitent, en se choquant avec un bruit formidable, dans )) un gouffre sans fond,
LOÏSA, avec terreor.
C'est effrayant !
EDMOND, lisant.
« Le voyageur tremble, car l'abîme l'attire et, courbé » sous la main puissante de la nature, il plie le genou et » s'écrie! (Tournant la page.) On trouve au chalet de la >> Handeck, du pain, du fromage et du kirschwaser. (s'ar- » rêtant.) Mais ça ne se suit pas... Ah! j'ai tourné deux pages. (Bathilde agite son mouchoir.)
AGÉNOR, à part.
11 est donc aveugle. (ll tire son mouchoir et l'agile aussi.)
LOÏSA
Que ça doit être beau cette chute de TAar. (a Martin.) Mon ami, pourquoi n'irions-nous pas aussi en Suisse ?
MARTIN
Oh! la Suisse !... on s'en fait une idée... Figure-toi le Mont-Valérien... plus haut... voilà la Suisse 1
LOÏSA
Oui, mais là on ne court aucun danger... tandis qu'à la Ilandeck...
EDMOND
Il suffit d'un simple faux pas... On parlo d'un Anglais qui avait à se plaindre de sa femme. Il la conduisit à la chute de l'Aar et avec le petit doigt il la j)Oussa dans le trou!
LOÏSA
Ah ! c'est horrible !
BATIIILDE.
On ne l'a retrouvée que cinq ans après.
AGÉNORc Bien changée. (BathiUe a?ite son mouchoir.)
Monsieur Edmond... madame vous fait le signal du départ.
BATIIILDE.
Oh! non! ce n'est pas ça... ce sont les mouches qui me tourmentent.
MARTIN^ à part.
Elle est charmante! un peu bébête !...
LO ï SA.
Combien vous reste-t-il de visites à faire ?
BATHILDE
Vingt-cinq avant dîner !
LO ÏSA, se levant.
Vous n'avez pas une minute à perdre.
EDMOND
Puisque vous le permettez,. . (Oq se lève.)
BATHILDE
Nous resterons plus longtemps à notre retour.
LOÏSA
Je vous souhaite un bon voyage, chère madame.
^6 Ll^ l'HIX MARTIN
MARTIN
Et prenez garde à la llandock.
EDMOND h. DaUiildo *' .
Oui. Si vous n'ôtes pas gentille... je ferai comme l'Anglais. Je vous pousserai dans le trou.
Oh! je ne vous crains pas, allez! (Saluant.) Madame, Messieurs.
MARTIN
Je sors avec vous; je vais au Crédit foncier. (Martin, Edmond et Bathilde sortent par le fond.) LOÏSA, à part.
Ce n'est pas malheureux, les voilà partis 1