‹ Le Probabilisme moral et la philosophieChapitre 10 sur 162 · Albertus m. Elenchor. lib. I, tract. I, cap. I · texte numérisé non relu

Albertus m. Elenchor. lib. I, tract. I, cap. I

rail contenir une cause nécessaire de conséquent ; mais elle n'exclut nullement une nécessité de simple conséquence. Si la forme en vertu de laquelle une chose est ce qu'elle est, est un principe de nécessité, la matière est un principe de possibilité et de changement. En d'autres termes, la matière implique une idée d'indétermination. La forme seule la détermine et l'actualise. Toutefois le composé qui résulte de ces deux facteurs est loin d'être un acte pur dans son genre : il demeure dans son fond sujet à varier ; car ce qui peut être, peut aussi ne pas être.

Aussi toute nécessité absolue est-elle absente des sciences qui ne fout pas abstraction de la matière, dans leur objet propre. C'est ce qui se vérifie dans une large mesure, même pour les sciences naturelles. Sans doute si elles prennent pied sur les réalités sensibles et individuelles, ce n'est pas pour s'y enfermer, mais au contraire pour passer du particulier au général, pour dégager la loi de ces mêmes réalités : la loi, c'est-à-dire uii rapport simple et relativement universel. Néanmoins, leur objet propre, pour n'être pas compris dans les choses sensibles, entraînées dans un flux perpétuel, n'est pas cependant affranchi de toute idée de matière ; car il n'est rien autre que le sensible commun. C'est pourquoi les modernes, comme les anciens, disent qu'il n'y a de science que du général.

Mais, du moment que la matière sensible commune rentre dans l'objet même des sciences naturelles, on ne saurait attribuer à leurs conclusions un caractère de nécessité a priori et absolue. Par les conditions de leur objet, ces sciences retiennent une part de contingence : la nécessité du conséquent s'en trouve écartée ; seule une

nécessité conditionnelle et de conséquence peut s'y rencontrer : nécessitas positionis. Elle se formule ainsi : telles conditions, tel antécédent étant donnés, telle conséquence suivra ou bien encore : une cause naturelle et suffisante étant posée, l'effet l'est par le fait même. Ce qui revient à dire qu'une chose est nécessairement, supposition faite de son existence. Mais dans ce cas, l'antécédent pris en lui-même ne présente aucune nécessité intrinsèque, pas plus que le concours de toutes les conditions requises pour la production de l'effet. Ainsi l'ordre actuel de l'univers lui-même est contingent, dans ce sens quil pourrait être autrement qu'il n'est et même ne pas être du tout. Nous sommes donc loin en pareille matière, de la nécessité qui appartient aux vérités d'ordre purement rationel et abstrait.

La matière cependant n'est pas l'unique source de la contingence. La liberté en est une également. C'est pourquoi les considérations générales qui portent sur les actes humains, en tant qu'ils sont un produit des volontés particulières, n'ont rien d'absolu. Les raisonnements qui s'y rapportent n'aboutissent jamais à des conclusions vraiment universelles : circa actus singulares hominum, universales propositiones rion passant assumi vere *, dit saint Thomas. Aucune loi ne nous permet de les prévoir ni d'en prédire le retour avec une entière certitude. Nous ne pouvons établir une telle loi ni par l'expérience du semblable, ni par voie de déduction logique : les conditions d'une généralisation inductive font défaut et, par ailleurs, on ne saurait mettre en avant, dans

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