St Tuoyiia. Poster. Analytic , lib. I. lect. XXXI
l'autre partie de la conlradicliou : et nous en détournent même totalement, totalUer, au dire de saint Thomas.
Or si telle est la loi qui préside à la genèse de l'opinion, il en résulte nécessairement que deux opinions contraires, à les supposer possibles, ne sont pas comparables en plus et en moins. En effet, elles nous apparaissent, dans ces conditions, engendrées par des contraires portés à l'extrême limite de l'opposition : ex iillimis conlrariis, c'est-à-dire par des motifs diamétralement opposés et considérés respectivement comme étant les plus forts et les plus décisifs. On ne peut donc imaginer les opinions dont il s'agit, plus distantes l'une de l'autre. La divergence y est poussée jusqu'à la dernière limite. C'est ce que les anciens scolastiques désignaient par les mots de differentia vel conirarietas finalis. Or ces sortes de choses, par définition, ne sont pas susceptibles de plus et de moins ; elles n'admettent ni comparatif ni superlatif. Il est impossible de les diviser en degrés sans en détruire la notion.
Cette raison pourra paraître un peu subtile ; mais elle ne manque pas de valeur. Elle découle, comme on le voit, du procédé même d'après lequel toute opinion rationnellement acquise se- forme en nous. Il est bien manifeste que le choix que nous faisons entre deux conclusions, tout d'abord considérées comme possibles, est dirigé et déterminé par les motifs les plus puissants qu'un examen informatif nous a révélés. Et cela est vrai non seulement en droit, mais encore en fait : nous voulons dire que tout opinant obéit en réalité à des raisons qu'il juge les plus fortes et les seules déterminantes. C'est ainsi que deux opinions contraires sont forcément, par la loi même de leur naissance, à l'extrême opposite
l'une de l'autre. On objectera, sans doute, que le jugement de valeur de lun des deux opinants est certainement erroné et qu'il y a lieu, par conséquent, à une étude critique des positions prises. Nous l'accordons d'autant plus volontiers que nous regardons la coexistence et la légitimité des deux opinions, eu pareil cas, comme inconcevables : « il est impossible, dit le B. Albert, de concevoir en même temps des contraires ou des contradictoires sous forme d'opinion et de prise en considération quelconque : secundum opinionem et sestimationem *.
Il y a doue lieu de combattre et de réfuter l'opinion contraire, mais non de les comparer entre elles sous le rapport de la probabilité : ce qui ne peut se faire sans reconnaître préalablement leur droit à l'existence comme opinions. Ou tombe ainsi dans tous les inconvénients que nous avons maintes fois signalés. Le fait particulier que chacun peut se croire en possession de la bonne opinion, n'influence en rien la théorie, la doctrine, qui ne se préoccupe que de ce qui doit être. La valeur d'un principe ou d'une loi est indépendante de l'application plus ou moins juste qui peut en être faite par tel ou tel individu. C'est pourquoi ni la rhétorique ni la dialectique, dit Aristote, ne s'occupent de ce qui peut paraître probable à Gailias ou à Socrate : leur rôle est d'établir ce qui est probable en général, de déterminer les conditions d'après lesquelles l'opinion s'engendre en nous.
Mais il n'en reste pas moins vrai que le moyen le plus efficace de réduire les divergences en question, est de se faire une juste idée de la nature abstraite de la probabilité etde l'opiuion. Ainsi c'est principalement par suite d'une
1. — Albertus m. Prior. Analytic, lib. II, tract. VI, cap. VIII.
■conception inadéquate du probable qu'on a été conduit à admettre la possibilité de comparer deux opinions contraires.
Nous l'avons dit, les auteurs modernes ont généralement fait perdre au mot probable son plein sens. Pour eux le probable n'a plus été le facteur exclusif, la raison propre et formeUe de l'assentiment d'opinion. Ils l'ont pratiquement confondu avec la simple limitation du contingent possible: c'est ainsi qu'il rend toujours le sens de <:e qui peut être ou nepas être. Peu importe que les chances soient plus grandes pour une partie de l'alternative que pour l'autre : nous ne sortons pas pour autant du domaine de la possibilité. Le probable, dans ces conditions, représente ce qui peut être : quod potest inesse : il montre le jugement ou la détermination intellectuelle comme pouvant échoir, comme partiellement dégagé de la contingence pure : mais il ne le montre pas comme actuellement réalisable : il n'en constitue pas la raison propre et déterminante. En un mot, il n'exprime pas ce qui est digue d'assentiment, mais ce qui a quelque chance de le devenir. Nous avons entre ces deux conceptions du probable toute la différence qui existe entre le contingent toujours compris malgré certaine limitation dans la catégorie du possible et le contingent déterminé : quod inest.
Pour bien saisir la portée de ces remarques et dictinctions, on ne doit pas oublier que le probable est le contingent réalisé dans une opération de notre esprit. Le contingent pur vise un effet tel qu il se présente, par rapport à sa cause matérielle ; dicitur secundum caiisarn maierialem '. Or celle-ci est dans la plus complète indilfé-