St Thomas. Pliysicor., libr. XI J, lect. VIL
ment croire, en pareil cas, à l'unité spécifique exigée par la saine philosophie et la nature des choses, pour une comparaison ? Il n'y a même pas lieu à une comparaison d'égalité : car les choses égales participent à la même forme ou qualité et dans la même mesure. Ce n'est pas le cas de deux opinions contraires. La comparaison de supériorité ou d'infériorité n'est pas moins inconcevable. Car le plus et le moins doivent être pris dans le développement ou l'étendue d'une même nature de chose. Autrement on additionne des éléments disparates qui ne peuvent faire nombre.
Saint Thomas dit que le plus et le moins s'opposent l'un à l'autre comme le parfait et l'imparfait : secundum perfectum et imperfectiim*. Or c'est un principe reçu que la perfectibilité est restreinte à l'ordre respectif des êtres. Il s'ensuit naturellement que le plus et le moins ne se vérifient qu'en matière homogène. Il n'est donc pas possible d'établir un rapport de supériorité et d'infériorité entre deux probabilités contraires. Nous n'avons même plus, dans ce cas, l'opposition telle qu'elle existe entre le parfait et l'imparfait mais entre deux formes opposées l'une à l'autre, comme dans les couleuts, le blanc et le noir, et dans nos opérations intellectuelles, l'affirmation et la négation : secundum contrarias formas. Il ne peut donc pas être question de plus et de moins entre ces éléments disparates. Leur incompatibilité est complète : elle ne permet aucun rapprochement, aucune addition, aucune commune mesure. Il n'est pas en notre pouvoir d'associer des choses qui s'excluent réciproquement :
1. — St TH0M.4.S. Samm. Iheolog., I-lIx, quast. LXVII. art. III.
quse siint privationes ad invicem. Les contraires s'opposent par afTirmation ou négation. C'est pourquoi ils sont destructifs l'un de l'autre.
Les raisons que nous venons d'exposer sommairement, pourraient nous dispenser d'en produire d'autres ; car elles sont tirées des données les plus incontestables de la philosophie. Mais vu l'importance et la difficulté du sujet, il ne sera pas inutile de le présenter sous d'autres aspects encore. Le procédé lui-même d'après lequel s'élabore l'opinion peut nous fournir des considérations applicables à la question qui nous occupe. L'opinion, nous le savons, estle résultat d'un travail d'investigation et d'examen portant sur les deux parties de la contradiction. Le contingent étant par lui-même une puissance ambiguë des deux contraires nous impose cette méthode de recherche en partie double. Nous n'avons pas d'autre moyen de nous rendre compte des raisons décisives ou déterminantes de la conclusion finale et de l'assentiment de notre esprit.
D'où il suit que les raisons qui sont la cause propre et immédiate de l'opinion ne sont pas quelconques, mais celles-là seulement qui prévalent et prédominent. C'est dans ce sens que saint Thomas dit du dialecticien, dont le but unique est l'opinion, qu'il s'appuie sur les probabilités les plus fortes : ex his quse sunt maxime opinabilia '. Ainsi les raisons immédiatement génératrices de l'opinion sont celles que la discussion dialectique a révélées les plus puissantes. Et c'est comme telles qu'elles déterminent notre assentiment et nous détournent de