OBJECTIONS ET RÉPONSES
Les raisons que nous venons d'exposer sont tirées de la plus pure doctrine philosophique. Elles ne pourront qu'être renforcées par l'examen de quelques objections ou difBcultés. JNous ne reviendrons pas sur celles qui tendent à établir que deux opinions contraires sont comparables par suite de la possibilité de leur coexistence. Nous avons étudié cette dernière question au chapitre précédent, rsous ne ferons qu'en reproduire ici quelques traits sommaires pour mémoire.
Si un jugement d'opinion peut subsister impunément en présence d'un jugement contraire d'une valeur reconnue, c'est la ruine du concept de l'opinion tel que la nature des choses et les plus grands maîtres scolastiques nous l'enseignent. Dans ces conditions, en effet, on ne comprend plus comment, dans l'opinion, l'esprit se détourne complètement, totaliier, de l'autre partie de la contradiction. 11 s'en détourne si peu qu'il reconnaît la légitimité et la force du jugement contraire : ce qui est bien plutôt embrasser les deux parties de la contradiction que
déserter l'une au profit de l'autre. On ne comprend pas, non plus; comment l'opinion clôt la période de recherche et d'investigation dialectique en fixant notre choix et notre esprit, ni comment elle est le terme du mouvement discursif à la différence du doute, du soupçon dont les caractères propres sont d'être quelque chose d'inachevé : motus inlerminatiis . Dans l'hypothèse dont il s'agit, l'opinion représente si peu la pensée au repos ou une conclusion, que la question se trouve plus embrouillée et plus obscure que jamais. Et à vrai dire ce n'est pasen présence d'une opinion qu'on se trouve, en pareil cas, mais d'un problème dialectique que les anciens définissent ainsi : speciilalio non finita contendens ulterius. Avec deux opinions contraires rien n'est terminé : la question se pose plus pressante que jamais. En d'autres termes nous n'avons pas d'opinion du tout. On dira peut-être qu'après l'opinion, il y a la science et que cette dernière seule clôt le travail de recherche.
Mais raisonner ainsi c'est déplacer la question. L'opinion représente quelque chose de complet et d'achevé dans son genre, puisqu'elle suppose essentiellement une détermination intellectuelle ad unum, l'adhésion de notre esprit à l'une des deux parties de la contradiction : c'est par là qu'elle se distingue des états d'esprit qui lui sont inférieurs comme le doute et le soupçon. C'est pourquoi l'hypothèse de deux conclusions contraires nous laisse hors du terrain de l'opinion, ne nous donnant rien autre qu'un problème dialectique dont la définition exacte est celle-ci : speculatio indeterminata neutri adhserens parti conlradictionis \ C'est la contre-