DE LA PROPOSITION DIALECTIQUE
Nous ne pousserons pas plus loin cet aperçu de la logique du probable. Nous aurons occasion de le compléter, en traitant plus loin de i'inférence dans le syllogisme probable. Ce qu'il importe le plus pour le moment, c'est de bien déterminer le sens et la portée de la proposition dialectique. Nous avons vu que Aristote appelle simplement lieux TOTTO'. les éléments communs à toutes les formes de raisonnement dialectique. Le principal et le plus universel de tous ces éléments n'est autre que la proposition dialectique elle-même.
Les propositions constituent les principes immédiats
i. — Albertcs m. Elenchor., Hb. I, tract. V, art. VI.
du syllogisme. Mais elles ne sont pas toutes sur un pied d'égaillé, quant à leur origine ou mode d'acquisition. Il en est de primitives qui se manifestent, d'elles-mêmes, sans le secours d'une vérité intermédiaire : il en est d'antres qui résultent d'une démonstration rationnelle. Il est bien évident que les premières seules, représentent l'assise primitive et fondamentale de toute démonstration logique Le syllogisme probable ne fait pas exception à cette loi. En d'autres termes, on doit pouvoir remontera limmédiat dans le domaine du probable. C'est pourquoi dès le début de son livre des « Topiques » Aristote s'occupe de dégager l'élément primordial et commun de tonte discussion ou argumentation en matière de probabilité. Cet élément, il le voit dans \a proposition dialectique. Ce qu'il en dit mérite le plus sérieux examen. Car nombre d'auteurs se sont trompés sur la portée de la définition qu'il nous en donne. N'oublions pas qu'il s'agit de fixer un lieu commun pouvant être utilisé dans toutes les discussions dialectiques : de désigner une source générale de principes immédiats pour toutes les classes de discussions de ce genre. C'est ce qu'Aristote fait tout d'abord dans le premier chapitre des Topiques : et ensuite dans le viii^ chapitre où il donne \ine définition en règle de la proposition dialectique. Mais comme ces deux passages s'éclairent mutuellement, nous les étudierons chacun à part.
Le premier est ainsi conçu : Probables sont les choses qui paraissent à tous, ou au plus grand nombre, ou aux savants, et, pour ceux-ci, ou à tous ou à la plupart d'entre eux, ou seulement aux plus renommés et plus notables. Ce serait se tromper gravement que de voir là une définition du probable logique et abstrait, considéré dans ses élé-
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ments constitutifs et intrinsèques. La forme du pluriel employée par l'auteur nous le dit assez : c'est des probables qu'il s'agit : îvôo;a -% ôoxo'jv-ra -ii'.v etc. Ce qu'on veut désigner en parlant ainsi, c'est une source commune où nous pourrons puiser des propositions dialectiques, c'est-à-dire des principes immédiats du syllogisme probable, de quelque genre de discussion qu'il s'agisse*. Nous disons : principes immédiats. Ceci demande quelque explication. Pour Aristote, le probable, par rapporta nous, est de deux sortes : le premier est tel par luimême, sans le secours d;i raisonnement : 5/a///;j per se est prohabile etfide dignum ; le second est la conclusion d'un raisonnement, d'une démonstration : aliernm propterea qiiod demonstrari videaliir ex talibus * ; c'est-à-dire des probables immédiatement connus. Devant traiter du syllogisme dialectique. Aristote en expose d'abord les premiers éléments générateurs : la nature des choses et l'ordre logique de l'enseignement l'exigent. Et il n'a garde d'y manquer. C'est pourquoi, dans le premier chapitre même des « Topiques » il établit un parallèle avec son laconisme ordinaire, entre les premiers principes et la démonstration scientifique et ceux du syllogisme dialectique. Sa pensée est que ces principes, chacun dans leur genre, sont et doivent être immédiats. Car on ne saurait remonter à l'infini dans les causes de la connaissance pas plus que dans celles de l'être. 11 faut en arriver à des
1. — Il est essentiel d'observer que beaucoup de choses sont définies ou appréciées dans les « Topiques », non pas absolument, mais en fonction de la discussion dialectique : c'est ainsi que le rapport à l'opinant, qui accompagne la proposition dialectique a pour but delà rendre acceptable au répondant : c"est une amorce de la discussion.