‹ Le Probabilisme moral et la philosophieChapitre 94 sur 162 · I. — Aristotelës. De anima, lib. III, cap. III · texte numérisé non relu

I. — Aristotelës. De anima, lib. III, cap. III

Iradictoire, comme on le voit dans cet exemple classique : Petriis contingenter currit, Petrus contingenter non currit. Dans ce cas, la modalité contingente fait que la proposition exprime l'attribution du prédicat comme possible : includit esse et non esse secundum possibilitatem '. Ainsi en est-il de l'attribution faite probablement.

Nous retrouvons ici une confusion très commune dans -ces sortes de questions : celle qui consiste à assimiler le probable au contingent pur ou neutre. Or une telle assimilation est inacceptable. Il est une distinction qu'on ne saurait trop rappeler, vu son importance en pareille matière. Saint Thomas distingue soigneusement entre le contingent qui exprime une simple possibilité — contingens quod potest inesse — et le contingent donné en fait : quod inest. Ce sont là deux choses qui diffèrent du tout au tout, en tant quematière de propositions ou de raisonnement. Selon que l'on prend l'une ou l'autre comme point de départ, on aboutit à des conclusions nécessairement dissemblables. On se rend compte, par le seul énoncé de la distinction dont il s'agit, qu'il est impossible de ramener le probable au contingent neutre ; car le probable implique essentiellement une détermination : il dit qu'une chose est susceptible, est digne de recevoir

1 . — Jo.\NNEs A st-Th. In Summ. Iheologiœ. Quaest. XVIII usque ad XXI. dispat. XII. art. III. L'auteur, qui était probabiliste, n'admet de contradiction/ormeiie, entre deux opinions contraires, que dans l'ordre de l'exécution ; executive, non directive. Car des apparences peuvent simultanément exister circa opposita. Sans doute ; mais il s'agit de savoir si, dans ce cas, vous n'avez pas plutôt le doute que l'opinion ; si les jugements portés, non sur l'apparence, mais sur la chose ellemême, ne sont pas destructifs l'un de l'autre ; si, enfin, l'opposition de contrariété ne participe pas de la contradiction. C'est ce qu'on verra par la suite.

notre assentiment, qui est effectivement donné dans l'opinion '. Il n'est pas, comme le contingent neutre ou possible, l'expression d'un effet par rapport à sa cause matérielle : secundam caiisam materialem, mais bien plutôt par rapport à sa cause productrice et déterminante. Dans le jugement que l'opinion implique on se prononce réellement sur l'être ou le non être du prédicat dans le sujet : Ce prédicat est affirmé ou nié, posé ou écarté en fait. A moins de faire du jugement, en pareil cas, une chose purement fictive ou illusoire, on est bien obligé de le reconnaître. Si la conclusion du raisonnement dialectique ou probable n'est pas l'expression de l'inclusion logique du prédicat, elle ne signifie plus rien. Or ils sont légion ceux pour qui formuler un jugement d'opinion, c'est affirmer ou nier sans résultat positif ; c'est se prononcer et rester tout de même en suspens ; c'est attribuer un prédicat à un sujet sans l'attribuer ; c'est, en un mot, porter un jugement, s'attacher à une partie de, la contradiction sans sortir de l'indécision, sans cesser de se demander, comme dans le soupçon — uiToXY)^}/t<: — en est-il vraiment ainsi ou autrement : sint ne hœc ita an secus ? On cherche de la sorte à concilier des choses inconciliables parce qu'on a commencé par vider le mot probable de son sens véritable et traditionnel : On a fait pratiquement de probabiliter le synonyme de contingenter. Il n'est pas étonnant après cela qu'on ne voie aucune contradiction entre deux jugements d'opinions contraires, puisqu'on se meut dans la région des possibilités.

1. — St Thomas. Opinons jam determinavit se ad unum (in VIEthicor. lect. Vil).

LES OPINIONS CONTRAIBES SONT-ELLES GOMPOSSIBLES 1 5T

Mais, dira-t-on, il n'en reste pas moins vrai que le jugement d'opinion ne met pas en cause d'une manière absolue Hêtre ou le non être de la chose : la preuve en est qu'il ne va pas sans quelque crainte du contraire, ce qui serait incompréhensible s'il avait une portée absolue. Or s'il n'est pas absolu, il laisse place à une opinion contraire, par suite de son caractère contingent.

On oublie, qu'entre la détermination intellectuelle qui se produit sous la motion nécessaire de l'objet et de l'absence de toute détermination, il y a un milieu. C'est la détermination sous l'influence de la volonté en conformité avec les indications suffisantes de la raison : ce qui n'empêche nullement cette détermination d'être réelle et effective. Nous l'avons vu : c'est par l'effet d'un certain choix que dans l'opinion on adhère à une partie de la contradiction plutôt qu'à l'autre : per quamdam electionem voluntariani. Ce choix est fait en droit et en raison. 11 est le résultat, la conclusion d'un examen approfondi. Dans ces conditions tout ce que nous savons positivement de la chose en question, nous autorise à formuler un jugement et, en le formulant, nous pensons bien exprimer une vérité : intendimus vera dicere \ Sans doute, les éléments et les causes qui entrent en jeu, en pareil cas, n'ont rien de nécessitant ni d'absolu. Mais si cela est requis pour un jugement universel de sa nature : de inesse simpliciter, ça ne l'est pas pour l'attribution actuelle et contingente d'un prédicat à un sujet — de inesse ut nunc. Tout ce qui est exigé, dans ce dernier cas, c'est qu'un tel jugement réponde à un degré suffisant de

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