Albertus m. Poster. Analytic, lib. II, tract V, cap. IL
manifestalion de l'objet, pour pouvoir être correclemenl déterminé par la volûnté..C'est toujours l'objet qui décide à travers les vraisemblances qui l'entourent ; mais il ne décide pas sans notre participation active, contrairement à ce qui se passe dans les cas d'évidence immédiate ou inférée. Mais, pour ne pas être imposé, notre jugement d'opinion n'en est pas moins un fait.
Dire que ce fajt, en vertu de la contingence, laisse place à son contraire et peut coexister avec lui : dat locum alteri parti, c'est méconnaître ouvertement la distinction nécessaire entre le contingent neutre ou possible et le contingent donné en acte. Ce dernier, nous le savons, peut fonder une nécessité de conséquence. Du moment que l'inclusion logique du prédicat dans le sujet est posée en fait, l'exclusion du contraire s'ensuit inévitablement. C'est l'application du principe suivant déjà mentionné : si unum oppositoriim contingenter inest, reliquum contingenter removetur ab eodem '. En d'autres termes, un prédicat attribué de fait à un sujet dans une proposition contingente, laisse naturellement subsister la possibilité du contraire, mais rien autre ; c'est-à-dire qu'il est formellement exclusif de tout ce qui ressemble à une affirmation d'inhérence actuelle de ce même contraire.
En se maintenant solidement sur le terrain de fait créé par le jugement d'opinion, toute confusion se trouve écartée et l'on voit clairement l'impossibilité de faire coexister, en les tenant pour recevables et légitimes, deux opinions contraires. C'est un principe reçu que la réalisation d'un contraire suppose toujours la disparition de l'autre dans
1. — Albbrtus m. Prior. Analytic, lib. I, tract. IV, cap. XI.
un même sujet. Ce qui fait illusion en tout ceci, c'est qu'on refuse tout caractère positif au jugement dont le probable est la raison suffisante. On oublie que le raisonnement dialectique aussi bien que le démonstratif sont nettement affîrmatifs ou négatifs dans leurs conclusiouset que la différence qui existe entre eux provient non de la forme, mais delà matière du raisonnement selon qu'elle est nécessaire ou contingente : qui syllogizat in propositionibus, surnit aliquidde aliqiio affirmative esse vel négative non esse '.
Pour plus de clarté encore, dans ces questions, on peut faire un rapprochement utile entre la décision — sententia — qui clôt une délibération dans l'ordre pratique et le jugement d'opinion qui termine l'information poursuivie sur les deux parties de la contradiction. On ne peut nier que la première ne soit prise en matière contingente : car, ainsi que le remarque Aristote dans sa Rhétorique, nous délibérons sur des questions qui comportent deux solutions différentes : personne ne délibère sur des faits qui ne peuvent avoir été, être, ou devoir être autrement qu'ils ne sont présentés : auquel cas, il n'y a rien à faire qu'à reconnaître qu'ils sont ainsi *. La décision prise, en semblable matière, n'a rien d'absolu : elle est tout entière conditionnée par des éléments dont la contingence n'est pas douteuse : aussi n'est-elle vraie que d'une vérité contingente, c'est-à-dire en fonction des éléments ou circonstances particulières présentement données. On ne saurait donc l'ériger en absolu. Dira-t-on -
1. — Albertus m. Prior. Analytic, lib. I, Tract. I, cap. III.