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et philosophiques et enfin à appliquer les résultats de ces spéculations dans la législation et l'organisation de l'Etat. Il en est sorti la Révolution Française. Montesquieu et Rousseau déve loppent les idées de l’école du droit de la nature et du droit des gens qui amènent la Déclaration des droits de 1
du citoyen. Etil s’en fallut de peu,
’homme et
que la Déclaration des droits de l’homme fût changée en Déclaration des droits des nationalités.
En dehors de ces idées et principes abstraits, les éléments
concrets collaboraient aussi à cette renaissance. Par la ruine
de la société féodale, l'élément démocratique entre nécessaire-
ment dans la vie publique. Le peuple commence à participer
aux luttes et, dans les combats quotidiens, il s’élève à la cons-
cience nationale, perdue dans les souffrances du passé. Pour
que la renaissance püt se réaliser, cet eflondrement du système féodal était nécessaire. Avec l'épanouissement de la féodalité, les nations avaient perdu la conscience de leur individualité, avec sa ruine elles pouvaient la regagner. C'est pour cela que la renaissance des peuples apparait justement à lé fondements de l’
époque où les ancien régime commencent à s'ébranler.
Ainsi ces deux éléments, l’un matériel et économique, l’autre
spirituel, abstrait et philosophique, ont collaboré à la résurrec-
tion des peuples. La renaissance de quelques peuples faibles et
opprimés ne nous apparait donc comme une des faces très intéressantes de ce grand fait social, qu’est le passage de la société féodale, de l’ancien régime à la vie moderne ; ce n’est que la conséquence naturelle et logique de la transformation de la societé.
Berès
Liege
On peut le reconnaitre encore mieux, si on se souvient du caractère particulier qu'avait la transformation du régime féodal en Autriche. En France, où la population est homogène, la Révolution a détruit la diversité des classes et l'oppression des unes par les autres : en Autriche, où la population se composait de huit groupesnationaux etoù Déc généralement les classes supérieures allemandes opprimaient le peuple de nationalité slave, qui avait perdu sa noblesse nationale, cette libération so= ciale et économique s’est manifestée naturellement sous la forme d’une libération nationale. La Révolution y à pris ainsi forcément un autre caractère, un caractère plus politique et national. A cela venaient s'ajouter les idées de la philosophie francaise qui rendaient à ces peuples leur conscience nationale, soute naient les masses dans leurs luttes sociales, rendaient leur cause doublement importante et juste.
Les philosophes de la Révolution sont ainsi en substance les pères de la renaissance tchèque. 11 est incontestable que les théories de Rousseau avaient pénétré en Bohème dès la fin du xvint siècle et elles y avaient été en particulier répandues par diverses loges maçonniques ; elles y étaient propagées d'autant plus rapidement qu’elles répondaient aux besoins les plus profonds des races slaves, mystiques et éprises d'égalité et qu'elles paraissaient un écho élargi de l'Unité des Frères et de Comenius. Elles ne s'emparèrent complètement des esprits qne vers 1815, et les impressions primitives furent fortifiées et exaltées par l'influence des écrivains allemands Kant, Gœthe et spécialement Herder (1). Rousseau écrivait pour les Tchèqnes comme
(4) E. Denis, 0. c., I, p. 10.
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pour les Français et Voltaire n’était pas lu seulement à la cour
de Frédéric Il et à Pétersbourg, mais aussi à Prague. Toute la
philosophie allemande, depuis Herder
prégnée des idées humanitaires
Jusqu'à Hegel,est imdes philosophes français et les Tchèques de cette époque étaient imbus de la culture allemande. Enfin un philosophe allemand, Herder, continuait logiquemeut les raisonnements de ses maîtres et est passé des idées huma-
nitaires aux idées philosophiques de la nationalité, aux principes
du droit de nationalité.
L'Etat, pour Herder,est une création artificielle, car Ja création
sociale naturelle serait non pas l'Etat hétérogène, mais bien les
organisations nationales, les organes homogènes comme la
famille. La nature exige l’organisation de la famille et Ja nation n’est qu’une famille élargie. Le plus naturel serait de cons-
truire les Etats exclusivement de ces familles, composant
un tout national, qui aurait le même Caractère national,
la conscience de son unité et de son individualité na-
tionales. La nation est comme une plante qui à plusieurs
branches. Rien n’est si contraire à la nature que cet agrandissement sauvage des Etats et ce mélange perpétuel des diverses races el nations sous un seul gouvernement et dang un seul Etat, ce qui provoque nécessairement l'oppression d’une race par l’autre (1). Et si on invoque les droits individuels, au nom de que: principe, en vertu de quel verdict impie exclure telle ou telle race, la condamner à une infériorité éternelle ? Les argu-
ments qui portent contre les injustices individuelles vont-ils
4) F. G. Masaryk, La Question tchèque.
MURENS
pas la même valeur contre la hiérarchie des peuples? Où sont les titres des nations qui se décernent un brevet de supériorité ? (1)
Ainsi le principe des droits des nationalités se développe sous l'influence de ce même droit de nature au nom duquel on demande l’Émancipation de l’individu ; les idées humanitaires qui servent de base à l’affranchissement du paysan opprimé sont invoquées en faveur de la conscience nationale et de l'émancipation des individualités nationales. Jusque-là il n’y avait pas de conscience nationale, au sens moderne de ce mot.
Ces idées eurent une influence considérable sur tout le mou— vement intellectuel en Europe. En vérité, on voit partout le même spectacle, particulièrement en Allemagne où des hommes de grande culture commencent à s'intéresser au sort des peuples en décadence, à étudier les restes de leur culture nationale, à s'occuper de la poésie populaire, des chants et des fables nationales et à y puiser des idées pour la littérature et la culture nouvelle. Herder fut le chef de ce mouvement el eut une influence prépondérante sur les « éveilleurs » nationaux tchèques. Pour les nationalités opprimées en Autriche, sa philosophie devient une source inappréciable dans leurs luttes pour l’existence nationale et bientôt un mouvement intellectuel nettement défini se déchaîne, en Bohème notamment ; il s’y développe une littérature qui sert les intérêts des Tehèques, écrite au commencement en allemand, la langue tchèque litté-
raire n’existant pas. Son fondateur est le père des éveilleurs
(4) E. Denis, 0. c., I, p. 10.
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tchèques, Joseph Dobrovsky ; bientôt son exempleest suivi par une grande foule d’autres, parmi lesquels de nombreux membres du clergé catholique, les Kollar, Peltzel, Marck, Youngmann, Kramerius, Palatsky, Chafarzik, Tchélakovsky, Havlitchek et beaucoup d’autres. Ce mouvement intellectuel qui amena la renaissance complète du peuple tchèque a commencé encore avant Joseph IL car il était dans l'air du xvii® siècle et la conséquence des doctrines philosophiques du droit naturel. Plus tard, dans ce premier mouvement littéraire, le romantisme joua un rôle assez considérable et fut aussi une des sources où les éveilleurs tchèques puisèrent leurs idées en faveur de leur cause nationale.
Par son action Joseph II accéléra ce processus de résurrection. Il n’a rien compris de ce mouvement, il a aussi très mal compris les idées du siècle rationaliste et en a tiré des conséquences opposées à celles toutes naturelles qu’en ont tirées les éveilleurs nationaux tchèques. Nous avons parlé plus haut d’une façon assez étendue de ses efforts. IL ne nous reste qu’à montrer ses résultats. 11 a voulu faire de l'Autriche un Etat moderne centraliste et uniforme. Il a voulu l’uniformité dans l’administration, la législation et la langue. De l’Autriche, où huit nationalités se serraient l’une contre l’autre, il a voulu faire un Etat allemand. Il est allé trop vite dans l'application de ses idées et par là ses procédés ont vexé tous les peuples et toutes les classes de la population, à l’exception de la bureaucratie nouvellement créée. L'Etat centralisé avec tous les attributs de la souveraineté, débarrassé de l'influence génante de la noblesse féodale,
voilà son but final. Seulement pour l’atteindre il croyait pouvoir
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faire appel aux trois moyens que l’on trouve toujours en Autriche liés étroitement l’un à l’autre : l’absolutisme, la centralisation et la germanisation.
L’échec de ses efforts était nécessaire et logique, car c'était ne rien comprendre de ce mouvement européen que de vouloir en tirer des raisons pour former un État centraliste, absolutiste, comme l’a conçu Joseph II. Partant des idées préconcues sur l'extinction définitive de toutes les nationalités autrichiennes non-allemandes et ne voyant vers 1780 aucune trace d’une vie politique nationale quelconque chez tous ces peuples, il s’imagina qu'il fallait, pour le bien-être même de toute sa monarchie, pour le bonheur de ces peuples même, leur donner le coup de grâce définitif. Et il commença à germaniser les derniers restes des Tchèques, des Polonais, des Slaves du Sud. Cette germanisalion qui ne renfermait au commencement aucune mauvaise intention et poursuivait, non pas un but national allemand, mais exclusivement un but politique, fut un nouvel élément pour la régénération des peuples slaves, tout d’abord, et notamment des Tchèques. Cette action gouvernementale a provoqué chez tous les peuples slaves, soutenus depuis quelques années par le mouvement général des idées révolutionnaires et humanitaires en Europe, une réaction qui devait naturellement aboutir à la résurrection du sentiment national. La germanisation précipitée et brutale de Joseph II a donc compromis toute la germanisation antérieure en Autriche. Certes, dans ce procès de la renaissance elle n’est qu’un fait d’une importance secondaire, car d’autres causes plus puissantes auraient nécessaire-
ment provoqué le réveil; néanmoins, Joseph II a préparé le
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terrain aux mouvements nationaux qui menaçaient d’ébranler la monarchie aussitôt qu’une situation politique avantageuse se présenterait, C’est à l'époque de Joseph II que se préparent en Autriche les luttes nationales qui se manifestaient pour la première fois dans les luttes politiques et révoiutionnaires en 1848 et qui ne disparaissent plus à partir, dès lors, de la vie publique en Autriche. Joseph 11 avait dans sa violence maladroitement posé et du même coup résolu la question des langues qui était toujours l'essence de cette lutte. Plus tard, après 1848, on à essayé de la régler à l'exemple de Joseph IT et c'est ce qui a donné à cette question le caractère si irritant qu’elle a aujourd'hui.
Suivant quelques auteurs il se cache dans la renaissance tchèque encore un autre élément dont j'ai parlé plus haut, un élément économique. La renaissance des peuples n’est qu'un côté de cette grande transformation économique de la société féodale en société moderne. Elle en était la conséquence nécessaire et par Jà elle a une certaine cohésion avec le capitalisme et la formation de la bourgeoisie moderne.
En effet, il y a, suivant ces auteurs, une étroite relation entre le développement national des divers peuples autrichiens et la vie capitaliste moderne. Le capitalisme, l’industrialisme, le développement économique de la société autrichienne a comme corrélatif la renaissance des peuples opprimés. C’est un des cas où le progrès industriel a produit les effets les plus bienfaisants. En effet, tant que les peuples slaves en Autriche sont restés à la campagne, tant que les masses populaires ne se composaient
que d'ouvriers agricoles, opprimés à la fois au point de vue na-
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