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évités, mais les luttes nationales n’en subsisteraient pas moins, au moins partiellement et surtout dans les régions mixtes de Bohême, où les ouvriers tchèques travailleraient pour un capitaliste allemand, ou de Galicie, où l’ouvrier agricole ruthène travaillerait pour les grands propriétaires polonais, etc. L'exploitation de l’ouvrier au point de vue économique aurait toujours en même temps le caractère d’une oppression nationale, puisque ce sentiment national est tant naturel et que dans les iuttes économiques une hostilité instinctive se développe aussitôt que l'oppresseur, en dehors de sa qualité d’exploiteur de la force de l’ouvrier possède encore la qualité d’étranger. De ce côté-là, les luttes ne disparaîtront qu’en régime socialiste (4).
Les socialistes allemands considèrent la solution dans le sens de l'autonomie nationale comme nécessaire et la seule logique. La bourgeoisie elle-même sera obligée de l’accepter. En effet, la situation en Autriche est insupportable ; tous les travaux parlementaires, toute la vie publique est envenimée des luttes nationales, et la moindre question, la plus stupide est aussitôt exploitée par les deux partis pour combattre la nation ennemie. En outre, en Bohême, la nation tchèque gague de plus en plus du terraiu. Si les Allemands ne veulent pas être plus tard dans
la même siluation que les Tchèques aujourd’hui, c’est-à-dire
(1) Pour se rendre compte exactement de l'opinion des socialistes allemands en Autriche sur la question des luttes nationales, il faut consulter les ouvrages de O. Bauer : « Die nationalitaetenfrage und die Sozialdemocratie » Wien, 1907, de R. Springer : « Der Kampf der oesterreichischen rationem um den Staat », Wien, 1902, et du même auteur : « Grundlagen u. Entwickelungsziele der oesterreichisch, ungarischen Monarchie », Wien, 1906.
tomber à leur tour sous la domination des Tchèques, ils doivent à tout prix accepter le programme de l’autonomie nationale, principalement dans l’administration communale. Les Allemands favorisés par le système électoral, ont aujourd’hui le pouvoir, même dans les comniunes où ils sont dans une grande minorité. La démocratisation du système électoràl ne peut être arrêtée que pour un temps très restreint. Ce sera alors leur tour de subir la domination des Tchèques. En dehors de cela l’administration bureaucratique d'aujourd'hui est intenable pour l'avenir. C’est elle qui a causé tous ces maux et rendu le problème autrichien si compliqué. Dans ce système elle disparaîtra.
Suivant les auteurs de ce système, cette solution du problème autrichien est conforme au problème économique des socialistes. Elle ferait de la culture et des biens moraux de la nation la propriété de tous, accessille à tous, surtout à la classe ouvrière ce qui est impossible aujourd'hui. Elle supprimerait les luttes nationales qui empêchent les ouvriers d'entreprendre avec toutes leurs forces la lutte de classe. Ces luttes sont maintenues par la Constitution centraliste ; il faut donc la remanier dans le sens indiqué. L’Autriche doit former une fédération des nations, les anciens pays et provinces historiques seront remaniés de façon à former des corps nationaux homogènes, qui auront leur administration propre et une législation organisée dans un sens absolument démocratique ; au point de vue législatif ils seront complètement autonomes.
On peut donc résumer le programme socialiste en ce qui concerne la revision constitutionnelle comme il suit : la centralisa-
tion doit être remplacée par une décentralisation complète, non
au profit des provinces historiques de la monarchie, mais au profit des corps nationaux, des cercles, des districts et des communes. Le suffrage universel doit fonctionner pour toutes les élections sans exception. L’autonomie administrative doit être complète dans le sens du self gouvernement anglais. Les communes, districts et cercles doivent avoir droit dé se grouper suivant leur nationalité en unités nationales supérieures. Les cercles et les districts doivent être autant que possible divisés en parties suivant leurs nationalités. Les Diètes nationales doivent être créées et doivent avoir une souveraineté complète.
On peut être très sceptique sur quelques points de ce programme et critiquer surtout les principes dont les socialistes allemands partent. Il y a beaucoup d’utopie dans ce système. Ce qui choque sürtout un lecteur attentif, c’est la complexité énorme de ce système et puis le principe de personnalité. Ce principe de personnalité, en vertu duquel on constitue les unités administratives sans territoire, est l'essence même du système. Or, on doit rejeter simplement ce principe de personnalité. C’est donc tout le système qui tombe en ruine.
En effet, on n’a jamais vu uue contradiction plus étrange : deux socialistes marxistes, orthodoxes (1), inventent un système de la réorganisation politique, où ils veulent rejeter au second plan le territoire et, par conséquent, les questions économiques. Ils séparent complètement les intérêts moraux et les intérêts économiques les uns des autres et ne voient pas les liens étroits
et l'influence mutuelle du progrès économique et industriel, de
(1) Les deux auteurs déjà cités, O0. Bauer et R. Springer.
la richesse économique d’une région et de la hauteur de culture intellectuelle de la même région. Ils veulent par exemple que les ouvriers industriels tchèques, si nombreux dans les régions allemandes payent leurs propres écoles, tandis que le capitaliste allemand enrichi par le travail de ces ouvriers tchèques, habitant la région payera à son corps national et ne donnera rien à la région où il habite lui-même. C’est simplement absurde. On arriverait trop loin par ce système.
Mais on peut montrer quelques autres traits caractéristiques de ce système de personnalité. Il était inventé surtout pour avantager les Allemands. Les Allemands sont si dispersés dans toute la monarchie, qu’il paraît presque impossible d'appliquer pour eux le système de la réorganisation territoriale, tandis que toutes les autres nations forment territorialement un bloc national.
Suivant ce système chaque nation payera ses propres écoles. Aujourd’hui, c’est l'état qui les paye. Or, dans le dernier siècle de leur domination, les Allemands avaient obtenu de l'Etat tout ce dont ils avaient besoin. Maintenant chaque nation payera ses écoles : les Allemands qui sont les plus riches, constituant les classes industrielles et économiquement les plus puissantes, bénéficieront de leurs avantages du passé, et les autres nations
auront à fonder péniblement leurs propres écoles, dont elles n'avaient jamais une quantité suffisante.
J'ai fait plus haut allusion à une absurdité de ce système. Dans l'Est de la Galicie tous les grands propriétaires fonciers sont les Polonais ; toute la population est, au contraire, ruthène. Or, ces grands propriétaires qui exploitent les Ruthènes et leur
territoire payeront l'entretien de deux universités polonaises
ue
et de leur enseigaement secondaire et les pauvres Ruthènes, n'auront jamais leur université propre, leurs gymnases et leurs écoles réales propres étant sans ressources financières. La même situalion est dans les diverses villes, où les classes riches sont allemandes et les ouvriers slaves. C’est aussi la situation de Vienne. Ce système est simplement contraire à toutes les théories économiques et à toutes les théories des impôts.
Je ne veux pas parler ici d’une autre contradiction : les socialistes sont pour la gratuité äe l'instruction. Or, ce système impose les impôts pour l'entretien des écoles. Quel excellent prétexte pour les partis rétrogrades de s'opposer à la création des écoles nouvelles ! On pourrait élever aussi quelques critiques sur la question des langues dans les emplois publics. Mais cela nous mènerait trop loin (1).
La conclusion logique est quecesystème est autantirréalisable, qu’injuste. C’est une construction artificielle, qui n’est pas toujours très réaliste. Dans tous les cas, on peut plutôt trouver les éléments de l’entente et de la solution dans les exemples du passé, dans le programme de Palatsky, présenté à Kremsier, où dans le Compromis de 1890, dans le programme politique
(1) Une critique tranchante de ce système fut présentée par un s0cialiste tchèque dans son étude, parue tout récemment : Fr. Moüratchek. La question nalionale dans la démocratie socialiste. L'auteur montre excellemment la faiblesse de ce syslème et se prononce pour l’autonomie nationale, basée sur le principe territorial. C’est la seule solution juste el raisonnable. L'auteur rejèle le principe de personnalité et accepte les principes de l’organisation actuelle de la monarchie comme point de départ pour l’organisation de la fédéralion des
nations (des territoires nationaux, en Autriche. C’est aussi l'unique solution acceptable.
du parti réaliste tchèque ou enfin dans la proposition des socialistes tchèques, qni acceptent l'autonomie nationale territoriale,
En effet, la division de l'Autriche en territoires nationaux, comme l'avait proposé Palatsky à Kremsier, est très possible. Les territoires seraient dans la plus grande partie presque homogènes. On pourrait garantir par les lois impériales les droits des minorités dans les régions mixtes, assurer l'égalité des langues dans l’administration des cercles mixtes, donner la compétence exclusive en malière des écoles à la Diète, qui serait divisée en deux curies nationales ; la décentralisation de Vienne et la démocratisation des institutions publiques et du système électoral pour les Diètes seraient la condition sine que non de la réorganisation, Tout ce qui reste du centralisme devrait disparaître. Le Parlement central ne conserverait que les affaires nécessairement communes, comme les affaires militaires, des grandes lignes des chemins de fer, postes, télégraphes, la police, etc. A cela on pourrait ajouter l'institution des tribunaux nationaux (1) qui trancheraient tous les litiges entre les nations, concernant les écoles, les emplois publics, l'emploi des langues dans l'administration, etc. Tout cela s’appliquerait naturellement à toute la monarchie, Pour la solution des conflits dans les régions mixtes l'organisation actuelle de la Belgique ou encore de la Suisse pourrait servir excellemment comme exemple pour l'Autriche.
Cela ne supprimerait pas les luttes nationales, mais elles
seraient plutôt localisées à quelques régions mixtes et devien-
(1) C'est ce que propose Fr. Modratchek. O. c.
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draient moins âpres. Le Parlement central pourrait travailler sans rien savoir des luttes nationales. Dans les Diètes l’institution des curies nationales assurerait la minorité contre l’oppression de la majorité. Les luttes se transporteraient devant les Tribunaux nationaux, qui seraient ainsi une sorte des Tribunaux administratifs. La vie publique ne serait pas constamment ébranlée par le déchaînement des passions nationales.
C’est dans cette organisation ou dans une organisation semblable, qu’il faut chercher la solution du problème autrichien.
Une solulion assez semblable à celle de Palatsky a été proposée, il y a deux ans, par un publiciste roumain, Aurel C. Popovici (1). Il divise l'Autriche en 45 térritcires nationaux autonomes, dont trois seraient allemands, deux magyars, deux italiens, un tchèque, un slavaque, un polonais, un ruthène, quatre pour les Slaves du sud et enfin un roumain. Ces territoires seraient autonomes et auraient des frontières réelles. Le dualisme disparaitrait. Le Parlement central serait élu directement par toutes les nations et aurait la compétence pour les affaires étrangères, militaires, douanières, postes, télégraphes, chemins de fer, marine, monnaie, hygiène, finances communes, droit pénal, civil, commercial. Pour les autres affaires les Diètes nationales seraient autonomes. Elles pourraient aussi voter et modifier leur propre Constitution avec l’assentiment du Parlement. L'allemand serait la langue d'état. L'auteur laisse les
minorités nationales, englobées dans les territoires nationaux,
(1) Aurel G. Poporici : Die Vereiniglen Staaten von Gross-Oesterreich. Leipzig 1906.