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mixtes, reprennent l’idée du système des cercles, appliquée déjà dans la Constitution de Kremsier.En effet, la conciliation de deux races n’est possible en Bohême que si les deux peuples sont pleinement autonomes. Ils doivent être séparés l’un de l’autre. Pour que deux ou trois peuples puissent vivre tranquillement d’une vie commune, comme en Suisse par exemple, il faut qu'une Jongue évolution historique y ait collaboré. Maïs en Autriche une telle tradition ne pouvait se développer ; et là où elle existait, on avait tout fait pour la détruire. Plus d’un siècle de luttes
est déjà passé et ces luttes loin «le s’apaiser s’enveniment encore
‘tous les jours. Il n’y a denc pas d’autre moyen que l'institution
des cercles, qui, comme nous l’avons déjà expliqué,rend plus ou moins les nationalités elles-mêmes juges de leurs affaires. Certes, elle ne supprimerait jamais complètement les luttes, mais elle éviterait beaucoup d'occasions de conflits. L'Etat laisserait aux nationalités le soin de s’administrer comme bon leur semblerait, il ne ferait qu’assurer l’ordre et la régularité de la vie publique; chaque nationalité se développerait suivant ses propres ressources et l'Etat ne serait plus accusé de favoriser l’une ou l’autre. Les réalistes veulent donc la division des circonscriptions judiciaires et administratives suivant la nationalité. Ils consentent même à la division des communes. Ils n'y voient pas une rupture de l’unité du royaume. Ils acceptent la division des hautes magistratures du pays,‘la division des Diètes en curies nationales et enfin la défense légale des minorités.
Il semble bien que ce soit là sinon la véritable solution du problème tchèque et autrichien, du moins la voie dans laquelle
il peut être résolu. Aujourd’hui en Bohême et en Autriche celte
solution est généralement acceptée par l'opinion publique. Enfin les socialistes tchèques, qui dans les élections du mai 1907 ont reçu presque la moitié de toutes les voix, ont adopté avec les socialistes des autres nations ce principe et en ont tiré les dernières conséquentes logiques.
Pour résoudre le problème autrichien,les socialistes partent de ce principe que la renaissance des peuples opprimés en Autriche n’est qu'une face de l’évolution capitaliste. Les luttes nationales entre les diverses nations ne sont aussi que la conséquence du régime capitaliste et la question nationale est en fin de compte une question sociale. En effet,les luttes contre la société féodale ont pris eu Autriche un caractère national. Aujourd’hui aussi au Nord de la Bohême,les ouvriers tchèques confondent les luttes pour la justice sociale et celles pour la justice nationale. En outre, les régions habilées par les Allemands sont économiquement plus développées que celles habitées par les Tchèques. Ceux-ci, et surtout les autres nations, sont sous la dépendance économique des Allemands. Les Allemands tirent de Fe fait la conséquence logique que ce sont ceux qui doivent avoir la prépondérance dans l'Autriche entière à tous les points de vue.
Dans ces luttes nationales, les diverses nations ne peuvent satisfaire leurs besoins qu'avec l'appui de l'Etat ; mais l'Etat ne fait de concessions que s’il y est forcé, et s’il fait des concessions à l’une, il fait par là tort à l’autre. Les nations luttent donc entre elles pour la prédominance et pour le pouvoir dans l'Etat. La seule cause de cette lutte est la Constitution centraliste. Ces luttes se manifestent principalement dans les besoins
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moraux des nationalités, parce que ces besoins sont des plus naturels et se manifestent en collectivité.
Cela a des conséquences néfastes pour les ouvriers. Si les nations combattent entre elles, les ouvriers ne peuvent s'abstenir des luttes. Chaque question traitée dans la vie publique n’est jugée qu’au point de vue des lattes nationales. Cela empêche les ouvriers de se jeter avec toutes leurs forces dans les luttes de classe. Dans ces luttes de classe, les ouvriers doivent être internationalistes, mais les luttes nationales exciuent d'avance toute idée de solidarité internationale : la lutte de la bourgeoisie pour le pouvoir et la lutte de classe des ouvriers ne peuvent dans aucun cas s’accorder, l’un exclut l’autre. Comme la cause des luttes nationales en Autriche est la Constitution centraliste, il est absolument nécessaire pour les ouvriers de modifier cette Constitution et de rendre:les luttes nationales de la bourgeoisie impossibles. Les ouvriers revendiquent donc une Constitution qui rende possible la culture de la langue et de l’individualité nationales, qui puisse pleinement satisfaire les besoins moraux de chaque peuple sans le forcer de combattre pour ces besoins naturels et primordiaux. Cela n’est possible que si chaque nation se gouverne elle-même ; l'Etat doit avoir pour mission de défendre seulement les intérêts communs à tous les peuples autrichiens.
Mais comment réerganiser l’Autriche de facon que chaque nation se gouverne elle-même ? Sera-ce sur la base du principe de territorialité ou du principe de la personnalité ? Séparer les nations en divisant les pays suivant les régions habitées par la même race parait être impossible ; en Bohême, par exemple, il
y à des régions allemandes qui ont de grandes minorités Benès 19
tchèques et qui ne peuvent pas être délimitées suivant les nationalités. Les Tchèques et les Allemands y habitent les mêmes cantons, les mêmes communes, souvent aussi les mêmes maisons. En outre, les limites entre les deux races ne sont pas fixes, les ouvriers tchèques immigrant ou émigrant constamment dans ces régions. Le principe territorjal sacrifierait un grand nombre de ‘’Tchèques aux Allemands et les lultes nationales subsisteraient en dépit de toute division du pays.
L’unique solution du problème est donc, selon la doctrine s0cialiste, la division de tous les habitants de la Bohème et des autres pays autrichiens en vertu du principe de la personnalité. Le pays sera divisé en unités contenant exclusivement les individus d’une seule nationalité et chaque citoyen aura droit de se faire inscrire dans sa circonscription nationale. Les individus appartenant à la même nation et habitant non seulement le même district, mais les diverses régions du pays dans l'Etat tout entier formeront une unité nationale, un corps identique, une personne morale. Pour l'Autriche entière, serait appliqué tout simplement le principe de la personnalité des lois ; seulement ce principe ne serait appliqué que pour toutes les affaires concernant exclusivement les intérêts moraux de chaque nation.
Cette unité nationale, cette personne morale, aura la mission” de satisfaire tous les besoins moraux de ses membres ; elle leur assurera la quantité nécessaire d’écoles,de théâtres de bibliotheques, de musées, d'établissement, d'enseignement, ete. Elle veillera à la stricte application des lois à l'égard de ses membres, elle aura sa propre administration et sa propre législation ; elle
percevra des impôts de la part de ses membres, elle sera à tous
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les points de vue un véritable Etat. Mais les unités nationales doivent se défendre aussi contre l’État dans le cas où celui-ci voudrait favoriser l’une au détriment de l’autre ou les asservir toutes au profit du pouvoir central. Le seul moyen de se défendre est la démocratisation de toute l'administration dans l'Etat et au sein des unités nationales. La bureaucratie ne pourrait pas subsister dans la future fédération des nations autrichiennes. Territorialement les pays seraient divisés dans les cercles. Les districts et es communes, de manière à grouper autant que possible les populations de mème race.Daus les cercles mixtes, chaque nationalité formerait une unité juridique et serait autonome dans l'administration de ses affaires. Elle aurait pour chacune de ces subdivisions nationales et administratives son conseil spécial élu au suffrage universel, qui aurait à s'occuper exclusivement des intérêts moraux de sanation, des écoles, desinstitutions nationales d'enseignement, des musées, desthéâtres, des bibliothèques etc. Pour les affaires économiques locales politiques et administratives au sens propre de ce mot, il y aurait dans les cercles, les districts et les communes des conseils mixtes élus au suffrage universel avec la représentation proportionnelle des minorilés.
Ges cercles, districts et communes comme unités politiques et
administratives, ayant compétence exclusivement dans les af-
faires économiques et dans l'administration politique, ayant des liens étroits avec le pouvoir exécutif central (puisque ce sont en vérité les organes du pouvoir central, pour application et exécution des lois, des règlements, pour la police locale, pour l'hygiène, les affaires militaires,etc.), sont, à ce qu'il paraît, une vé-
ritable anomalie dans ce système. En effet, ce système repose
uniquement — et c’est son originalité — sur le principe de personnalité. Il établit des unités administratives sur le territoire à la manière de sociétés des arts et des lettres. Pour éviter les luttes nationales, il leur réserve une compétence extrêmement étroite, c’est-à-dire exclusivement la satisfaction des intérêts moraux des nations comme si les lultès éclateraient uniquement pour ces intérêts moraux. Mais les nations doivent abiter un territoire quelconque et ont des intérêts économiques, elles sont en contact avec le gouvernement, elles ont besoin de la police, et tout cela s'attache exclusivement au territoire. On doit donc forcément retomber dans le système de territorialité, malgré
l'affirmation du principe de personnalité. Ces unités, ces conseils et ces organes de l’administration politique et économique
le démontrent suffisamment puisqu'ils reposent sur le principe de territorialité ; en effet, ils ne peuvent jamais être divisés en sections nationales, même dans les endroits mixtes.
Il faudrait donc se représenter l’organisation de la Bohème et de l'Autriche toute entière (puisque c’est à l'Autriche tout entière que ce système doit être appliqué) de la manière suivante : Dans chaque commune, dans chaque district, dans chaque cercle, où habitent deux nationalités différentes, il y aurait trois institutions, trois unités, trois conseils administratifs : en Bohème par exemple, il y aurait dans chacune des subdivisions administratives l’unité et le conseil national tchèque, l'unité et le conseil national allemand et puis le conseil mixte pour les affaires économiques et politiques communes. Il faut ajouter que les communes, les districts et les cercles, où les minorités trop faibles
n'auraient pas des moyens financiers pour se constituer à part
comme des unités nationales,seraient homogènes et non mixtes ; la minorité serait incorporée dans la commune. Imaginons-nous celte énorme complexité administrative ! En Silésie,trois nations habitent les mêmes villes : il y aurait donc neuf unités et conseils locaux ! Combinaison absolument impossible.
Toutes les unités nationales dans les cercles, dans les districts et dans les communes formeraient le corps national qui aurait à sa tète le Conseil national, comme organe suprême de l’administration, compétent dans toutes les affaires réservées à ces unités, c’est-à-dire exclusivement dans les affaires d'intérêt moral et concernant la défense de ses nationaux contre l’oppression de la part de l'Etat ou de l’autre nation. Ce serait une véritable Diète nationale, qui délèguerait un ministre responsable au gouvernement central. A l'intermédiaire de ce ministre, le corps et le Conseil national seraient en contact avec le gouvernement central et le monarque. Toute l’Autriche se composerait ainsi de huit corps nationaux souverains.
La question des écoles serait résolue facilement. L'Etat n’aurait aucune compétence dans les affaires concernant l’établissement des écoles. Chaque nation serait à ce point de vue souveraine et maîtresse absolue de son instruction publique. Les écoles primaires et secondaires seraient établies, maintenues et dirigées exclusivement parles communes et leurs conseils, les écoles du cercle par le conseil du cercle. Enfin, pour toutes les écoles, le Conseil national aurait la compétence illimitée et aurait surtout à s'occuper des écoles supérieures. Dans les cercles mixtes, toutes les écoles d’une même nation relèveraient du
Conseil national correspondant, les cercles, les communes, les
districts n'auraient aucune compétence en ce qui concerne l’enseignement. Ainsi, toutes les luttes pour les écoles, qui sont aujourd’hui si passionnées entre les Tchèques et les Allemands, seraient d’un seul coûp supprimées.
La solution de la question des langues serait non moins facile. Dans les cercles où la population est homogène, la langue de la majorité serait la langue des magistrats. Les minorités n’en souffriraient pas, car leur Conseil national veillerait à ce qu’elles ne soient pas opprimées au point de vue national devant les magistrats. Dans les cercles mixtes, chaque nationalité serait administrée dans sa propre langue de même qu'elle veillerait à ses propres écoles. L'administration des affaires, communes aux deux nations de ce cercle mixte seul, serait bilingue, tchèque et allemande sans privilège pour l’une ou l’autre des deux nationalités.
La base de toute la réorganisation de l'Etat serait l'autonomie des cercles, organisés dans le sens le plus démocratique, la democratisation de toute l’administration publique étant le point essentiel du programme de la classe ouvrière. Du reste, la réorganisation de l’Autriche dans le sens de l’autonomie nationale ne peut se réaliser autrement que si la démocratie triomphe complètement. Aujourd’hui la bourgeoisie des divers peuples autrichiens ne veut concéder à aucun prix au prolélariat les systèmes électoraux démocratiques, parce que chaque système démocratique avantagerait la nationalité opprimée et nuirait à l’oppresseur. La lutte pour la démocratie est donc en Autriche aussi une partie, une face des luttes nationales.
Il est vrai que par ce système les abus les plus graves seraient
APN PS ssh