OUVRAGES DU MEME AUTEUR
En vente a la Librairie de V Enseignement technique
La Taylorisation et son application aux conditions industrielles de l'après-guerre.
1 volume typographie de 60 pages. — Prix : 1 fr. 50.
Cours de Commerce Industriel.
2 vol. de 384 et 3:24 pages en autographie. — Prix : 20 francs.
Organisation rationnelle du Commerce industriel
PRÉLIMINAIRES
Dans une précédente étude (^) nous avons signalé la situation dangereuse où se trouvera placée l'Industrie après la guerre du fait du manque de main-d'œuvre ouvrière, et tenté d'exposer par quelles mesures on pourrait y remédier. Nous avons montré qu'en appliquant aux méthodes de travail de l'ouvrier, de l'atelier, de l'usine, les principes posés par Taylor, adaptés toutefois aux conditions économiques, sociales et humaines des temps qui suivront la paix, il n'était pas déraisonnable d'espérer qu'une augmentation de la production individuelle obtenue sans surmenage arriverait à compenser le déficit des bras, sans qu'il soit nécessaire de demander à l'ouvrier un eiïort supérieur à ses possibilités, et sans favoriser non plus notre envahissement par une main-d'œuvre étrangère dont le moindre défaut serait l'exportation de capitaux dont nous aurons plutôt disette.
Mais ce n'est là qu'une des faces du problème général de la reconstitution des forces économiques de notre pays.
(1) Le problème de la Main-d'Œuvre. La Taylorisation et son application aux conditions de l'après-guerre.
PRELIMINAIRES
Parmi les nombreuses questions qui restent à résoudre, l'une des moins importantes n'est pas le problème commercial.
Que nous servirait, en effet, de réussir à fabriquer autant qu'avant la Guerre, plus peut-être, si l'écoulement des produits de cette fabrication n'était pas assuré tant à l'intérieur qu'au dehors?...
A l'intérieur, chacun sait que dans les quinze dernières années qui ont précédé le grand conflit, la marchandise étrangère, allemande surtout, concurrençait chaque jour davantage notre fabrication nationale au point que certaines industries étaient en voie de disparaître.
A l'Étranger notre commerce d'exportation s'éteignait graduillement devant l'énorme poussée germanique, et cependant ce commerce est nécessaire à toute nation qui veut conserver à son change un équil bre indispensable pour ne pas payer à des taux exagérés les matières premières ou les objets qu'elle est forcée de faire venir du dehors.
Nous n'ignorons pas qu'il est de coutume facile d'incriminer les lois, l'état social, les consuls, le traité de Francfort, ctc .., pour expliquer notre infériorité, et de supposer — ce qui n'entraîne' ni travail, ni peine — que la revision de tout ceci, après la Guerre suffra pour inaugurer une ère de prospérité automatique.
Loin de nous la pensée qu'il n'y ait rienàôhangerdececôté et que toutes les mesures d'État logiques et méthodiques qui pourront être prises, jointes à la publicité indéniable que constitue la Victoire, ne soient de sérieux éléments du succès futur.
Mais nous croyons fermement cependant qu'à elles seules elles ne sauraient en constituer une cause réellement déterminante, et que la condition essentielle de la réussite est de rccHercher nos propres fautes passées dans le domaine commercial, d'examiner pour quelles raisons les étrangers arrivaient à nous dominer, de nous instruire par cette étude et, nous gaidant toutefois d'une copie servile, qui ne convient ni à notre tempérament ni même à notre façon de produire, de discerner comment nous pouvons d'abord nous affranchir en France de l'emploi des produits étrangers, puis de quelle manière nous devons tenter, à notre tour, de prendre place sur le marché mondial.
l'BÉLlMINAIRES
La difficulté ne sera cependant point pour cela entièrement résolue. Si, en effet, nous avons eu à considérer en même temps que le déficit sur la main-d'œuvre les moyens à utiliser pour y porter remède, la situation se montrera tout aussi délicate quand nous examinerons le travail des employés.
Ceux-ci n'auront pas été moins éprouvés par la guerre que les ouvriers; peut-être même le manque d'hommes sera-t-il encore plus fort, car beaucoup de travailleurs manuels ont été protégés contre la mort ou l'inaptitude du fait qu'on a eu besoin de leurs bras dans les usines.
Or, un bon travail commercial ne se fait pas sans le nombre suffisant d'exécutants de valeur convenable ; c'est même, à vouloir traiter les questions commerciales sans employer le personnel nécessaire qu'il faut attribuer en grande partie nq^ insuccès passés.
Nous nous retrouverons donc en présence d'un problème analogue à celui envisagé pour la main-d'œuvre : personnel déficitaire, prix de la vie augmenté rendant nécessaires de plus forts salaires, rupture d'équilibre entre l'offre et la demande sur le marché du travail intellectuel, nécessité pour l'employeur de tirer beaucoup de rendement individuel de l'employé, possibilité pour ce dernier d'imposer sa volonté du fait que son travail sera plus rare. Il peut y avoir là une source de conflits déplorables si chacun ne met pas toute sa bonne volonté et toute son équité à s'employer à la recherche d'une solution à laquelle toutefois on ne saurait prétendre parvenir si le travail productif n'est pas largement et justement rémunéré.
Heureusement, et nous espérons le prouver, plus encore que celui de l'ouvrier le travail de l'employé est mal utilisé avec les méthodes actuelles. Ily a dans les bureaux encore plus que dans les at -^liers beaucoup de besognes inutiles ou mal réparties, de travaux longs et pénibles parce que mal compris, de bonnes volontés découragées parce que mal récompensées.
C'est en analysant par fraction séparée chacun des éléments de son commerce, de son industrie, de son entreprise, qu'un patron, un directeiu', un chef de service arrivera à faire rendre bien plus de production à un même personnel, sans cependant le surmener
PRÉLIMINAIRES
par des heures de présence trop nombreuses. Nous nous efforcerons de démontrer que le problème n'a rien d'insoluble.
Nous diviserons notre travail en deux parties distinctes, encore que concourant l'une et l'autre au même résultat.
Dans la première, nous passerons en revue les points principaux de l'organisation méthodique d'un Commerce industriel, c'està-dire d'une entreprise où un fabricant vend lui-même ses produits et s'efforce de les vendre dans rcs meilleures conditions possibles. Nous indiquerons les procédés que nous croyons les plus favorables à l'extension des ventes, à la réalisation de bénéfices suffisants, à la création d'une bonne réputation de la marque assurant la fidélité de la clientèle et sa progression.
Dans la seconde, nous exposerons, devant le déficit à prévoir des eçriployés nécessaires si on ne transformait pas les méthodes de travail, les moyens que nous croyons valables pour augmenter leur production sans les surmener et en leur permettant d'atteindre à des salaires de nature à leur assurer le bien-être.
Avant d'aborder ces deux points, il nous paraît indispensable de faire remarquer que le développement de l'Industrie sans un développement parallèle de l'action commerciale est un leurre.
Que sert de produire et même de bien produire si on n'a pas le placement de ses produits?...
Que sert de produire et de bien produire si on ne se fait pas connaître?...
Que sert de produire et de bien produire si on fabrique à des prix trop élevés? ..
Que sert, enfin, de produire et de bien produire si des délais de livraison exagérés et pas observés, des erreurs d'envois et de comptabilité, l'incommodité des conditions de commande ou de paiement, la difficulté des relations rendent le client rebelle, mécontent et dégoûté?...
A quoi sert aussi de fabriquer si on ne connaît ni la nature
PRELIMINAIRES
exacte de l'article que la clientèle réclame, ni la quantité^de chaque article qu'elle peut absorber?...
Une dernière observation pour terminer :
Comme nous l'avons déjà fait observer à propos de la Taylorisation, on ne saurait trouver dans cette courte étude autre chose que des principes, des règles et des méthodes d'ordre général dont l'appropriation à des cas d'espèce doit être faite sur place en correspondance avec les éléments particuliers à chacun d'eux.
Il appartiendra à chaque industriel, patron, directeur, chef de service, de faire cette accommodation.
Toutefois le temps passe et le moment est venu pour chacun d'envisager sans délai et d'étudier les solutions qui conviennent à chaque problème dont la responsabilité lui incombe et de dresser le plan méthodique de l'organisation à laquelle il compte demander le succès futur de son Industrie.
POSITION DU PROBLÈME