‹ Le problème cosmologiqueChapitre 11 sur 12 · CI · texte numérisé non relu

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et sans perdre leur état substantiel propre, les composants formeraient un être composé mais doué d'unité.

Les partisans de cette théorie distinguent soigneusement plusieurs sortes d'union. D'abord les forces peuvent s'unir dans le terme de leur activité. Lorsque plusieurs clievau.x tirent un même véhicule, leurs efi'orts aboutissent à un même résultat, c'est-à-dire à la traction du mobile. Il y a, comme on le voit, union dans l'effet, mais nullement entre les forces des agents. Chacun déploie une énergie qui lui est propre.

Les forces s'unissent également dans l'exercice de leur activité : telle est l'union de la cause principale avec la cause instrumentale : la main du sculpteur, par exemple, dirige et gouverne le burin pour marquer les traits d'une figure; ces deux causes sont évidemment unies dans leur exercice, mais l'une est subordonnée à la première, et, de même que dans le cas précédent, elles ne forment pas une seule et même énergie. Aussi ce n'est ]ias de ces sortes d'unions qu'il s'agit dans cette hypothèse. Elle suppose au contraire que plusieurs substances, après avoir reçu certaines modifications réciproques peuvent s'associer suivant leurs énergies foncières, et constituer un seul principe d'activité, d'où procède une seule et même action. Il y aurait ainsi une nouvelle nature avec laquelle se concilierait néanmoins la permanence actuelle des composants (1).

<1) p. Paliiiieri. Iiisl. Philosopliieae, c. II. ih. XVI. 11

Pour mieux juger de cette opinion, suivons les différentes phases d'une combinaison chimique.

Quel est le premier effet de l'échange d'activité entre les substances réagissantes?

Ce sont évidemment des modifications accidentelles, reçues par des êtres parfaitement distincts, dont chacun conserve sa nature individuelle aussi longtemps que dure la réaction. Celle-ci, en effet, ne peut continuer sans que tous déploient leur énergie propre. Il n'y a jusqu'ici aucun indice qui nous révèle cette constitution d'une seule nature par l'union des principes fonciers d'activité.

Voyons le terme de la réaction. Les corps se trouvent juxtaposés et plus ou moins profondément altérés. Mais une simple juxtaposition ne suffît évidemment pas à nous rendre compte de l'union décrite. Aussi, selon les auteurs de cette théorie, ces énergies foncières sont devenues incomplètes et dépendantes l'une de l'autre, au point qu'elles ne peuvent exercer isolément une activité déterminée. Le but de leur union c'est donc de se perfectionner et de se compléter mutuellement.

Cette considération nous semble fort étrange. Si, au terme des altérations, chaque composant conserve réellement son principe foncier d'activité, nous ne comprenons pas comment il deviendrait incapable d'agir. Sans doute, et on l'admet sans peine, grâce à ces modifications cette puissance d'action se trouve restreinte ou agrandie. Il n'en est pas moins vrai qu'elle reste une véritable énergie; pourquoi dès

lu.-> -

lors ne pourrait-elle pas produire des eifets proportionnés à sa nature et à ses modifications?

Quoi qu'il en soit, deux Inpotlièscs se présentent ici : On peut supposer d'abord entre les principes unis une telle dépendance qu'ils soient impuissants à exercer séparément une action quelconque. Or est-il conceval)le que ces principes d'action qui. par essence même, sont la racine des activités de l'être, deviennent intrinsèquement dépendants sans subir un changement en eux-mêmes, sans perdre leur nature distinctive? Mais la nature d'une chose ne lui est point accidentelle, c'est son essence même, c'est sa substance; et. à moins de se payer de mots, nous nous demandons quel autre sens il est possible de lui attribuer, car, remarquons-le bien, il ne s'agit pas ici des puissances secondaires, mais de l'énergie foncière. Le changement de nature implique en conséquence le changement substantiel, et il est faux alors que les substances réagissantes conservent leur être essentiel dans la synthèse finale. Si, au contraire . ces principes ne sont pas réellement et intrinsèquement transformés, pourquoi cesseraient-ils fl'avoir leur nature individuelle propre, et d'exercer leur activité connaturellei' On les suppose mutuellement dépendants; mais on serait heureux de savoir sur quoi repose cette dépendance respective.

On peut supposer ensuite que cette impuissance, cette dépendance n'exi.ste que pour certaines actions supérieures à leurs forces individuelles.

— iU —

Dans ce cas, nous ne sommes plus en présence d'une nature composée clouée d'une véritable unité, mais il existe dans la synthèse deux natures dont chacune agit pour son propre compte. Il pourra se faire, il est vi'ai, que la réalisation d'un effet réclame leur concours simultané ; les deux activités s'uniront alors dans un terme commun, mais elles procéderont de deux principes distincts (1).

D'ailleurs, si l'on considère bien cette opinion, il n'y aurait lieu de lui accorder une valeur réelle qu'à une seule condition : c'est que la nature des substances corporelles fût réellement distincte de leur essence. Alors, en effet, le changement de natures se concilierait avec la persistance des générateurs dans leur état substantiel; mais cette distinction n'existe pas, et, comme le dit l'Ange de l'Ecole, deux êtres subsistants, quelle que soit leur imperfection, sont deux individus distincts, dont chacun possède son essence propre et la nature complète de son espèce (2). Toutes les ajoutes faites à de telles substances sont forcément accidentelles ; elles ne déterminent jamais que des principes secondaires d'activité.

Il résulte de cette étude que pour défendre l'unité du composé chimique il parait nécessaire d'admettre

(1) Irapossibile est fiuod eorum quae suut diversa secundum esse sit operatio una. Dico autem operationem unam, non ex parte ejus in quod lerminatur actio, sed secuudum quod egveditur ab agente. Multi enim trahentes navim, unam actionem faciunt ex parte operati quod est uuum, sed tamen ex parte trahentium sunt multae actioues quia sunt diversi iiiipulsus ad trahendum. Sum. cont. Gent. 1. Il, c. 57.

(2) Dp : De pluralitate formaruin.

avec la physique aristotélicienne la transformation substantielle des composants.

Mais ici se présente une ililliculté soulevée par les auteurs que nous venons de CDUibattre.

Tout être essentiellement transformable en un autre renferme nécessairement une pluralité île parties constitutives, qui portaient dans le langage d'autrefois le nom de matière et de forme. Ce sont des substances incomplètes , incapables d'exister isolément. Or, parler de telles réalités substantielles n'est-ce point placer entre la substance proprement dite et les réalités accidentelles un terme intermédiaire que la raison réprouve;" Y a-t-il, en un mot, des degrés dans la substance ^

Cette objection confond les deux aspects très dilférents sous lesquels il est permis de considérer la substance. Sous un aspect ni'gatif elle exclut nécessairement un sujet antérieur d'inhérence, car toute déterjnination reçue dans un être existant est accident. A ce point de vue, il n'y a pas tic degrés possibles dans la substance.

iVIais il en est tout autrement si nous envisageons son caractère possitif. l)'après leur perfection diverse les réalités substantielles jouissent do dillércntes manières de cette existence indépendante : l'être divin subsiste en lui-même, en vertu de sa propre essence ; les anges et les esprits ont reçu leur existence, mais ils subsistcMit dans la simplicité de leur être et ne dépendent point de parties intrinsèques. Les corps, au contraire, marqués d'une imperfection

plus grande, réclament l'union de plusieurs éléments constitutifs. Chacun de ces éléments consubstantiels présente le caractère négatif, essentiel à toute substance; aucun d'eux, en effet, ne s'attache à un sujet complet, attendu que le corps existant dans la nature résulte de leur intime union. D'autre part, ils se distinguent suffisamment de toute réalité accidentelle dont le caractère essentiel est l'aptitude naturelle à adhérer à une chose déjà subsistante en ellemême. Les deux parties de l'être corporel, sans avoir néanmoins une existence isolée, portent donc à juste titre le nom de substances incomplètes, et l'on comprend qu'il y a lieu de placer un terme intermédiaire entre l'accident et la substance complète. Avant de clôturer ce travail, il nous reste à rencontrer les principaux arguments du mécanisme. Nous en avons jusqu'ici différé la critique, car elle se comprendra plus aisément après l'exposé de la théorie de l'Ecole. De plus, elle nous offrira -l'occasion de donner à cette hypothèse quelques développements secondaires qui découlent naturellement (les faits à analyser.

niAi'iTiiE y.

Critique des arguments du mécanisme.

Le raëcanismc ne voit dans l'univers matériel que deux réalités distinctes : la masse et le mouvement local. Qu'il nous suffise, pour rappeler l'idée mère de ce système, de citer cette conclusion d'un ouvrage récent : - Les deux mouvements essentiels, le mouvement en tourbillon, qui constitue l'atome, et le mouvement vibratoire, qui constitue la lumière et laclialcur, se modifient réciproquement et se transibrment d'après les lois de la mécanique, sans gain ni perte finale.

L'indcstructibilité de la matière et de ses mouvements est, par conséquent, le principe suprême de la philosophie naturelle moderne » (1).

Mais quels sont les arguments sur lesquels repose cette synthèse du monde corporel:" Le principal est tiré (le la physicjuc, les autres s'appuient spécialement sur des faits de la cliimic.

(1) F. Marco. LuuiliS dynamique, p. 170.

1'' argument. Existence de l'équivalent mécanique de la chaleur.

Loi de corrélation

et d'équivalence entre toutes les forces de la nature.

Au cemmencement de ce siècle, la science s'est enrichie d'une grande découverte qui a pris le nom de Théorie mécanique de la chaleur. Cette théorie forme à elle seule une science tout entière ; toutes les autres branches de la science des mouvements et des actions réciproques des corps en sont devenues tributaires, et comme elle jette un trait d'union entre la physique et la mécanique, il n'est pas étonnant qu'elle ait servi de base au mécanisme actuel. Pour s'en faire une idée vraie, il faut saisir la portée exacte de deux expressions : le travail mécanique et la calorie.

La chaleur ne peut être ni jaugée ni pesée; on ne peut l'évaluer que par ses effets, c'est-à-dire par l'impression qu'elle exerce sur nos organes ou par les variations du volume des masses soumises à son action ; la plupart des corps se dilatent en effet par la chaleur. Ce sont ces phénomènes et la tendance des corps à se mettre en équilibre par des échanges de chaleur, qui ont fourni les fondements de la construction du thermomètre. Mais le thermomètre, quel qu'il soit, n'exprime jamais d'une manière immédiate et directe la quantité de chaleur présente. Il est aisé de voir que cette quantité et ses variations en plus ou en moins, dépendent à la fois et de l'intensité de la chaleur, et de la masse du corps

lui-ni('inc qui subit son action. En combinant ces deux éléments il est possible d'arriver à une mesure relative. C'est ce (|uc l'on a fait en physique; et on appelle unité de chaleur ou calorir, la quantité de dialour qu'il faut communiquer à un kilogramme d'eau, à O". pour élever .sa température d'un degré du thermomètre centigrade.

r..a seconde notion est celle du travail mécanique.

Toutes choses égales, la vitesse acquise par une masse matérielle soumise à l'action d'une force, dépend et de l'intensité de cette force et de l'espace que le corps parcourt sous son empire. Le produit de ces deux facteurs, l'espace parcouru et l'intensité de la force expriment exactement la quantité d'action dépensée ou développée par celle-ci. C'est ce produit qu'on nomme le travail mécanique. Pour apprécier cette dépense il faut donc évidemment tenir compte de la masse, du chemin parcouru et de la vitesse. On a pris pour unité de poids le kilogramme, et pour unité de hauteur le mètre; et l'on appelle kilogrammètre la quantité d'action qu'il faut dépenser, à l'aide d'une force quelconque, pour «'lever à la hauteur d'un mètre le poids d'un kilogramme en une seconde de temps.

Ces deux unités de mesure, l'unité de chaleur et l'unité du travail mécanique, (jui semblent si étrangères l'une ù l'autre, ont cependant une étroite connexion. Les expériences les plus vulgaires nous l'attestent. Le frottement, le choc, la percussion, la compression des corps développent du calorique. De

même, c'est la clialeur qui, dans nos machines à vapeur, vaporise l'eau pour lui faire communiquer au piston moteur un mouvement de va-et-vient. Elle donne donc naissance au travail mécanique comme celui-ci donne naissance à la chaleur. Or, toutes les fois que l'action du calorique sur un corps produit un travail mécanique, il se consomme une quantité de chaleur proportionnelle au travail produit. Réciproquement, toutes les fois qu'un travail mécanique est consommé uniquement on vue de modifier l'état d'équilibre interne d'un corps, il se développe une quantité de chaleur proportionnelle au travail dépensé.

Entre le travail ainsi produit ou consommé et la chaleur consommée ou produite de la sorte, il existe un rapport appelé l'équivalent mécanique de la cltaleur.

Tel est le grand principe posé la première fois par Maj'er, telle est la proposition fondamentale sur laquelle repose toute la théorie dynamique de la chaleur.

Les travaux du même savant et surtout ceux de Joule nous ont aussi donné la mesure de cet équivalent : chaque unité de chaleur ainsi dépensée, ou calorie, se traduit par la production de 425 kilogrammètres. Réciproquement une dépense de 425 kilogrammètres peut développer une calorie.

Telle est la valeur numérique de l'équivalent mécanique ou calorifique (1).

(1) Hirn. Analyse élémentaire de l'Univers.

Mais cette loi de corrélation et tr»'(jiiivalcnce n'existe j)as seulement entre ces deux phénomènes; elle n'',i.'it toutes les forces de la nature.

Lorsqu'un corps non élastique tombe d'une certaine hauteur sur un plan horizontal résistant, le corps s'»'cliautl"c et la chaleur reprt'sentc la force vive détruite; il y a équivalence entre l'action de la force frravitîque et celle de la force calori(|uc.

Lorsqu'un courant électrique traverse un corps conducteur, il l'échauti'e. Si nous faisons passer le même courant ]iar un moteur électromagnétique, il nous donne du travail externe et nous aide à élever un poids à une certaine hauteur : il y a équiv.ilonce entre l'électricité, le calorique et la gravitation.

Si l'on soudo ensemble deux barres de nK'taux différents et qu'(tii tienne l'une des soudures à une température constante, un courant électrique s'établit dans ce circuit dès que l'autre soudure est exposée à une tomp('rature supérieure ou inférieure.

Loi'sqiie la lumière réfléchie par les corps (pii nous environnent pénètre dans l'oeil, elle s'y éteint sur la rétine et détermine un courant électrique é(|uivalent, de. (1).

Il existe, on le voit, une loi de corrélation et d'équivalence entre la force gravifique, le calorique, l'électricité et la lumière. Toutes peuvent se substituer l'une à l'autre de telle façon que, quand l'une

(1) Autour ci((5, \i. MO et passiin.

se manifeste, rintensité de l'autre s'abaisse proportionnellement.

Sur ces données expérimentales le mécanisme moderne établit son argument : le travail mécanique — pur mouvement local — se transforme en chaleur; celle-ci à son tour se transforme en travail; la chaleur n'est donc qu'un mode de mouvement. Mais le calorique se change en électricité; bref, toutes les forces de la nature sont réciproquement convertibles; toutes, en conséquence, se réduisent à du mouvement local diversement transformé. Il en est de même des sensibles propres, tels que les odeurs, la saveur, le son, les couleurs.

Dès lors, deux réalités distinctes suffisent à nous rendre compte de l'univers matériel : la masse homogène et le mouvement local, transformable et transmissible d'un corps à l'autre selon les lois de la mécanique (1).

Cette conclusion, si précieuse pour la théorie atomique, découle-t-elle réellement des faits? En examinant le sens précis et rigoureux de l'équivalent mécanique et le moyen dont on se sert pour le déterminer, nous verrons aisément qu'il n'en est rien.

Reprenons d'abord les expériences de Joule. Pour évaluer le rapport entre le travail et le calorique, ce savant fit usage d'un calorimètre à eau, dans lequel tournait un arbre vertical muni do palettes. La rotation s'opérait par deux cordons enroulés

(1) Daguin. Traite élémcntaiic de physique, vol. I, n" 8-1 : De l'essence des forces. — Clerck Maxwell, Theory of heat: London 1872.

dans le même sens sur un treuil fixé à l'arbre des palettes, mais qui se déroulaient suivant deux tangentes diamétralement opposées; la descente des poids attachés à ces cordons mettait en mouvement l'arbre vertical et partant l'eau du calorimètre. On pouvait facilement calculer le travail mécanique produit par la chute des poids : le nombre de kilogrammes ainsi suspendus, multiplié par la hauteur de chute, représentait en effet en kilogrammètres le travail produit. D'autre part on connaissait également le poids de l'eau, et, grâce à un thermomètre plongé dans le liquide, on constatait le nombre de degrés dont il s'était échauffé à la suite de cette agitation. En tenant compte de toutes les causes d'erreur, on trouva de la sorte qu'un poids de 425 kilogrammes tombant de 1 mètre de hauteur, développe la quantité de chaleur nécessaire pourchauffer de 0° à 1" un kilogramme d'eau (1).

Si l'on y fait bien attention, la quantité de calorique développé dépend de deu.\ éléments : du nombre de kilogrammes de liquide et du nombre de degrés dont sa température est augmentée. C'est le thermomètre qui donne la mesure de cette élévation, et, par conséquent, c'est sur lui que repose en dernière analyse l'évaluation de la chaleur.

Or, sur quoi se fonde la construction du thermomètre!' Sur le principe de la dilatation des corps .sous l'action du calorique : s'il est mis on contact avec un

(1) .louftret. Introituction à la théorie de l'énergie, p. 82.

corps plus chaud, il g-agne de la chaleur et se dilate ; si ce corps est plus froid, il perd de la chaleur et se contracte. En conséquence, tout ce que cet instrument peut nous manifester directement , c'est la dilatation de la colonne thermométrique ou sa contraction, appréciable en degrés et proportionnelle à la diftércnce de chaleur qui existe entre le thermomètre et le corps mis en contact avec lui. Mais la dilatation de l'eau dans le calorimètre et la dilatation de la colonne thermométrique constituentelles la chaleur sensible ? Evidemment non ; les physiciens d'ailleurs le concèdent facilement. Ce sont des phénomènes mécaniques qui accompagnent et mesurent le phénomène thermique, mais ils ne peuvent nous renseigner sur la nature de la chaleur. Par conséquent, la prétention du mécaniste d'identifier cette force avec le mouvement local est purement gratuite et ne s'appuie pas sur les faits.

Sans doute, il y a encore d'autres instruments que le calorimètre, pour déterminer cet équivalent mécanique ou calorifique. Néanmoins, dans toutes les expériences il faut recourir au thermomètre et se résigner finalement à n'atteindre la chaleur que par un phénomène concomitant, c'est-à-dire la dilatation des corps soumis à son action.

En second lieu, le principe susmentionné ne détermine aucunement la nature du travail mécanique. La force du moteur consiste-t-elle dans un simple mouvement locali' Existc-t-il au contraire en lui une véritable énergie motrice dont l'action s'accompagne

- tTi -

(le Miouvcmcnt? I-aiit-il rapporter à cette t*ncrgie ou au mou veillent les modifications qui provoquent dans le liquide l'ajiparitiou de la chaleur? Toutes CCS questions sont absolument étran;^i'res au principe lui-niènie. et le travail se trouve suffisamment déterminé pourvu que l'on tienne compte du poids de la masse, de sa vitesse et de la hauteur de chute.

En troisième lieu, cette loi de corrélation et d'équivalence implique-t-elle la transformation du mouvement en calorique ou de la force motrice en force calorifique? Nous ne voyons vraiment pas sur quelle raison l'on s'appuyerait pour l'affirmer. Il existe, il est vrai, un lien de succession constant entre le travail dépensé et la chaleur développée; c'est un fait d'expérience, mais là se borne aussi toute la portée du fait. Qu'au lieu d'une transformation de mouvement le phénomrnc thermique soit une force proprement dite, essentiellement distincte du mouvement, et dont l'intensité se proportionne à l'activité de l'énergie motrice du corps qui la provoque, cette loi sera tout aussi parfaitement conservée.

Il suffît que les agents matériels soient régis par le principe de l'égalité entre l'action et la réaction. Si un c(jrps ne peut déployer son activité sur un autre corps sans que celui-ci à son tour lui communique, en réagissant, une sollicitation égale et opposée, il est tout naturel qu'à la force motrice dépensée succède un plu'nomèiie thermique de même valeur.

On le voit donc, sans recourir à d'autres con-

sidérations , il est impossible, en se basant sur cette loi d'équivalence, de dire quel lien causal il faut placer entre ces deux phénomènes : le travail et la chaleur. Il est permis en effet de présenter ici deux hypothèses : ou le travail mécanique est la cause efficiente et productrice de la chaleur; ou le travail ne produit pas directement la chaleur, mais il provoque, dans le corps où il est dépensé, le déploiement d'une énergie calorifique préexistante, et l'activité de cette force intrinsèque répond à l'excitation produite par le travail. Or ces deux hypothèses se concilient parfaitement avec le principe de la conservation de l'énergie (1) et de la loi susmentionnée.

Est-il requis enfin, pour la justification de cet équivalent mécanique, que toujours le travail développe de la chaleur sensible, et que celle-ci à son tour puisse fournir le même travail? L'expérience prouve le contraire. Si on comprime de la glace, loin de donner naissance à un phénomène thermique, on la refroidit, car son point de fusion se trouve abaissé. Ces productions de calorique ne sont pas toujours les mêmes dans tous les corps, elles diffèrent selon le travail qui doit se produire à l'intérieur des masses. Il peut même se faire que tout le travail extérieur soit employé à vaincre les liaisons intérieures (2).

De même, " lorsque la chaleur, écrit M. Tait (3),

(1) Voir Tait. Esquisse de la théorie dynamique.

(2) P. Secchi. L'unitô des forces physiques, p. 17.

(3) Tait. Ouv. cito.

est jirodiiite par un pi-océdé non réversible comme le frottement, il y a dissipation dV'nerfrie; il suit de là que pour restaurer ou reproduire par la chaleur un eflct mécanique quelconque, il faut dépenser en chaleur plus que l'équivalent du travail obtenu. - Il est donc vrai de dire que le travail ne développe pas toujours un phénomène thermique sensible et que le procédé n'est pas toujours réversible, mais ce qui reste avéré, c'est l'équivalence des deux phénomènes dans le cas où le travail est employé uniquement à faire naître la chaleur.

On le voit, sous quelque aspect qu'on le considère, ce principe n'autorise d'aucune façon à identifier la chaleur avec le mouvement local, il justifie encore moins la transformation du travail mécanique en phénomène thermique.

Nous avons déjà réfuté plus haut ces différentes assertions de la théorie atomique; mais même à nous en tenir aux faits que le système mécanique peut invoquer avec le plus d'apparence de raison, nous les trouvons susceptibles d'une interprétation en harmonie à la fois avec l'hypothèse scolastique et avec les résultats de l'observation. Le travail mécanique, disions-nous, n'est pas un simple mouvement, mais il existe dans le corps en mouvement une énergie motrice intrinsèque ou communiquée. De même la chaleur ne consiste pas dans un mouvement local ; c'est une force proprement dite découlant de l'essence même de la substance corporelle ; elle est mise en éveil par la force motrice, et son dé-

ploiement se mesure sur lexcitation reçue. Le principe de l'égalité entre l'action et la réaction régit cet échange d'activité ; le travail mécanique peut donc dispai"aître et se trouver remplacé par un phénomène thermique de même valeur. La chaleur dans .sa destination secondaire étant une énergie motrice, de même que la force du moteur, ces deux énergies donnent lieu à du mouvement local qui en est la mesure, et malgré leur diversité qualitative, elles présentent un aspect mécanique commun qui permet au physicien d'établir entre elles la loi d'équivalence.

Or, y a t-il dans cette interprétation une seule assertion qui ne réponde au principe énoncé?

liO mécanisme ajoutait ensuite que toutes les forces de la nature peuvent également se transformer suivant la même loi d'équivalence. De nouveau, l'expérience révèle évidemment l'existence d'une loi de corrélation et d'équivalence entre tous ces phénomènes, mais l'interprétation mécanique du fait reste purement gratuite comme dans le cas précédent.

y- On a coutume d'affirmer, écrit M. Hirn (1), que toutes ces forces se transforment les unes dans les autres. Il est beaucoup plus correct et plus libre de toute hypothèse de dire, que quand l'une se manifeste, l'intensité de l'autre s'abaisse proportionnellement. Toutes peuvent se traduire en un certain travail mécanique qu'elles peuvent rendre dans les

(1) Hirn. .\tialyse élénieutaiie de l'Univers, p. 326 et suiv.

conditions convenables. - - Ix- principe de Mayer s'applique donc à toutes les forces de la nature, l'électricité, la lumicre, le nia.çnétismc, la gravitation, etc. Si, dan.s un phénomène (|U('lconque, il se produit, par exemple, de l'électricité, nous sommes certains qu'il se dépense ou de la lumière, ou de la chaleur, ou du travail mécanique en quantité ('quivalentc. Il y a équivalence quantitative au point de vue des effets produits, elles peuvent se faire place réciproquement suivant une loi d'équivalence; mais pas un lait, pas le plus minime d'entre eux ne nous autorise à affirmer ou à nier que la lumière, la chaleur, l'électricité doivent être rapportées à un même principe. -

L'explication (|ue nous avons donnée du lien causal qui relie entre elles ces diff'érentes forces paraîtra peul-étre étrange. I/énergic motrice . avons-nous dit, ne produit pas la chaleur, elle en est seulement la cause excitatrice. Pourquoi donc cette di.stinction^ On en verra facilement toute l'importance par les consé<|uenccs auxrjucUcs conduirait l'autre hypothèse.

Une même cause, par son action sur un corps, peut provo((uer l'ajiparition successive de plusieurs phénomènes très divers. Ainsi le travail mécanique donne naissance à un phénomène calorifique ; à celui-ci ]H)urra succéder un phénomène électrique, puis un jtiiéiioinène luminique, etc. Cela posé, supposons que l'énergie motrice soit la cause efficiente de la chaleur; il v aura identité entre cette cause

et son effet, et la force calorifique sera intrinsèque au corps échauffé. Mais cette puissance communiquée de l'extérieur produit à son tour l'électricité. De nouveau la force électrique et la chaleur seront de même nature et se ramèneront finalement à l'énergie motrice. En continuant ce procédé, on arriverait donc fatalement à identifier toutes les énergies spécifiques du monde corporel. Toutes seraient extrinsèques aux corps, et les masses matérielles en général joueraient uniquement le rôle de substrats réceptifs d'énergies mécaniques communiquées. C'est le mécanisme mitigé.

Si l'on veut maintenir la diversité spécifique des forces de la nature et leur union nécessaire avec le fonds substantiel, il faut donc refuser à chacune d'elles une action vraiment cfiîciente sur un phénomène d'autre nature dont clic provoque l'apparition. Mais dans le corps même où elles apparaissent successivement, elles sont l'une pour l'autre une condition d'activité.

2" arf/umcnl. Les poids atomiques.

Le premier argument du mécanisme tendait à prouver que tous les phénomènes physiques sont réductibles à du mouvement local. Le second tend plutôt à établir directement l'homogénéité de la matière.

Un célèbre chimiste anglais du nom de Proust avait reconnu que parmi les poids atomiques un certain nombre sont des multiples exacts de celui

- IHI -

(le l'Hydrogène. Il étendit ce rapport à la série tout entière des corps simples, et admit que les poids des jitomes, indistinctement, sont des multiples de celui de cet élément. On en tira conunc conséquence Tunité essentielle de la matière; en d'autres termes, toutes les substances élémentaires, et partant tous les composés chimiques, seraient constitués d'une même matière primitive plus ou moins condensée.

Cette opinion de Proust, soutenue par Thompson et plus tard par Dumas, ne s'accorde pas avec les déterminations stfechiométri(iues précises. Les recherc-lies entreprises par Bcrzélius, Tumer, Mari- .irnac et Stas (1), dans le but e.xprès de la vérifier, ont montré que les poids atomiques de beaucoup de corps simples, quoicjue s'en approchant beaucoup, n'étaient pas des multiples exacts du poids atomique do l'Hydrogène (2).

M. Stas essaya de rajeunir cette loi du chimiste anglais en admettant que les poids atomiques de tous les corps sont des multiples d'une fraction du p(»ids de l'Hydrogène, par exemple 0,50 ou 0,25. Or, malgré des expériences très soigneusement conduites, il lui fut impossible de concilier avec cette théorie plusieurs poids atomiques, entre autres celui du Chlore. D'ailleurs, il faut convenir, dit M. W'urtz, que cette dernière manque absolument de preuves expérimentales, et qu'il faut re-

(1) liccherohes sur les rappoi-ts des poids atoaiiques. Bruxelles, ISGO, p. 609.

(2) Lotbar Meyer. Les théories modernes do la chimie, vol. I, p. 135.

nonccr à chercher de telles preuves dans des déterminations de poids atomiques à l'aide des méthodes connues " (1).

Scientifiquement parlant, aucune de ces hypothèses ne jouit d'une probabilité quelque peu sérieuse. Mais il, y a plus. Supposé même que l'on parvienne un jour à découvrir ce sous-multiple dont tous les atomes seraient regardés comme des multiples exacts, la conclusion du mécanisme dépasserait encore de beaucoup les prémisses. Sans doute, en théorie, en considérant les atomes uniquement au point de vue de leur masse ou quantité de matière, on pourrait regarder le poids de chacun d'eux comme équivalent à un certain nombre de fois le poids du sous-multiple clioisi. Cette conclusion seule serait rigoureuse. Mais de quel droit aflirmer la formation de tous les atomes actuels par une simple condensation d'une matière primitive homogène? Admettons, en effet, que les substances élémentaires de la chimie sont des natures spécifiquement distinctes entre elles ; le fait dont il s'agit s'expliquerait aisément sans recourir à la théorie des condensations. Si les 70 corps simples, actuellement reconnus, constituent 70 espèces différentes, si chacun d'eux réclame sa quantité spéciale de matière à raison de la spécificité de sa forme essentielle, il est tout naturel que l'on retrouve dans cette échelle do corps une graduation suivie et régulière de poids, conformément aux exigences des natures.

(1) Wurtz. Dirtimiuaire de chimie, p. 474.

La considëration théorique dont nous parlions pourrait se faire tout aussi bien que dans l'hypothi'se nn.'caniquc. et la découverte de cette progression de poids aurait pour résultat de nous montrer l'ordre admirable suivi par le créateur dans la constitution primitive des masses élémentaires.

Il ne faudrait pas s'imaginer cependant que cette théorie s'oppose à cette autre hypothèse bien diH'érentc du mécanisme , d'après lacjuelle les corps simples actuels seraient eux-mêmes des composés chimiques. Si la science de l'avenir arrivait réellement à réaliser cette décomposition, on reculerait simplement le problème, et l'on appliquerait ù ces unités tout à l'ait primitives, et aux atomes des cliimistes modernes, tout ce que nous disons actuellement de nos corps simples et composés.

ô' (irijuiiiriil. Lt's ri-luliuiis entre les poid.s aloiiiit/ues et les proiiriélés ])lnjsi(iues el cliimii/ties.

Si l'on place tous les éléments de la chimie dans un seul cadre, d'après la valeur croissante des poids atomiques , on constate deux faits. D'abord les chiffres qui expriment ces poids ne diffèrent d'un élément à l'autre que de quelques unités. En second lieu les propriétés se modifient graduellement avec l'accroissement du poids atomique.

Se basant sur cette découverte , le mécanisme conclut que les propriétés des corps dépendent uniquement de la grandeur des masses, ou de la quantité de matière condensée.

Cette conclusion est illégitime à plusieurs titres. Le simple énoncé de cette loi de progression suffit à nous le montrer. M. Mendeleef l'exprime dans les termes suivants : - Les propriétés des éléments se trouvent en relation périodique avec leurs poids atomiques. ^

Ces modifications ne progressent donc pas d'une manière continue depuis le premier terme jusqu'au dernier, mais elles parcourent plusieurs cycles ou périodes. Si, au contraire, comme le soutient le mécanisme , les propriétés des corps simples se trouvaient uniquement en fonction des masses atomiques, non seulement elles seraient soumises à une loi périodique, mais la progression devrait être rigoureusement continue, ce qui n'a pas lieu.

Cette synthèse ainsi entendue peut attirer sans doute l'attention des cliimistcs. Il ne faut pas cependant en exagérer la valeur, et les chimistes les plus distingués en font eux-mêmes ressortir les imperfections.

" S'il est vrai de dire d'une manière générale — écrit un savant plusieurs fois cité — que les propriétés des corps subissent des modifications périodiques avec l'accroissement des poids atomiques, la loi de ces modifications nous échappe, et cette loi ne parait pas simple ; car, d'une part, on constate que ces accroissements sont loin d'être réguliers, les différences entre les poids atomiques d'éléments voisins variant entre des limites assez étendues, et sans qu'on puisse découvrir des régularités dans ces

- \nr, -

variations; (iautre part, il faut rcronnaitrc que les flégradatioiis de propriétés, ou si l'on veut les écarts plus ou moins grands entre les propriétés d'éléments voisins, ne paraissent pas dépendre de la valeur des ditrérences entre les poids atomiques. Ce sont là des <lifiicultés - (1).

- Il ne faut jamais oublier, dans ces considérations, dit Lothar Meyer (2) que la loi générale qui règle les relations entre le poids atomique des corps et leurs propriétés est jusqu'ici peu connue... nous ne sommes pas assez avancés pour pouvoir déduire cette théorie d'une ou de quelques lois générales; nous devons bien plutôt procéder par induction, avec une extrême prudence, et en ayant toujours présente à l'esprit cette pensée do Bacon : - (.iostit enim mens cxsilirc ad magis generalia, ut acquiesçât, et post parvam moram fastidit expericntiam. -

D'ailleurs les modifications fussent-elles même continues et régulières, la théorie de la condensation ne serait pas la seule à expliquer ce fait. Qu'y aurait-il d'étonnant, en effet, à ce que toutes ces masses élémentaires spécifiquement distinctes entre elles possédassent chacune une quantité spéciale de matière, et manifestassent des propriétés selon une progression continue? Bien au contraire, nous l'avons montré déjà, il serait permis d'assigner à ce fait une raisonvraimentsuffisantcqu'on rechercherait en vain dajis le mécanisme.

(1) Wurtz. Théorie atomique, p. 117.

(2) Les théories modernes de la cliiniie. p. 203.

- Ib6 - 4° anjumenl tiré du fait de l'Isomèrie.

Les partisans de l'unité essentielle de la matière croient trouver une preuve péremptoire de leur théorie dans un phénomène chimique auquel Berzélius a donné le nom générique d'isomérie.

Certains corps composés présentent ce phénomène très remarquable, de renfermer les mêmes éléments associés suivant les mêmes rapports, et de manifester cependant des propriétés soit physiques, soit chimiques, soit physiques et chimiques à la fois, fort diverses.

On rattache en chimie cette diversité de propriétés de corps isomères à des causes différentes. De là on distingue deux sortes d'isomérie : la métamérie et la polymérie.

Les corps métamères sont formés des mêmes éléments associés suivant les mêmes poids absolus; ils renferment donc le même nombre d'atomes ; ex. l'acide butyrique C4 Hs O2, et l'éther acétique C, Hs 0,.

Les propriétés de ces corps sont notablement différentes ; l'éther acétique est un liquide, neutre de réaction, d'une odeur suave, agréable, bouillant à 72° ; l'acide butyrique normal est de réaction acide, d'une odeur désagréable, nauséabonde, bouillant à 161°. La cause de la diversité de caractères se trouve, dit-on, dans l'arrangement spécial des atomes constitutifs de la molécule ou dans la formule de structure.

Les corps polymères sont formés des mêmes élé-

jiicrifs associés suivant les mêmes rappoHs. mais en (|iiautit(''s absolues différentes ex. laMéhydc acéti(iuc ( ",, 1 1 , 0 et l'acide butyrique C\ H» Oj. Ces deux corps renferment du Carbone, de l'IIydrofièno et de l'Oxy- },'<"'nc ; ces ('léments sont associi'-s suivant le même rapport, mais la i'ormule brute du |iremicr corps est doublée dans le second.

De ces cas d'isomérie découlent, selon l'opinion des mécanistes, les conclusions suivantes :

r II résulte du l'ait de la polymérie que, par la simple condensation d'une matière identique, on peut donner naissance k des corps ti'ès différents au point de vue des propriétés physiques et chimiques.

2° (.\)mme nous le révèle le cas de métamérie, deux corps constitués des mêmes éléments et d'un même nombre d'atomes, pré.sentent des caractères divers dès qu'on varie l'arrangement intérieur de leurs parties constitutives; les propriétés des composés dépendent du changement de position des éléments générateurs.

3" Il ressort enfin de ces deux faits que toute synthèse chimique se réduit nécessairement à un groupement d'atomes ('(|uilibrés.

r*()ur rc'-pondre à cet argument nous devons cxaniinei' en jiarticulicr chacun des phénomènes cités. Prenons d'al)or(l deux corps polymères, dont l'un reidcrmc deux fois plus d'atomes que le premier. Quelle peut être l'origine de la diversité de leurs propriétés? Faut-il recourir A une simple condensation!' .\bsolunicnt pas. Si les doux ou trois ('déments.

qui concourent par leur réaction mutuelle à la formation (lu premier corps, s'associent dans d'autres circonstances suivant un nombre d'atomes doublé, la résultante des foi'ces auxquelles ils donneront lieu dans ce cas, sera fatalement toute différente ; le corps chimique nouveau, amené par cet échange d'activités, sans être formé par condensation, sera néanmoins polymère du premier, et présentera des propriétés spéciales en rapport avec sa nature spécifique. C'est une première hypothèse parfaitement conforme aux faits : la polymérisation, de l'aveu des chimistes, est une véritable combinaison et non pas un simple phénomène physique (1).

jNIais on pourrait aller plus loin sans renoncer en aucune façon à la théorie que nous défendons. Sans doute, deux molécules homogènes n'ont jamais d'affinité réciproque dans les conditions ordinaires. Rien n'empêche cependant qu'après avoir subi des modifications profondes sous l'action d'une chaleur intense, elles soient élevées à une unité supérieure nécessairement en fonction de la qualité et du nombre des composants.

Dans cette hypothèse comme dans la précédente, la nature et les propriétés du corps polymère se trouvent expliquées. Quoiqu'il ne soit point un j)roduit de condensation, un groupement de deux molécules, mais un être spécifique doué d'unité essentielle, il répond aux exigences de plusieurs

(1) Wurtz. Dictionnaire (le chimie, p. 144.

générateurs incapables de conserver, avec leur nature individuelle, leurs propriétés altérées.

Tout en rejetant les assertions du mécanisme il nous est donc permis de légitimer ce fait et de le mettre d'accord avec les principes de la théorie de l'Kcole.

Il reste le cas de métamérie. Le butane formé de 4 atomes de Carbone et de 10 atonies d'IIvdroîrène présente doux variétés. Chacune d'elle a sa formule de structure spéciale :

C II., C U, C ir'

L'arrangement de ces différents groupes se fait en tenant compte de l'atomicité du Carbone; comme cet élément, susceptible de s'unir 4 atomes d'IIjdrogène, se trouve associé à un nombre inférieur, on complète par une; deux, trois soudures ses atomicités latentes.

Dans le deuxième corps, par exemple. C 11, qui ne possède (|u'un II, se trouve relié aux trois autres groupes. Ces formules, on le voit, nous dépeignent l'arrangement intérieur des parties constitutives de la molécule. C'est l'interprétation de ce fait.

Kh l)ien! acceptons les formules décrites. Seulement au lieu fie voir en elles une expression fidèle du corps formé, nous les regarderons comme une

description de l'arrangement suivant lequel ces parties vont réagir mutuellement pour la formation du composé nouveau.

De plus, à la place de groupes proprement dits, plaçons des êtres doués d'unité essentielle , mais contenant virtuellement le nombre d'atomes qu'on attribue à chacun d'eux. Ces deux suppositions sont légitimes. Dans l'hypothèse atomique aussi bien que dans la nôtre, ces parties diverses ne peuvent constituer la molécule sans exercer entre elles une influence réciproque; et d'autre part, que ces parties soient des substances dans le sens rigoureux du mot plutôt que des groupements d'atomes, leurs propriétés réelles se justifient parfaitement.

Cela posé, considérons la réaction. Comme nous le montre clairement la formule, les générateurs immédiats du composé diffèrent entre eux, et si nous comparons ensemble les deux corps isomères, nous voj'Ons que chacun d'eux renferme des groupes que l'autre ne possède pas.

Le premier isomère en effet nous présente deux corps identiques a^'ant pour formule C Hj et deux corps spécifiquement distincts des premiers, C H3. Le second isomère est formé de trois corps de même nature CIL et d'un autre corps CIL Pour nous qui admettons que chacun de ces groupes constitue un être chimique, il existe donc une diversité spécifique entre les générateurs de ces deux composés. Sans doute au total ils posséderont virtuellement le même nombre d'atomes et d'éléments, mais la réac-

tion sera on fonction de ^'«'nératcurs essentiellement ditrércnts. Partant l'i^changc tlactivités aura pour ronsi'-fjucnce une résultante de forces épraleinent dilfi'rcntc dans les deux synthèses et pour terme final deux isomères, deux natures chimiques douéesd'unité et do propriôlos spéciales.

La chimie organifpic nous offre d'autres hydrocarbures beaucoup plus complexes. Ci„ IIjj. par exemple, forme jusque 75 variétés. Pour expliquer les caractères de ces isomères, il n'est pas toujours permis d'invoquer la diversité spécifique des groupes ((u'ils renferment. Il peut se faire que les mêmes corps C H;,, C IIj, C II, C, se rencontrent dans un grand nombre de ces composés hydrocarbonés. Mais l'examen attentif de leur formule nous montre une autre dilférencc très importante. Si nous comparons entre elles ces variétés, nous voyons que dans l'une le groupe C II» se trouve répété un plus grand nombre de fois, mais les groupes de C II sont moins n(iMil)rcux ; dans l'autre, les CIL se multiplient, mais au préjudice des C H3 et C H, etc.

Dans toute cette multitude d'isomères il est impossible d'en découvrir deux seulement où le nombre de chacun de ces groupes soit identique. De nouveau, si ces quatre parties sont des natures chimiques différentes, si l'une d'entre elles prédomine au détriment d'une autre, l'on comprend que ce changement apporté dans le nombre des générateurs d'une espèce donnée ne sera pas sans exercer d'influence sur le résultat final de leur activité.

Réduire donc toutes les forces mises en jeu dans cette réaction à du mouvement local, rattacher les caractères divers des isomères à une simple variation de position des masses atomiques, faire du composé un groupement d'atomes équilibrés, c'est créer une hypothèse purement gratuite et, à notre avis, inconciliable avec les faits.

D'ailleurs, il importe de le noter, ces corps ne s'obtiennent nullement au hasard , mais chacun d'eux réclame un mode spécial de préparation. Or il nous semble incontestable, abstraction faite de toute formule, que la diversité des générateurs peut apporter, dans des composés formés néanmoins du même nombre d'éléments et d'atomes, des propriétés diifércntes. L'expérience l'atteste , les dérivés retiennent facilement quelque chose de leurs générateurs (1).

5'" aryumcnl basé sur la loi des chaleurs alomir/ues et moléculaires.

Dulong et Petit firent connaître cette loi remarquable, que la chaleur spécifique des atomes des corps simples est inversement proportionnelle à leurs poids atomiques, de manière qu'en multipliant ces poids par leur chaleur spécifique respective on obtient une moyenne égale à 6, 4.

Ainsi, le poids du Bismuth est trente fois plus fort que celui du Lithium ; la chaleur atomique du premier corps est trente fois moindre que celle du

(1) Bertbelot. Synthèse chimiriue. ji. 60 et suiv.

- Mlô -

second. Lo Nickel et le Cobalt ont ;ï peu prôs )<> même poids atomique; ils ont aussi à peu près la même chaleur.

Cette loi ne rcirardc directement que les corps simples.

M. M. Kopp et \Voestyn retendirent plus tard au.x composés eux-mêmes. Ils démontrèrent en effet que l'atome des éléments conserve dans les synthèses sa chaleur spécifique; en d'autres ternies la chaleur moléculaire équivaut au produit des chaleurs spécifiques des atomes, multipliées par leur nombre.

Ces deux lois, on le voit, fournissent au chimiste un moyen sérieux de contrôle dans la détermination expérimentale des poids atomiques.

On s'est également basé sur elles pour affirmer la persistance actuelle des éléments dans le composé.

D'a])ord il est un point sur lequel nous voulons appeler l'attention des mécanistcs; c'est que pour donner d'une loi une explication vraiment suHisantc, ce n'est pas assez de justifier l'une ou l'autre de ses applications, mais il faut la justifier dans toute sa portée.

l);uis le cas actuel, l'hypothèse qui seule réunit CCS conditions sera celle (jui rendra tout à la fois raison de la diversité des chaleurs atomiques et du caractère des chaleurs moléculaires.

Considérons maintenant la première loi ou plutôt la première application de la loi générale. Kilo énonce que la chaleur est inversement proport iou-

nelle aux poids des atomes. Or, loin de conduire à l'identité de la matière, il nous semble au contraire que cette proposition se concilie bien difficilement avec elle.

Si la matière est partout homogène, comment se fait-il que 240 grammes d'Uranium n'exigent pas plus de chaleur pour s'échaufî'er d'un degré que 7 grammes de Lithium?

De plus, si les atomes, comme on le soutient, sont des produits 'de condensation d'une matière primitive homogène, leur chaleur spécifique devait croître avec leur poids; l'expérience nous révèle en effet que la quantité de calorique absorbé par une masse homogène augmente proportionnellement à l'accroissement de cette masse. Or, c'est précisément le contraire que nous remarquons dans la chaleur des atomes; elle est inversement proportionnelle à leurs poids.

Ce fait inexplicable dans cette hypothèse se comprend aisément dans la nôtre : si chaque atome des corps simples a sa nature spécifique, il est aussi tout naturel qu'il possède également sa chaleur spécifique.

Nous concédons qu'on ne doit pas se représenter les atomes comme de simples récipients dans lesquels le calorique se dissimule pendant un certain temps pour s'en échapper plus tard ; mais il n'en est pas moins vrai que chaque corps présente à cet égard des aptitudes diverses, qui, en dernière analyse, doivent trouver leur cause dans l'atome lui-même.

En second lieu, la loi nous montre que les éléments

- ni!! -

coniiiiuniqucnt au composé leur chaleur spécifique. De nouveau, ce fait ne prouve ni pour ni contre la persistance actuelle des atonies dans la synthèse. Quoique le composé chimi(iuc soit une substance spécifiquement distincte de ses générateurs, il en est cependant le sul)stitut naturel ; dans son unité il renferme leurs bases matérielles et des parties diverses qui représentent les composants. Dès lors, on n'a pas de peine à comprendre que la chaleur de la molécule peut être la somme des chaleurs spécifiques (les atomes existant virtuellement en elle. On remarque, il est vrai, que la plupart des propriétés des éléments subissent des modifications profondes dans la synthèse, mais il n'est nullement nécessaire que toutes en éprouvent au même degré.

Ainsi le volume occupé par certaines molécules répond adéquatement à la somme des volumes des composants; l'aptitude à l'étendue est donc tout à fivit similaire. De même, on retrouve dans un bon nombre de substances chimiques les propriétés spectrales des générateurs assez légèrement modifiées (1).

Tous ces faits et d'autres semblables prouvent certainement la permanence virtuelle des éléments et la diversité de parties de la molécule; aucun d'eux cependant n'exige davantage.

La conclusion qui se dégage de cette critique c'est que la loi des clialcurs spécifi((ues considérée sous

(1) Voie pliLs haut page -15.

- isiti —

tous ses aspects et dans toute son extension se concilie avec l'hypothèse scolastique ; le mécanisme, au contraire, explique uniquement son application aux molécules, et rend inintelligible la différence des chaleurs atomiques qu'il présuppose.

D'ailleurs, cette loi confirme entièrement la réfutation que nous avons donnée de ce système dans l'interprétation du cas de polymérie, en nous montrant combien à tort on prétend tirer de ce fait une preuve sérieuse en faveur de la formation des éléments chimiques par la condensation d'une matière primitive. En effet, tandis que la chaleur spécifique des atomes reste sensiblement la même dans les corps polymères comme la chaleur spécifique des deux composants d'une combinaison chimique; celle des éléments varie en raison inverse de leur poids atomique. - Cette circonstance, dit M. Berthelot(l), ne permet pas d'assimiler nos corps simples actuels à des corps polymères proprement dits, c'est-à-dire de les envisager comme formés de la même façon et suivant les mêmes lois, par la condensation d'une matière fondamentale. -

Nous croyons maintenant avoir rempli notre tâche. Conformément au programme que nous nous étions tracé dans notre préface, nous avons fait l'examen de la théorie mécanique et de la physique aristotélicienne. L'impuissance du mécanisme à justifier les faits qu'il se donne pour mission d'expli-

(1) Synthèse chimirmo, p. 60. — Voir Hii'n. .\ualyse élémentaire de l'Univers.

quer, la constante harmonie que nous avons constatée entre la théorie scolastique et l'ensemble des phénomènes qu'elle interprète, enfin l'insuilisance des olijcctions et des difhultés que l'on invoque pour en ébranler les fondements, tout ne semble-t-il pas concourir à montrer que nons avons atteint notre but et que la théorie de l'Kcole mérite à juste titre d'être appelée une théorie vraiment scientifique.

TABI.K DKS MATIKKES

Prolégomèucs, p. I-VI.

CHAIMTKIC I. I.A ÏIIKORIK ATOMIQUE OU LE MÉCANISME.

Origine «lo lu (Lt'<ii-ie :il(imii|m', 1. Hypollièses sur lesquelles elle repose, 1-2. Sens lu-oupluble de la thcorie, 2 3. Interprétation de la théorie au sens niccaui(|ue, 3-6. Arguments apportés en sa faveur, 7-9.

CHAPITRE II. EXAMEN DE LA THÉORIE MÉCANIQUE. Art. I". Le Méc.vmsme kx Chimie.

Les poids atomiques, 10-11. L'uffiuito, 11-14. Le principe du travail maximum, 1-1-15. 1,'atoniicito, 15-23. La combinaison, 23-24. Les lois de poids, 2i>-26. Los phénoniÙMies thermiques, 26-28. La combinaison et le mélange, 28-.'}0. La récurrence des combinaisons, 31-34.

Art. II. Lk .Mécanisme en Fhy.si<jle.

§ 1. Les faits de l'ordre physiqitc.

La forme cri.-itnlline, 34-.'?8. La densité, 38. L'état naturel, 38-30. Propriétés a<'oustiques, 39. Propriétés calorifiques. Le coefficient de dilatation, 4il. La chaleur spécifiipio, 411-41. Toinpérature de fusion ou de vaporisation, 41. Chaleur lateute de fusion et île vaporisation, 41. La conductibilité, 41. Le pouvoir iib.sorbant et émissif, 41-42. Phénomènes optiques. Réflexion, 42. Réfraction. 42. La couleur, 43- Le spectre d"émission et il'absorption, 44-45. Les pro|>i'iétés électriques, 45-46. Propriétés magnétiques, 46-48.

§ 2. Le. ini'caaismc exjtliqiie-t-i'l les faits de l'ordre physique, 48-51. Lo principe de la conservation de l'énergie, Sl-.îS.

AuT. 111. Le Mèc.vnlsme w point de vise i'hii.osoI'hii}Iie.

l'élinition ilii mouvement, 55-56. Le mouvement n'e.st ]>as une force, 56-59. Impossibilité de la transmission du mouvement, 59-61. Le mouvement no peut se transformer en électricité, chaleur, etc. 61-64.

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