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CHAPITRE IV

Examen de l'hypothèse scolastique.

Art. P"". Explication des f.aits de l'ordre chimique.

Les 2)okîs atomiques. On se tromperait si on allait croire que toute théorie atomique est inconciliable avec les principes scolastiqucs. L'idée mère de la physique aristotélicienne est celle-ci : il y a dans le monde corporel des substances spécifiques; les corps simples et les composés chimiques sont de véritables individualités spécifiquement distinctes entre elles. Quant à la question de savoir à quelles particules de matière il faut attribuer cette unité essentielle ; si c'est la molécule des composés et l'atome des substances élémentaires, ou bien des masses plus complexes qui sont réellement les derniers éléments doués d'une existence propre et d'une nature individuelle, ce sont autant de points étrangers à ses principes fondamentaux. La solution de cette question dépend des données et des découvertes scientifiques. Or, si nous consultons à

rc sujet les lois de la chimio (1), nous sommes très (lisposL'S à admettre que chaque corps simple est réellement représenté par un atome, véritable individu chimique; la masse matérielle qui tombe sous nos sens ne serait ainsi qu'un agréjjrat de molécules formées par l'union intime de ces mêmes atomes. Dans la substance compos('e, l'individu chimique ou l'être doué d'unité, serait la molécule, et le corps sensible renfermerait autant de substances qu'il se trouve en lui de molécules distinctes. Sans nous mettre le moins du monde en désaccord avec la scolastique, nous pouvons parfaitement reconnaître, conformément à la théorie, l'existence de ces Unités élémentaires qu'on nomme atomes; mais ce que nous ne pouvons admettre, et ici d'ailleurs l'expérience n'a pas de preuve à fournir contre nous, c'est l'identité essentielle de toutes ces masses atomiques, c'est la l'éfluction de toutes leurs forces à du mouvement, c'est enfin la formation de molécules qui seraient chimiquement composées par le groupement de masses dont chacune conserverait son état substantiel dans cette synthèse finale. En un incit. nous ro-

(1) Plusieurs motifs nous inolinent à regarder les atouios îles corps simples comme des individus cliiiniques. C'est d'abord le poids atomifiuo spécifique. Ce fait s'expliiiuo sans difïicultô ilaus cette hypothèse, tandis qu'il n'a plus sa raison d'otro si l'on uttribuo l'imlividualité proprement dite à la moltSculo seulement. C'est en second lieu la loi des chaleurs spécifiques des atonies. KUe ne s'applique aucunement aux molécules, l'Ile se concilie facilement au contraire avec la nature spécifique des niasses atoniii|ues. Knfin. pour un grand nombre de composés, les éléments générateurs sont évidemment les atomes. Or nous nous demandons comment dans la décomposition do l'acide chlorydri(iue, par exemple, l'Hydrogène pourrait renaître autrement i|u'il l'état d'atome.

gardons l'atome des corps simples comme étant un être spécifique susceptible de changement essentiel.

Le premier fait que nous avons opposé au mécanisme c'est la diversité des poids atomiques et leur égale indivisibilité malgré la différence de leurs masses. Voyons si la théorie scolastique nous fournit de ce fait une explication suffisante.

Les atomes des soixante-dix corps simples connus actuellement en chimie sont, disions-nous, des natures spécifiquement distinctes. Chacune d'elles renferme dans son unité essentielle une base matérielle déterminée par un principe spécifique. Or, qu'y a-t-il de plus naturel que chaque principe réclame, pour la formation d'un corps, une quantité de matière spéciale et proportionnée (1)? Car, ne l'oublions pas, la matière est une partie essentielle de l'être, et forme avec sa détermination substantielle une seule nature. Si donc il est permis de voir dans ces masses une série graduée de formes essentielles, il ne sera pas étonnant d'y rencontrer aussi une échelle de poids atomiques s'étendant de l'Hydrogène à l'Uranium. De la sorte, chaque espèce élémentaire aura son poids atomique spécifique et constant. Sans doute, l'atome étendu, considéré abstraitement, au seul point de vue de son extension, reste divisible à l'infini, mais on comprend aisément qu'à raison de ses exigences spécifiques il ne peut être soumis indéfiniment à la division sans passer du même

(1) In l"'n phys : lect. 9. " In corpore naturali invenitur forma naturalis quae requirit determinatam quantitatem sicut et alia accidentia. »

coup à une information nouvelle ou à l'état de composé chimique (1).

La diversité des masses atomiques et leur indivisibilité physique, loin d'être en opposition avec les principes de l'Ecole, nous apparaît ainsi comme une conséquence naturelle de la diversité des espèces chimiques élémentaires. Par conséquent, si nous voulions, à l'exomplc des chimistes, faire reposer les lois de poids, qui règlent les combinaisons, sur la constance des atomes, personne ne pourrait nous contester le droit d'invoquer ce fait. A notre avis, tel n'est point le fondement de ces lois : nous espérons le montrer plus tard.

De ces considérations se dégage une conséquence très importante. Lorsqu'un agent de désagrégation tend, par son influence, à diviser l'atome, celui-ci, à raison de ses exigences naturelles, doit nécessairement se transformer, avec l'élément réagissant, dans une synthèse nouvelle. Mais toute transformation exige, comme nous l'avons vu. la persistance, dans le résultat de la transformation, de la base matérielle des êtres transformés. Comme le poids tire son origine première de cette partie de la substance, le poids du composé nouveau devra donc répondre adéquatcmentàla somme dcspoidsrespectifsdes éléments générateurs. Sans qu'il faille aucunement recourir <à la permanence de l'être substantiel de ces éléments

(1) s. Th. De sensu et sensato lect. 15'. - Etsi corpora mathematica possint iu intinitum diviili. ad certuoi tei-tninum diviiliiutur cum unicuique formae determiuetui' quantilas secundum natuiam... -

dans la synthèse, la théorie nous fournit ainsi la raison physique de la persistance des poids atomiques et partant du principe de la conservation des masses au sein' des transformations les plus profondes de l'univers.

L'affinité chimique. Quel que soit l'aspect sous lequel on la considère, l'affinité chimique est un de ces faits qui sc'mhlent le mieux révéler l'existence de natures spécifiques dans le monde corporel. Le premier caractère essentiel de l'affinité c'est l'aptitude des contraires à la combinaison ; en d'autres termes, la réaction chimique se passe entre des corps hétérogènes.

Pour nous rendre compte de ce fait il importe de considérer attentivement le mode de formation d'un composé chimique et sa nature intime. Le composé, disions-nous, n'est point un être produit au hasard, mais bien le terme obligé de l'échange d'activité de ses générateurs. Doué d'une nature spécifiquement distincte de celles qui l'ont réalisé par leur concours mutuel, il n'a pu naître qu'au moment où la résultante des forces en confiit dans la réaction se trouvait incompatible avec les natures individuelles des corps réagissants. ]\Jais il est manifeste que des substances homogènes, aux activités identiques, sont incapables de donner lieu à une telle résultante; car l'action est l'épanouissement de l'être, et tout

agent feiul h communiquer sa propre manière d'être au terme de son activité. Ainsi lorsque deux corps de température inégale sont en présence, celui dont la température est la plus élevée se dépouille d'une partie de sa chaleur et la communique à l'autre, jusqu'à ce que, l'équilibre étant établi, celui-ci .soit devenu, en quelque manière, semblable au premier, par son passage à un état de température égale. Si les corps sont identiques, le terme de leur échange d'activité, dans les conditions ordinaires, sera forcément en rapport avec leur nature individuelle. L'hétc'rogéné'ité des corps est donc une condition requise pour la réaction chimique, ou ce qui revient au même, l'affinité est l'aptitude des contraires à la combinaison.

l)e là découle cotte loi générale contlrméc par l'expérience : plus un corps entre dans une condjinaison, plus l'allinité du composé jiour cet élément diminue; et puisque. en se l'assimilant, il lui communique ses propriétés, l'antagonisme exigé par l'affinité .s'amoindrira proportionnollcincnt. Pour la même raison, les corps sont d'autant plus aptes à se combiner, qu'ils sont, au point de vue eliinii(|ue. plus ditrérents les uns des autres (1).

L'aiiinité se présente ensuite comme une sorte d'inclination ou de tendance élective, en vertu de laquelle un corps donné se porte de préférence vers certains autres; les corps, comme disent les chi-

(1) llcmy, Prôois <lo cliiniie gOiiéri^R, p. .57.

mistes, ont leurs affinités électives. L'examen de ce second caractère met en relief ce que l'École appelait l'inclination de nature. Si chaque être, à raison du principe substantiel qui détermine son espèce, se trouve incliné à des opérations propres et à une évolution spécifique, il est clair qu'il doit y avoir pour chaque espèce chimique un certain nombre de substances spécialement sympathiques avec lesquelles elle tend à former des synthèses naturelles ; celles-ci sont des fins assignées au déploiement mutuel de leurs activités (1). La rencontre de la réaction des corps simples et composés de la chimie, loin d'être livrée aux caprices du hasard, sera réglée par la tendance interne ou nature des êtres.

Dans un groupe de substances susceptibles de former entre elles des combinaisons variées , on remarque que chacune d'elles ne manifeste pas à l'égard des autres la même facilité de réaction. Quelle est la raison de ce fait? Pour qu'une force puisse s'exercer, le corps où elle se trouve et le sujet destiné à recevoir son action doivent posséder certaines dispositions spéciales. Etant posé qu'il existe entre les diverses substances du monde inorganique une distinction vraiment spécifique, il s'en-

(1) In lib. 2 phys. lect. 14. « Natura, nihil aliud est quam ratio ejus- (lem artis, scilicet divinae, intlita rébus, i|ua ipsae res moventur ad finom determinatum.. " et in qnaest. disp : q. 22, a. I. ■• Et per hune inodum omnia naturalia in ea quae eis conveniunt, suut iuclinata, habenlia iu seipsis aliquod inclinationis principium. rations ciijus poniin inclinatio uaturalis est, ita ut quoiUirninodo vadaut et non solum ducautur iu liues débites. "

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suit tout naturellement, que les propriétés de chacune de ces substances refléteront la nature spécifiquement caractéristique d'où elles d(!'Coulent, et qu'elles réclameront aussi des conditions particulières d'activité. Tandis que tels corps du {groupe présentent naturellement toutes ces conditions requises et ne requièrent pour se combiner que le simjjlc contact, d'autres, au contraire, devront subir au préalable certaines modifications ou recevoir l'intluencc d'une cause excitatrice. On comprend aisément dès lors comment des substances combinables ne réalisent pas cependant avec la même facilité leurs synthèses diverses.

En nous fondant sur ces exigences des natures spécifiques, nous pouvons de même expliquer comment ilsefait que des corps, doués d'une grande atlinitén;ciproque, forment en général des combinaisons complètes, rapidement opérées, parfois même d'une manière instantanée. Puisque en vertu de leur être propre les corps possèdent une tendance spécifique, puisque toutes les puissances sont des moyens naturels par les(j[ucls la subst^ince réalise sa fin, il s'ensuit que certaines substances pourront réunir par elles-mêmes toutes les conditions et les dispositions requises pour l'exercice immédiat de leurs forces. Partant, l'absence de tout obstacle qui ralentisse cette activité, pourra suffire pour que le travail d'assimilation se fasse rapidement, et que le composé, aussi naturellement formé, jouisse d'une stabilité capable ilc résister à l'influence des causes

extrinsèques qui rendent les combinaisons incomplètes.

L'affinité peut être considérée en troisième lieu comme force ou énergie chimique. Pour apprécier l'intensité de cette force, le chimiste recourt au phénomène thermique dont s'accompagne la réaction. Mais il est impossible de connaître, à ne considérer qu'une seule combinaison, l'énergie chimique propre cà un corps; car le phénomène calorifique est toujours l'effet complexe de l'échange d'activité de deux substances au moins. Pour déterminer cette énergie chimique il faut donc examiner l'ensemble des réactions que ces corps sont aptes à réaliser avec un même corps dans des circonstances identiques. Or. il résulte de cette étude que cette énergie diftere considérablement dans les différentes espèces, et que chaque espèce possède une force chimique spécifique et constante. Mais cette diversité des énergies chimiques n'est à son tour qu'un corollaire des natures spécifiques; admettre eu effet une distinction essentielle entre les espèces chimiques, c'est reconnaître implicitement qu'il y a dans chaque espèce une puissance vraiment spécifique, qui sert à caractériser la nature dont elle découle.

L'affinité chimique considérée sous ses trois aspects se trouve ainsi en harmonie parfaite avec la thèse fondamentale de la physique aristotélicienne.

Mais ici se présente une difficulté que nous ne pouvons passer sous silence. Dans l'interprétation

du lait (Je l'affinité chimique, nous nous sommes constamment appuyés sur la nature des êtres ; c'est en elle que nous avons vu la raison foncière de ce fait. Mais la nature est constante et ne change qu'avec l'être lui-même. Ne semhlc-t-il donc pas qu'en assignant un tel fondement à ce phénomène, nous le .soustrayions nécessairement aux influences multiples, aux modifications réelles auxquelles de fait cependant il est soumis? En etfet, nous savons par l'expérience que la chaleur, la lumière, l'électricité peuvent augmenter ou diminuer l'énergie chimique, stimuler ou troubler l'exercice de l'affinité. Nous accordons volontiers le fait qu'allègue l'objection, et il est manifeste que, par l'intervention libre de l'homme, il se produit certaines combinaisons qui, sans cela, n'auraient pas lieu; mais ce Lut n'infirme pas notre explication. D'abord, est-il nécessaire d'admettre que l'intervention d'un agent physique dans une réaction, exerce toujours une influence directe sur les énergies chimiques? Il n'en est rien ; l'influence de cet agent peut consister simplement dans la réalisation de certaines conditions requises pour la combinaison. Supposé en 00*01 que l'affinité do deux corps soit très faible, et que l'attraction exercée entre les particules respectives de leurs masses soit intense; on comprend aisément, qu'à raison même de cette union, ces masses hétérogènes ne seront pas à même d'exercer leurs activités chimiques. Mais qu'une force de désagrégation, commclaclialeur,vienneromprecctte union; aussitôt,

les particules mises en liberté cleviendront capables d'une combinaison peut-être assez intense. Dans ce cas, l'agent physique facilite l'exercice de l'afïînité sans influencer la force chimique. Elle peut, de la même manière, entraver la réaction ; il suffit qu'une chaleur trop intense active démesurément les forces de répulsion des substances réagissantes-, pour que le contact immédiat requis pour la combinaison soit empêché. Or il est clair que, nonobstant toutes ces influences diverses, l'affinité chimique restera toujours dépendante de la nature spécifique.

Mais admettons, comme l'insinue l'objection, une modification réelle et positive de l'affinité ou de la force chimique proprement dite. Celle-ci relèvera-telle moins du fonds substantiel de l'être? Évidemment non. Chacun le sait, il n'est nullement loisible au chimiste de former des composés avec n'importe quels corps, même en employant les agents phj'siques les plus énergiques. S'il parvient, au contraire, à associer certains éléments, apparemment du moins indifférents à l'égard l'un de l'autre, c'est à la condition, qu'il existe déjà dans ces éléments une affinité lointaine susceptible d'être développée par son intervention. Et si dans ces cas la chaleur exalte l'affinité, il n'en est pas moins vrai que ce même agent physique produit des cff'ets divers, variant avec les corps soumis à son influence. Soit qu'il développe l'énergie chimique, soit qu'il l'entrave, la diversité de ses effets nous montre ainsi la diversité des corps (|ui reçoivent son action. Loin donc de trouver en

• lia une «lifficnlt»^ sérieuse contre la théorie des natures sjiécifiques.nous y voyons plutôt une confirmation ; car nous ne pouvons comprendre comment, on (l('pit de toutes ces influences vari(''es, et des cir- «•onstanccs les jikis diverses, les multiples substances du monde inorfranique conserveraient toujours leurs a/Hnités électives, s'il n'y avait dans chacune d'elles un principe de stabilité destiné à assurer la constance (li.'s puissances et do leur mode d'activité.

L'alomicité. L'atomicité respective des corps chimiques se détermine en général par rapport à un élément commun pris pour terme de comparaison. Cet élément c'est l'Hydrogène pour les corps négatifs et le Chlore pour les corps positifs. Le nombre d'atomes de Chlore ou d'Hydrogène qu'une substance donnée peut s'unir en combinaison mesure son atomicité. Cette propriété n'est donc pas une force distincte de l'énergie chimique dont nous venons do parler; mais elle la mesure au point de vue de son extension. La valence des atomes varie considérablement d'après les différentes substances. Les métaux alcalins, par exemple, sont exclusivement monovalents et leur atome ne peut jamais s'associer (ju'ù un seul atome de Chlore. D'autres sont doués d'un pouvoir plus grand et conservent, dans la plupart de leurs combinaisons, cette valenccdétcrminéc. I)'autrcs enfin se laissent inllucnccr plus facilement

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par les circonstances ou les corps divers avec lesquels ils se combinent.

On le voit, toute théorie qui prétend expliquer ce fait de l'atomicité ne peut parvenir à ce but qu'à deux conditions : elle devra d'abord justifier les lois spécifiques de poids qui règlent la combinaison des diverses substances de la nature; en second lieu, il faudra que la raison de la constance de ces lois vienne se concilier avec les exceptions réelles manifestées par l'expérience.

Nous croyons que la théorie de l'Ecole réunit parfaitement ces deux conditions.

Une fois admis que les composés chimiques remplissent le rôle de fins assignées à leurs générateurs, il serait inconséquent, nous scmblc-t-il, de faire dépendre uniquement des circonstances extrinsèques le nombre d'atomes contenus virtuellement dans ces synthèses. On sait, en effet, que la nature et les propriétés d'un composé sont fonction non seulement des espèces d'éléments intervenus pour sa formation, mais aussi du nombre d'atomes. La combinaison du Mercure et du Chlore en est la preuve. Ces deux éléments forment deux composés spécifiquement distincts, pour ce seul motif que le nombre d'atomes de Chlore n'est pas le même dans les deux cas. Dès lors, de même que la constitution et la nature des synthèses chimiques relève en dernière analj^se de la nature des générateurs, ainsi la complexité atomique de ces synthèses, ou l'atomicité, ne peut être indépendante de la nature intime des générateurs.

Mais cette cause suffit ëviderament à nous rendre compte de la constance de l'atomicitë spéciale des corps, car s'il y a une chose dou('e de stabilité, c'est bien le tond substantiel ou la nature des êtres. De l'ait, nous comprenons aisément comment deux substances données, :ï raison de leur destination, de leurs aptitudes natives, du caractère spécial de leurs puissances et de leur mode d'action, — toutes conséquences naturelles de leur espèce — s'associent ré{ïulièrcmciit dans les circonstances ordinaires suivant un nombre détcrniiné d'atomes.

Néanmoins, en assif,niant à l'atomicité un tel fondement, nous ne sommes aucunement réduits à méconnaitre les variations dont, de fait, elle est susceptible. Les phénomènes chimiques étant dos actions de contact immédiat, il est tout naturel que les agents physiques et, en général, les causes extrinsèques, viennent favoriser ou entraver ce contact, augmenter ou diminuer le nomltre de masses atomiques en réaction mutuelle.

Toutefois, ces changements se feront nécessairement dans les limites que comportent les exigences naturelles des corps en présence. Sans devenir complètement solidaire des multiples influences extérieures, l'atomicité pourra donc subir certaines variations, et rester une propriété inhérente à la nature.

Les considérations que nous venons d'émettre au sujet de l'atomicité, nous permettent maintenant de découvrir le fondement des lois de poids qui règlent les combinaisons chimiques.

Lorsque nous avons expliqué le fait de la diversité des poids atomiques et de leur constance, nous avons dit que l'indivisibilité des atomes n'était point le véritable fondement de ces lois. En effet, admettons pour un instant que l'atomicité n'aiî rien de fixe ni de sta])le , qu'elle change constamment au gré des circonstances ; y aurait-il encore lieu de parler des lois de nombre? A moins d'en faire une tautologie, et de dire, par exemple, qu'un composé formé de deux atomes renferme deux atomes , nous ne voyons pas quel sens ni quelle portée vraiment scientifique on pourrait leur accorder. Malgré l'indivisibilité des masses atomiques, les combinaisons cesseraient d'être soumises à des lois et se feraient suivant des rapports indéterminés.

Si les corps sont réglés dans leurs réactions par ces lois, ne semble-t-il pas légitime d'en attri- Ijuer la cause à la constance même de leurs atomicités spéciales, et partant à la nature des êtres .seule capable d'assurer la stabilité de ce fait?

Dans l'étude du mécanisme nous avons rencontré deux cas tj'piques qui nous ont fait voir toute l'impuissance de la théorie de l'atomicité appliquée selon les principes de ce système. Nous allons maintenant interpréter ces mêmes faits d'après l'hypothèse scolastique.

Il s'agissait du carbonate calciquc formé de deux parties CO- 4- Ca 0. Que sont ces deux molécules avant leur union dans la synthèse? CO"^ est un être

proprement dit, constitué dun seul principe spécifique, ayant pour Ijase matérielle celles du Carbone et de l'Oxjgènc ramenées par lui à l'unitr- de Tètre. Ce corps présente dans son unité essentielle les propriétés altérées de ses f^énératcurs; et, comme tout corps, il a, de sa nature, une aptitude spéciale à se combiner avec certaines espèces, des propriétés cliimiques et physiques qui ne demanilcnt. pour s'exercer, que la réalisation de certaines conditions.

Sans doute, cette molécule est saturée, si l'on veut dési<,'ner par ce terme que le maximum d'atomes d'Oxyf^ène avec lesquels le Carbone peut se combiner lui a été présenté, mais nullement en ce sens que ces mêmes atomes, par une simple accommodation de mouvements, seraient arrivés à l'état d'équilibre mécanique complet.

Tout ce que nous avons dit de la première molécule s'ai)pliquo de la même manière à Ca 0.

Eh bien! mettons, dans les circonstances voulues, ces deux substances chimiques en présence l'une de l'autre. Que se passera-t-il ? En vertu de leurs affinités mutuelles, ces deux corps réagiront, se modifieront profondément, comme le feraient deux corps simples, et donneront naissance, en disparaissant eux-mêmes, comme êtres individuels complets, à un être substantiel nouveau, à une synthèse finale, résultat d'une transformation substantielle, le carbonate calcique. De la sorte, il n'est nullement nécessaire de recourir à un échan{^e d'atomicités ou à une division de mouvements atomiques, et ce

composé peut se ramener à la combinaison ordinaire de deux natures hétérogènes.

Le deuxième cas proposé, était : C' H"^ Le mécanisme interprète ce composé en recourant aux atomicités latentes et à la théorie des soudures. Chaque atome de Carbone est tétra valent, c'est-à-dire susceptible de s'associer quatre atomes d'Hydrogène. Mais, de fait, il ne se trouve uni, dans le corps en présence, qu'à un seul Hydrogène. Le mécanisme place entre les atomes de Carbone une triple soudure; de cette manière, ces atomes se saturent mutuellement en dépensant entre eux les trois atomicités restées vacantes.

Nous avons vu l'illogisme de cette conception et les conséquences funestes auxquelles elle conduit.

La théorie scolastiquc nous fournit de ce fait une explication toute différente, qui échappe à ces inconvénients et satisfait à la fois aux exigences des lois de l'atomicité et de l'affinité.

Les deux atomes de Carbone mis en contact avec les deux atomes d'Hydrogène exercent mutuellement leur activité, suivant leur tendance native, et la réaction se passe entre des masses hétérogènes comme l'exige l'affinité, c'est-à-dire l'aptitude des contraires. Grâce à leurs altérations successives et profondes, ils finissent par donner lieu à un composé nouveau, à un nouvel individu chimique, qui reflète les propriétés des éléments intervenus pour sa formation.

Mais l'atome de Carbone possède ce pouvoir par-

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ticulicr (le se combiner avec quatre atomes d'IIy- (Irojrùne, tandis que, dans la lormation du corps mentionne', les deux atonies du Carbone n'ont été inHuoncés que par deux Hydrogène. Il est donc naturel que le composé manifeste à son tour ces aptitudes du Carbone. Aussi ce corps conserve la propriété de former des composés plus complexes, et de se combiner encore avec quatre atomes d'Hydrogène. Telle est l'atomicité réelle nianife.**tée par l'expérience. Dans cette manière de voir, l'affinité ne se trouve point sacrifiée, attendu qu'elle s'est exercée tout entière entre des éléments hétérogènes ; le corps résultant de l'exercice de leur activité exclut les soudures et atomicités latentes, car il n'est pas un agrégat d'atomes, mais un seul être où les bases matérielles des générateurs .sont élevées par un seul principe spécifique à une unité es- .sentielle supérieure; enfin, conmic toute espèce chimique, il possède une atomicité connaturcllc et des aptitudes spéciales, en rapport avec les éléments dont il est le substitut obligé. Cette explication nous dispense donc de forger des hypothèses nouvelles, et permet de ranger ce cas, comme tous les cas analogues, dans la série des composés ordinaires (1).

(1) Kn interprétant ainsi la formation de ces composés nous ue voulons pas affirmer (|ue lo Carbone dégage toujours lu môme ((uantité do chaleur, quel f|ue soit le nombre d'atomes d'Hydrogène qui entrent dans la coiiibinaisou. Bien au contraire, nous croyons qu'a raison du principe d'action et de réaction, cette quantité variera avec le nombre d'unilés éli-montaires qui viennent influencer cet élément. Si cet élément jouit d'une atomicité très étendue, comme c'est le cas pour le Carbone, les divers ccmiposés qu'il formera donneront lieu il des phénomènes

On pourrait se demander pourquoi le composé C' H- ne conserve pas toutes les atomicités natives de ses constituants. Ce corps en effet ne peut plus s'unir qu'à quatre atomes d'Hydrogène, de sorte que le nombre maximum d'atomes d'Hydrogène qu'il est possil)le d'unir à deux atomes de Carbone sera six, tandis qu'il devrait être huit, le Carbone étant un élément tétravalent. La chimie, de même, nous fait connaître une multitude de composés hydrocarbonés où le même phénomène se représente. Tous ces corps sont privés de pouvoir additionnel, comme s'expriment les chimistes, toutes les fois qu'ils renferment un nombre d'atomes d'H double de ceux du C, + 2, ex : C- H^ C Hl Pour expliquer ces faits, faut-il encore une fois recourir à la théorie des soudures, et défendre la permanence actuelle des atomes dans la synthèse? Nous n'en voyons aucunement la nécessité. Sans doute cette synthèse doit refléter, dans une certaine mesure, les propriétés des éléments générateurs; c'est un fait d'expérience et une conséquence des relations qu'elle soutient avec eux; mais il n'y a aucune raison d'affirmer que l'atomicité des éléments doive se consei-vcr

therniiques ditféreuts et pouiTont présenter une activité d'autant plus grande que le nombre d'atomes hétérogènes combinés sera plus restreint. Ou sait en effet que la perte de chaleur est toujours une perte d'énergie. On s'explique ainsi facilement pourquoi l'Acéfytèue Cj H» est un corps si virulent.

D'autre part, — nous l'avons fait remarquer plus haut, — il est souvent nécessaire de tenir compte des circonstances physiques dans lesquelles se passent les réactions pour donner une juste explication des phénomènes thermiques qui les accompagnent.

intacte ilans le composé. Bien au contraire, si les substances réagissantes subissent des altérations profondes, si, comme nous le soutenons, ils sont, de fuit, élevés à un nouvel état substantiel, nous comprenons parfaitement ces modifications et cette r/'duction de leur atomicité. \'raimcnt IDn se demande pourquoi cette propriété serait moins altérable que les autres; poui'quoi on lui accorderait ce privilège que l'on doit refuser à l'affinité. L'expérience, en effet, prouve à l'évidence que, dans maints composés, l'affinité des générateurs subit des modifications profondes. Or, une fois qu'on reconnaît cette influence de la réaction sur l'atomicité des éléments, il semble complètement inutile d'attribuer au.x soudures des parties constitutives de la molécule la restriction de son pouvoir additionnel ou son état de saturation. Ce fait trouve suffisamment sa cause dans les changements apportés par la réaction.

Pour le même motif, si l'on découvre qu'un hydrocarbure privé de ce pouvoir additionnel renferme un nombre d'atomes d'Hydrogène double de ceux du Carbone -1-2. on conçoit aussi comment tous les hydrocarbures, où ce rapport est conservé, forment une série de corps saturés, quelle que soit d'ailleurs leur complexité.

Ce n'est pas que nous désapprouvions les formules de structure apportées par le chimiste dans la description des corps. Nous croyons, au contraire, que. dans bien des cas, ces formules peuvent nous dépeindre la manière dont les générateurs sont pré-

sentes les uns aux autres dans la réaction, le nombre et l'espèce d'atomes qui donnent lieu par leur activité au composé nouveau. Mais si, en ce sens, elles nous paraissent tout à fait admissibles, nous ne saurions les regarder comme une expression réelle de la nature ou de la constitution essentielle de ces corps.

La combinaison. Nous avons montré jusqu'ici comment les deux propriétés chimiques fondamentales des corps, l'atomicité et l'affinité, sont inhérentes aux natures; elles découlent du fonds substantiel des êtres. Si l'on examine les composés chimiques, soit au point de vue des espèces qui concourent à leur formation, soit au point de vue du nombre d'atomes que celles-ci y apportent, on voit avec combien de raison l'Ecole les appelait les fins naturelles des substances réagissantes. Elles concourent en effet à sa réalisation en vertu de l'inclination même de leur nature.

Mais nous devons étudier plus intimement cette formation des synthèses, afin de bien faire saisir l'acte essentiel de la combinaison et les conséquences importantes qu'il est permis d'en tirer.

Lorsque deux corps doués d'affinité mutuelle, tels que l'Hydrogène et le Chlore, se trouvent en contact immédiat, et dans les autres conditions requises pour la réaction, toutes les énergies de ces deux atomes se mettent en exercice. Ce sont les forces mécaniques

d'attraction et de répulsion, les énergies physiques, la chaleur, l'électricité, la force magnétique et gravifique, enfin, les énergies chimiques proprement dites. Toutes ces forces tendent, disent les modernes, à se mettre en équilibre. C'est l'interprétation mécanique d'un principe de l'Kcole : « Omne agens agit sibi similo.- Tout corps, en exerçant son activité sur un autre, tend à lui communiquer ses propriétés et sa manière d'être. Ces deux atomes en réaction concourent donc il réaliser un état d'assimilation ou une résultante commune. Si les natures chimiques sont douées de grande énergie, et très opposées l'une à l'autre, le travail qui doit amener la résultante sera très inten.se, et les substances subiront des altérations plus profondes. Si, au contraire, les natures diffèrent moins l'une de l'autre, au point de vue chimique, et si leurs énergies sont plus faibles, le travail deviendra moins grand, et sera proportionnel à la différence des natures. Mais chaque corps, nous l'avons vu, a ses propriétés connaturclles. Il possède une énergie chimique spécifique, iudi visiblement unie à son être, un ensemble de puissances qui en émanent et revêtent un caractère spécial; enfin, des caractères extérieurs qui lui sont également connaturels. Quoique ces corps puissent conserver leur nature au sein de certaines modifications superficielles, on comprend très bien que les altérations des forces chimiques et physiques, et leur r('(Iuction à une résultante commune, cessent, à un moment donné, de répondre aux exigences par-

ticulières des espèces; sinon, il faudrait dire que les corps sont indifférents à posséder telles propriétés plutôt que telles autres. JNlais plus les substances réagissantes s'approchent de cet état d'assimilation finale, incompatible avec leur nature individuelle , plus aussi, d'autre part, ils présentent d'aptitude à se réunir dans une unité supérieure, qui soit en quelque sorte intermédiaire entre ces deux fiicteurs. C'est à ce terme dernier que les deux substances, ainsi modifiées, et en contact immédiat, se trouvent actualisées par un principe spécifique unique, substitut naturel des principes individuels. L'être ainsi formé jouit d'une unité essentielle ; c'est une espèce chimique nouvelle, douée, par conséquent, d'un ensemble de propriétés et de puissances connaturellcs, mais il reflète les caractères de sqs générateurs, proportionnellement aux altérations qui lui ont donné naissance.

Cette relation nécessaire entre la résultante finale et le composé nouveau nous montre l'origine de la diversité spécifique de toutes les synthèses chimiques. On peut faire varier cette résultante de trois manières, soit en changeant les éléments qui interviennent dans la formation de la synthèse, soit en augmentant ou en diminuant le nombre d'atomes des mêmes éléments, soit enfin en variant le mode de réaction mutuelle. Mais si la nature du composé doit toujours répondre aux altérations antécédentes, il est clair que, dans ces différents cas, l'on obtiendra nécessairement des synthèses spécifiquement distinctes.

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Comme nous venons do le voir, l'élévation des {Générateurs à un état substantiel nouveau, à un ('trc unique, tel est l'acte essentiel de la combinaison cliiniiquc. La conséquence immédiate qui se dégage fie cette théorie, c'est la diti'érence fondamentale entre la combinaison et les actes ])hysi(|ucs en général. Considérez en efi'ct les ]diénomèncs ])liysiqucs; quels qu'ils soient, tous se ramènent à des modifications accidentelles, et la substance, au sein de ces altérations, conserve toujours son être propre et sa nature. Les actions chimiques, au contraire, relèvent en dernière analyse d'une énergie spécifique spéciale à chaque corps, et al)outissent à une transformation essentielle des substances réagissantes. De la sorte, la physique et la chimie deviennent deux sciences essentiellement distinctes ayant chacune leur olijet propre.

Ainsi apparaît également la raison dernière de l'opposition de caractères entre la combinaison et le mélange. Tandis que les corps mélangés, quelque intime que soit leur union, ne forment jamais que des agrégats, des groupements de masses diverses, les corps cliimiquenicnt composés constituent des individus chimiques nouveaux, essentiellement distincts de leurs générateurs. Dès lors, comme chaque être a ses propriétés connaturelles, des puissances indivisiblcmcnt unies à sa nature, on conçoit que les changements apportés par la combinaison, loin d'être, comme dans le mélange, passagers, superficiels et généraux, seront au contraire des change-

ments stables, profonds et propres à chaque composé. De même, puisque les synthèses naturelles sont le terme obligé des tendances natives des composants, puisque l'atomicité est une propriété inhérente aux natures, les rapports de poids suivant lesquels ces éléments s'associent pour la formation de ces synthèses, devront revêtir aussi le caractère de fixité et de constance. Au contraire, dans les mélanges, où l'association des masses n'est plus soumise aux exigences des natures , le rapport des quantités mélangées sera à la merci des circonstances, et partant variable et changeant.

En résumé, toutes les différences reconnues par le chimiste lui-même entre les actions chimiques et physiques, en général, deviennent des conséquences nécessaires de la théorie de l'Ecole sur la nature de la combinaison.

Les jthénomènes thermiques. Nous ne pouvons passer sous silence un autre phénomène très im portant qui caractérise les combinaisons, c'est-à-dire le dégagement de chaleur.

La plupart des corps donnent lieu, en réagissant, à une production de calorique variable d'une combinaison à l'autre. Le chimiste regarde ce phénomène comme la mesure des affinités des substances réagissantes. On remarque aussi que, dans un grand nombre de réactions chimiques, la quantité de chaleur dégagée n'est pas à comparer avec la quantité

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développée par les actions mécaniques comme le choc, le frottement ou les actions physiques. La formation d'une molécule-gramme d'eau à l'état gazeux est accompagnée d'un dégagement de chaleur de 57 calories, c'est-à-dire d'une force suffisante pour élever 25.225 kilogrammes à un mètre de hauteur en une seconde. Si l'on tient compte de la petitesse de la masse, qui équivaut ici à 18 grammes de matière, et de la grandeur du phénomène calorifique exothermique, il faut bien avouer que cette chaleur est énorme et dépasse considérablement celle qui relève de causes physiques ou mécaniques.

L'étude de ce phénomène soulève en conséquence trois questions. Quelle est la! cause originelle de cette chaleur:^ Comment est-elle, dans la rigueur des termes, la mesure des affinités? D'où vient qu'elle caractérise les actions chimiques ?

Voyons si notre théorie permet de donner à ces problèmes une solution satisfaisante. A l'encontre du mécanisme nous avons reconnu dans les corps des forces proprement dites, essentiellement distinctes du mouvement local , ayant chacune leur activité propre. Au nombre des forces physiques nous plaçons l'énergie calorifique. Mais au delà de ces forces se trouve une énergie spécifique, qui révèle la nature de l'être dont elle découle et que nous nommons l'énergie .chimique. C'est l'affinité considérée comme puissance de combinaison. Lorsque deux corps doués d'aflînité mutuelle entrent en réaction, leurs forces mécaniques d'attraction et

de répulsion s'exercent et provoquent par l'échange de leur activité la mise en exercice des puissances physiques telles que la chaleur et l'électricité. Jusqu'ici, il n'y a pas encore d'action chimique proprement dite, et sans l'intervention d'autres forces, la réaction resterait confinée dans l'ordre des faits mécaniques et physiques. Mais ce déploiement des énergies inférieures met en éveil l'énergie chimique elle-même, et à ce moment, la combinaison passe à un ordre nouveau qui la caractérise. Or, lorsque le corps déploie cette force chimique, — la première et la plus profonde de celles qui émanent de son sein, — il se produit naturellement un accroissement d'intensité dans toutes les énergies subordonnées. Pendant toute la durée de la réaction celles-ci seront donc influencées par la première et la production de chaleur et même d'électricité sera d'autant plus grande que le développement de l'activité chimique aura été plus intense. Les phénomènes thermiques qui accompagnent les combinaisons révèlent donc une origine chimique qui rend compte de leur grandeur et de la différence énorme qui les sépare des mêmes phénomènes d'origine physique.

Mais comme ils sont solidaires de la force chimique ou de l'affinité, comme leur déploiement se proportionne nécessairement à l'intensité d'action de cette force, ces phénomènes calorifiques deviendront nécessairement la mesure de l'affinité.

Enfin, nous saisissons aussi la raison de leur constance et de leur caractère spécifique. En effet, le

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