Les irrigations au Niger. Rapport de la Mission Belime
l'importance des eaux moyennes d’avant-crue et d’arrière crue.
La période culturale du coton, considérée comme culture principale, commence à la mi-juin et finit pour les espèces tardives en février. La période d’arrosage dure au maximum sept mois; elle débute au semis et s'achève un mois environ avant la dernière cueillette, c'est-à-dire vers le 15 janvier.
Coïncidence remarquable avec le cycle cultural du coton, la crue du Niger commence en juin et finit en janvier.
En semant en juin, la végétation du cotonnier en hivernage moyen sera assurée par le simple jeu des précipitations atmosphériques. Or, un graphique donnant les hauteurs de pluies tombées chaque mois (moyenne de dix années à Koulikoro) montre que le sol recevra toujours assez d’eau en juillet et août, qu’en juin et septembre les pluies seront parfois insuffisantes et qu'il faudra irriguer dès octobre (M. Belime).
L'insuffisance des pluies de juin offre peu d’inconvénients. C'est le mois des semailles. On pourra profiter des pluies de mai pour procéder aux premiers labours, puis on sèmera après une tornade. La période de végétation sera ainsi avancée ou reculée de quelques jours sans aucune influence sur le développement ultérieur des cotonniers. En octobre et souvent en septembre interviendra l'irrigation ; celle-ci devra être continuée jusqu’à la fin de la récolte.
La nature des espèces cultivées, déterminera la durée de l'irrigation. Les cotonniers égyptiens sont généralement tardifs. Semés en Haute-Egypte vers le 1°' mars, ils donnent leurs premières capsules vers le 15 août. La récolte dure jusqu’à la fin d'octobre. La période de
culture est donc de près de huit mois, l'irrigation commençant avec les semis el finissant avant la dernière cueillette.
En Amérique, toutes les variétés sont plus hâtives et leur culture dure rarement plus de six mois.
Quelles sont les espèces qui donneront dans la vallée du Niger les meilleurs résultats ? Les données acquises sont insuffisantes et à cette fin, le Gouvernement général de l'A. O.F., a confié en 1923 à M. le D: Forbes la mission de procéder à des essais de culture irriguée à Soninkura, Banankoro et Diafarabé. Les expériences ont démontré que les variétés égyptiennes ne réussissaient pas dans la zone prédeltaïque, mais que, par contre, elles étaient à adopter dans la zone deltaïque où l'hygroméirie est plus élevée. Diverses variétés américaines, notamment les Hardville’s et les Simpkino’s Ideal ont donné des rendements importants dans la zone préde:ltaïque où l'air est plus sec. M. le D' Forbes conclut que, dans cette zone, il est possible avec les meilleures variétés américaines essayées de produire en culture irriguée normale, suivent les caractères du sol et son degré de fertilité 200 à 500 kilos à l'hectare (x).
Pour l'instant, la détermination exacte de la période d'irrigation cotonnière repose principalement sur les expériences du Dr Forbes et celles qui les ont précédées.
On admettra que les semailles étant effectuées vers le 19 juin, la dernière des rotations d'arrosage aura lieu vers le 15 janvier.
1. Voir le rapport du D' Forbes, gouverneur général de l'A. O.F. — Les directeurs des essais ont été à Soninkura et Bamankoro MM. Barthabaru et Grill, à: Diafarabe, MM. Lucky, Castes et Marchand,
En ce qui concerne le débit spécifique d'irrigation du cotonnier, on se rapportera aux chiffres constatés en Haute Egypte où le climat, quoique différent de celui du Soudan présente cependant, quant aux températures moyennes pendant les périodes cotonnières, une certaine analogie, et on acceptera comme débit spécifique mesuré à la prise d'eau des canaux un litre par seconde et par hectare (M. Bélime) (x).
Le Congrès d'Agriculture coloniale de Paris en 1918 a émis les constatations et vœux suivants :
19 Les fleuves de l’Afrique française ne sont encore que des fleuves à l’état sauvage, dont l’homme n’a jamais jusqu’à présent cherché à contrôler d’une façon quelconque ou à régulariser le régime; jusqu'à ces dernières années, ils n’ont guère été étudiés, de temps à autre, qu'au point de vue de la navigation.
2° [l importe à la production agricole de faire sans retard l'étude technique complète des fleuves et de leurs vallées (hauteur des eaux, leurs mouvements dans la vallée, débits, pluies, nivellement en longueur et en largeur, etc...) et de réunir tous ces documents dans un bureau central chargé de les conserver, de les classer et de les coordonner de façon qu’ils puisse servir de base à l’étude des projets de travaux.
30 Le service de l’agriculture, devra tout de suite établir des champs d'expériences étendus et faire tous essais et observations utiles pour fixer la dépense d’eau nécessaire dans chaque saison et dans les diverses
1. Les irrigations au Niger. Etudes et projets. Mission Belime,
régions climatériques aux différentes cultures, les espacements des arrosages, enfin tout ce qui concerne l'usage agricole de l'eau, ces renseignements étant indispensables pour la préparation rationnelle de tout projet d'irrigation. Le service de l'agriculture devra être développé et outillé en conséquence.
Les vœux demandent un service d’hydraulique agricole coloniale. Il est nécessaire de renoncer au système des missions temporaires qui ne permet pas la continuité de vues et d'efforts indispensables. IL est essentiel de constituer sous l’autorité directe du Gouverneur Général une direction centrale des services hydrauliques fortement organisée, avec un personnel et des crédits suffisants pour embrasser non seulement la question des transports par eau (étude, régularisation, aménagement, balisage, entretien du chenal), mais encoreles relevés des crues, des débits, des phénomènes météorologiques, tout ce qui concerne l'utilisation agricole des eaux (submersion, irrigation, drainage), ainsi que les nivellements et levés géodésiques, qui doivent précéder l'élaboration des grands projets d'irrigation (1).
Nous avons déjà dit que ces vœux étaient en partie satisfaits par la création récente d'une inspection permanente de l'hydraulique agricole à Bamako. Malheureusement les crédits disponibles sont très insuffisants pour procéder rapidement à l'avancement des travaux.
1. Compte-rendu des travaux du Congrès de l’Agriculture coloniale, 1918.Ces vœux et observations qui se rapportent à l'Afrique Equatoriale conviennent au même titre à l'Afrique Occidentale.
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En 1903, un ingénieur français, M. Favard, qui connaissait l'Egypte, qui avait construit des chemins de fer en bien des lieux du monde et qui suivait de près les études de nos explorateurs, publiait une brochure portant ce titre: la France africaine. Il proposait, en se basant sur les travaux de la mission Hourst, la création d'un barrage en aval de Tombouctou et il évaluait l’importance des terres cultivables en coton, blé, maïs,
riz, tabac que l'irrigation annuelle procurerait au Sou-
dan. Il évaluait même l'étendue des terres que l’on pourrait reprendre sur le désert ; on sait, en effet, que faute d’une défense active contre lui, le désert gagne tous les jours un peu sur notre sol africain (1).
M. Périquet, Lieutenant-Gouverneur du Haut Sénégal Niger, s'inspirant des travaux de M. Favard, publiait en 1918 un rapport sur l'irrigation dans la région lacustre du Niger. Ses évaluations confirment celles de l’ingénieur Favard. Il estime à 80.000 kilomètres carrés la superficie des terres qui pourraient être rendues extrèmement fertiles.
Le Niger, son étude et les travaux d'hydraulique qu’il pourrait comporter fut l’objet en 1910-1911 de la mission Hardel et Aron.
C’est aux hautes eaux que l’on voyage le plus commodément sur le Niger, dit M. Hardel, ingénieur des Ponts et Chaussées, chargé de mission au Niger; c’est donc aux Hautes-eaux que la plupart des voyageurs
1. Paul Bourdarie. Les ressources cotonnières de nos colonies et leur mise en valeur après la guerre. 1 brochure, 1918. Typographie Renouard,
l'ont vu et c’est, en tous cas, des voyages faits à cette période qu'ils ont gardé l'impression la plus profonde. Or, à cette saison, la crue du fleuve s'étend à perte de vue sur les deux rives, à une distance qui atteint jus- : qu'à 20 kilomètres sur la rive droite et jusqu’à 100 kilomètres sur la rive gauche. La vue de cette extraordinaire inondation a donné à tous l'impression confuse que l’utilisation meilleure de toute cette eau pourrait, dans un pays où la terre est fertile, mais calcinée pendant des mois par le soleil, développer une prodigieuse richesse. On a donc baptisé le Niger notre Nil français.
Cependant, entre la vallée du Niger et du Nil on constate les différences suivantes :
1° Si la prospérité de l'Egypte a pris, depuis le milieu du siècle dernier un prodigieux regain, ce n’est point à la culture en temps de crue, pratiquée de toute antiquité, qu’elle le doit, mais bien à l'irrigation en saison d'étiage. L’irrigation sur le Niger est inexistante et devra donner lieu à des travaux très importants et plus coùteux qu’en Egypte, la sécheresse étant plus longue au Soudan qu'en Egyptie. L'irrigation en saison sèche répond, en eflet, au Niger, plus qu'en Egypte à une absolue nécessité agricole. ,
2° Le Soudan occidental, sur le Moyen Niger, à une population insignifiante par rapport à son étendue.
30 Les transports sont plus coûteux du Soudan en Europe que d'Egypte en Europe.
4° Le Niger et ses affluents dans la partie comprise entre Bamako et Tombouctou coulent en basses eaux fortement en contre-bas d’une plaine d’alluvions dont la cote moyenne dépasse de 5 à 8 mètres le niveau d’étage. Si donc l’on veut établir des barrages pour relever le niveau de l’eau, ces barrages devront être de
très grande hauteur. En outre, la largeur du litest très considérable par rapport au débit du fleuve et les ouvrages de relèvement des eaux seront done, en principe extraordinairement coûteux, excepté peut-être dans certaines régions à rechercher.
5° Le débit d’étiage du fleuve est décuplé en Egypte.
6 L’intensité de l’évaporation est deux fois moindre en Egypte.
De ses savantes et consciencieuses études, M. Hardel a tiré les conclusions suivantes au Congrès d’Agriculture coloniale de Paris, en mai 1918 :
1° À l'amontet à l’aval du Debo, l’on peut tout d’abord, dans l'intérêt de la culture indigène actuelle, effectuer presque sans frais, des aménagements très utiles dans les dépressions de la plaine d'inondation, soit par séparation de ces dépressions en deux parties dont l’une formerail réservoir et l’autre champ d'irrigation, soit par fermeture des canaux reliant ces dépressions au fleuve.
20 Il n’y à à établir de barrages de relèvement des eaux ni sur le Bani, ni sur le Niger en amont du Debo et le relèvement des eaux de ces cours d’eau, dans ces régions,au moyen de moteurs éoliens peut être envisagé, mais ces eaux peuvent être utilisées ailleurs en conditions infiniment moins coûteuses.
3° Une dépense de 250.000 francs avant la guerre. complétée par les dépenses inévitables et beaucoup plus élevées du reste, d'aménagement proprement dit des terres, permetirait d'irriguer environ 10.000 hectares dans la région de Gandé-Tama à l’aval du marigot de Diaka.
4e Il peut très probablement être établi, au lac Debo, pour une dépense qui pouvait être d'environ 35 millions
avant guerre, un réservoir contenant au moins 3 milliards de mètres cubes disponibles pour l'irrigation des terres situées en aval ; et ce réservoir pourrait être rempli facilement au début dela crue.
5° En établissant, moyennant une dépense de 8 à 10 millions, prix d’avant-guerre, un barrage à hauteur de Kourya, il est possible de relever le niveau des eaux dans le Niger en amont de ce réservoir, de manière suffisante pour que les eaux puissent arriver par la gravité jusqu'aux vastes dépressions remplies de dépôts alluviaux qui bordent ce fleuve enamont de Tombouctou.
6° Moyennant une dépense à peu près de même ordre, on pourra, dans un avenir plus lointain, en établissant un barrage à Pia assurer le même résultat entre Tombouctou et Bamba.
7° Dans l'intérêt de l'élevage aussi bien que des cultures, il convient d’endiguer le fleuve en amont du Debo et d'empêcher la pénétration de la crue sur une partie de la surface des rives.
Pour préciser ces conclusions, il conviendrait de poursuivre les études en procédant :
10 À des mesures de débit du Niger à diverses époques de l’année en amont et en aval du Debo et, en particulier au voisinage immédiat de cette nappe d’eau.
20 À des mesures d’évaporation en divers points de celle-ci, de manière à se faire une idée plus précise de ce que pourrait être l'évaporation sur la nappe d’eau très étendue qui serait créée.
30 Au levé et au nivellement général de la cuvette du Debo et des autres cuvettes de la région, dites lacustres, situées en aval, étant observé que ce nivellement pourrait être effectué en conditions relativement rapides par observation du niveau des eaux et levé des contours à di-
verses époques dans ces cuvettes et implantation de repères, aux extrémités des canaux d'’intercommunication aux époques des renversements de courant dans ces canaux.
4° À l'étude du lit du fleuve en aval du Debo et dans la région de Kourya en vue d’y reconnaître, si possible, des affleurements rocheux ou des couches argileuses imperméables et d’y déterminer les brèches à former dans les berges (1). |
Le rapport de la mission scientifique de M. Hardel au Soudan est le premier qui, par son ampleur et ses conclusions positives et pratiques, permette d'asseoir un projet dans l’aménagement d’une partie du Niger. Il s'applique à la région lacustre, c’est-à-dire aux vastes dépressions nord et sud du lac Debo.
M. Bélime, dont la mission est postérieure à celle de M. Hardel, s’est appliqué tout d’abord à l'aménagement du fleuve entre Bamako relié directement par voie ferrée à Dakar, etle lac Débo, c’est-à-dire la région actuellement la plus accessible, sans négliger toutefois l'aménagement ultérieur de la région lacustre. Ses projets basés sur des connaissances scientifiques considérables sur une compréhension logique des besoins de l'A. O. F. et sur l'expérience personnelle acquise aux Indes et à Java, répond à toutes les données générales connues en matière d'irrigation. Aussi doit-on, sous réserve des retouches que M. Bélime lui-même a apportées dans ses missions de 1922 à 1925 accepter ces projets comme définitifs.
1. Rapport de la mission scientifique au Soudan de M. Hardel.
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Les projets de M. Bélime.
MM. Favard, Aron, Hardel, Périquet, le lieutenant de vaisseau Millot ont établi des projets divers ou une documentation topogrephique et hydrographique importante. La topographie du sol est connue, de même que sa valeur agricole. Le climat et la météorologie ont été remarquablement étudiés par M. Henry Hubert. M. le Professeur Ammann et M. l'ingénieur chimiste H. Lavergne ont fait de conseiencieuses analyses de terrains sur des échantillons prélevés par M. Vuillet, Directeur général de l’Agriculture. M. Vuillet a publié des rapports documentés sur l’agriculture indigène.
Enfin, depuis 1919-1920, le Moyen Niger est l'objet des études suivies de M. Bélime. (1)
M. Bélime distingue trois zones de caractères topographiques et hydrographiques très différents: la zone fluviale de Bamako à Kokry, la zone d'inondation deltaïque, de Kokry à Grand Tama, la zone d'inondation lacustre de Grand Tama à Kabara, port de Tombouctou. |
Le fleuve comportera également trois groupes de systèmes d'irrigation par gravité, étagés de l’amont à l'aval et commandant, le premier les plaines exondées de la région du Niger fluvial, le second les parties du delta nigérien qui auront été protégées contre l’inondation, le dernier les dépressions périphériques du lac central. L’eau est prise à l’amont et conduite par des canaux sur les régions à irriguer.
Ces aménagements peuvent être classés comme suit:
1. Nous résumons ici le rapport de M. Bélime en reproduisant les parties essentielles,
Niger té a) Canal de Ségou
4er Groupe. Q) Canal de Nyamina
Révi Ë RARES | rl n Travaux du lit majeur.
t b) Travaux de la rive droite.
2e Groupe Niger : Canal de Sansanding.
Delta Bani : Canal de Djenné.
3° Groupe { Travaux du lac Faguibine.
Niger lacustre ! Travaux similaires.
Le canal de Ségou a pour but principal d'assurer à l’aide de l’eau du Niger l'irrigation perenne des terres comprises entre ce fleuve et le Bani, à l'aval de Bamako jusqu’à la zone des inondations deltaïques. (1)
Le système d'irrigation est appelé à développer dans ces régions la culture des espèces de coton de qualité équivalente aux produits actuellement importés des Etats. Unis ou d'Egypte par nos filatures.
Les surfaces à aménager sont évaluées à 750.000 hectares.
Le canal de Nyamina à établir sur la rive gauche du Niger doit, à partir de sa prise d’eau, arroser l'étroite vallée du fleuve jusqu'à Nyamina, puis au delà de cette ville, irriguer dans le cercle de Ségou une partie du canton de N To et les anciens Etats de Sansanding. Dans le cercle de Mopti, le Monimpé jusqu'aux abords des terrains inondés du delta.
Les espaces irrigables ne peuvent pour l'instant être
fixés mème approximativement, car aucun nivellement
r. Les divisions territoriales intéressées par les travaux sont:
19 Dans le cercle de Bamako, la vallée du Niger sur la rive droite de Sotuba à Gouni;
29 Dans le cercle de Ségou, la vallée du Niger dans le Guénié- Kalori, une partie du Kéléké et la plus grande partie du Kaminiandougou.
3 Dans la résidence de Djenné, le Karadougou, le Sarro et le
Seladougou.
n'a été effectué dans ces régions dont la cartographie est du reste encore bien fruste. Nous savons seulement que depuis le N'To jusqu’au delta, les plaines en terrasses étalées au pied du contrefort septentrional foutanien se présentent sous l'aspect topographique des terrains de la rive droite du Niger : pente générale de la contrée de même ordre et mamelons latéritiques clairsemés. Au taux d’ulilisation des terres commandées par le canal de Ségou, on pourrait compter sur un minimum de 250.000 hectares irrigables.
Le Bani, du confluent du Banifing à San, origine de la zône deltaïque, a cette particularité de posséder un lit majeur parfois très large, qui s’inonde pendant la crue. Tantôt sur la rive droite, tantôt sur la rive gauche, parfois sur les deux rives,les hautes eaux s’étalent sur des pleines horizontales argileuses et dénudées, dont la largeur peut atteindre près de 10 kilomètres, séparées presque toujours du fleuve par des bourrelets jamais submergés.
Les travaux d’'hydraulique agricole à prévoir dans ces régions seraient remarquablement simples. Il suffirait d'améliorer les méthodes indigènes, bien adaptées aux espèces cultivées. Le procédé le plus simple comportera sans doute la création de casiers endigués recevant l’eau de l’amont, l’évacuant par l'aval: par exemple, le casier de San, très nettement séparé du Bani par le bourrelet Beneni-Kéni-Bankouna. Sa longueur est de 15 kilomètres environ, sa plus grande largeur de 8 à
9 kilomètres. La superficie aménageable serait approximativement de 6.000 hectares,
Sur la rive droite du Bani, au delà de la crue, les plaines alluvionnaires ont une superficie de 800.000 hectares environ. En général, la terre est d'excellente
qualité et donne en raison d’une pluviosité plus grande et surtout plus régulière, des récoltes plus belles que dans la vallée du Niger.
Pour l'instant, les aménagements que l'on peut envisager et qui sont possibles, seront cantonnés dans les vallées qui descendent des plateaux de Koutiala et de San. Le programme comporterait, sur le Bani, la mise en valeur de 150.000 hectares, à savoir : rizières du lit majeur 75.000 hectares ; étangs de surface et réservoirs 75.000 hectares.
Le delta nigérien mesure 12.000 à 14.000 kilomètres carrés, sur lesquels 8.000 à 10.000 kilomètres carrés sont annuellement inondés. Il commence sur le Niger, au voisinage du village de Kokry, sur le Bani en aval de San et finit sur une ligne approximative Gandé-Tama, Katagnan, Séba, Kouenza, jalonnant l'intersection des eaux déelives et la nappe horizontale du Niger lacustre.
De l'expérience acquise en d’autres contrées, en Indo- Chine, aux Indes et en Egypte et de l’étude du delta nigérien, M. Bélime conclut que l'aménagement général du delta nigérien ne peut être envisagé. La logique, corroborée par une expérience millénaire, commande de limiter les premiers efforts à un seul côté du delta, à
reussion minima. La rive
choisir de manière que é. des digues aient sur
le régime des eaux la ré gauche du Niger, dépourvue d’affluents, aisément drainable, offre d'incontestables avantages qu’on ne retrouve ni sur la rive droite du Bani, de peu d'intérêt, ni entre Niger et Bani où le problème est considérablement compliqué par la jonction en plein delta de deux grands fleuves.
Le canal de Sansanding, a pour objet l'irrigation des plaines du Macina, dans le delta nigérien, Le système
d'irrigation reposerait sur les bases suivantes : 1° établissement de la prise d’eau du canal en un point situé dans la partie du Niger de pente maximum comprise entre M'Pébala et Kokry, origine de l’inondation ; 2° emploi du marigot de Diaka comme drain central; 3 endiguement du Niger sur sa rive gauche entre Kokry et la limite aval des aménagements.
La zône inondée comprise dans le triangle Kokry- Oouroundia-Kouenza s'étend sur plus de 600.000 hectares. Sauf de rares éminences et de plus nombreuses dépressions, presque toute cette superficie peut recevoir l'irrigation. La réalisation du canal de Sansanding permettrait la mise en valeur immédiate de 300.000 hectares (5o o/o des 600.000 hectares) et plus tard, l'irrigation totale.
Le canal de Djenne, sur le Bani, dans la zone deltaïque du Niger, devra faire l’objet d’un nouveau programme basé sur l’utilisation du Bani (r).
Le Niger lacustre comprend la région où l’inondation périodique s’étalé en nappe sensiblement horizontale, longitudinalement de la ligne Gandé-Tama-Kouenza à Korioumé et transvérsalement du lac Tenda au lac Korarou. Pour des raisons diverses, il n’y a dans la grande cuvelte centrale de la région inondée, aucune possibilité d'irrigation, sauf par relèvement mécanique des eaux d'arrosage (moteurs ou moulins à vent.) En ce qui concerne les lacs en dérivation disséminés à la périphérie de la fosse centrale, le problème revêt un autre aspect. La plupart d’entre eux ont leur fond en
F1. Topographiquement, l'irrigation du quadrilatère San-Diafarabé-Djenné-Kouakourou par un canal dérivé sur la rive gauche du Bani est réalisable et permettra l'irrigation d'au moins 240.000 hectares,
contre bas de l'étiage du Niger. Cette situation permet de les assécher en les isolant du lac central nigérien et de les transformer en culture par irrigation. Îls sont reliés au lac central par des marigots de petite dimension et l'exécution des travaux semble facile. On commencerait par le lac Faguibine sur lequel on possède des données précises (1).
Résumé en quelques lignes, dit M. Bélime, le problème si vaste et si intéressant des irrigations du Niger est tout d'abord ramené à la classification des aspects topographiques ethydrographiques du Soudan nigérien.
Le Soudan est parcouru par deux grands fleuves mêlant leurs eaux de crue dans un delta commun avant de se jeter dans un lac.
Le Niger et le Bani possèdent tous les caractères ordinaires des cours d’eau dans leurs hautes et moyennes vallées ; de l’amont à l’aval celles-ci, d'abord gorges étroites, vont s’élargissant et se resserrant au gré des obstacles rencontrés, puis s’épanouissent en terrasses plus ou moins déclives quand les fleuves débouchent des montagnes qui leur ont donné naissance.
Le delta nigérien, comme tous les deltas des fleuves tropicaux soumis au régime des moussons, s’inonde pendant la grande crue périodique du Niger et du Bani. Ainsi étaient autrefois submergés, avant l’emprisonnement des eaux entre de hautes digues, le delta du Nil,
1e 1 travaux d'aménagement du lac Faguibine comprendraient : 1° le dérasement des seuils dés marigots alimentaires de Koundi ét Tessakant, de manière à obtenir à Kamaïna une période d'alimentation de cent-vingt jours. 2° L'établissement sur les seuils de ces marigots ainsi qu’à Kamaïna, d'ouvrages régulateurs ; 30 le creusement de canaux d'irrigation et de fossés de drainage sur les versants méridionaux du Faguibine et de Ferach.
L'étendue des terres aménageables est approximativement de 30.000 hectares.
ceux d'Orissa et de Coromandel dans l'Inde, du Fleuve rouge au Tonkin.
Le Niger lacustre, c’est le Tchad avec un émissaire moins imparfait que le Bahr-el-Gazal. Que celui-ci eût réussi, comme l'Issa-Ber à se frayer un chemin vers l'Océan, le lac Tchad aurait, ainsi que le Niger lacustre, ses crues et ses décrues annuelles, au lieu de l’oscillation séculaire, des grands lacs fermés ; et dans cette hypothèse, Niger et Chari, Bani et Logone, Niger lacustre et Tchad constitueraient des systèmes hydrauliques d’une identité de caractère à peu près absolue.
Le Soudan nigérien, aussi favorisé par la nature que l'Egypte ou la Mésopotamie, est resté à l'inverse de ces contrées, sauvage et inorganisé. Jusqu’à ce jour, l'homme n’y a pas tenté par l'association de la terre et de l’eau l'effort nécessaire à la production de cette richesse agricole qui, dès l’antiquité, avait rendu célèbres les rives du Nil et de l’Euphrate.
Cependant, le champ d’application de l’hydraulique agricole est immense.
Les plaines en terrasse, au pied des contreforts du plateau mandingue, peuvent être irriguées par les fleuves captés dans leurs vallées, selon l'exemple que nous en ont donné les Anglais au cours des cinquante dernières années, en détournant les eaux de la Rai, de la Chenab, du Shelum, etc... dans les vallées subhymalayennes, pour les conduire sur les « doales » du Punjab, ces immenses terrasses étalées à la base des monts Siwalik.
Le delta nigérien est aussi propice à l'irrigation que les deltas du Nil, du Cavéry, de la Kistna, du Godavéry, elc.. anciennement ou récemment aménagés.
Enfin, nous pouvons profiter des accidents heureux de la région lacustre. C’est une trouée dans les derniers
soulèvements de la chaîne lybique, qui a fait le Fayoum. C’est une fosse profonde dans l’ancien lit d’un Niger préhistorique, c’estla survivance momentanée d’un régime hydraulique autrefois permanent qui permettent d'aménager les lacs Faguibine et Daouna.
Il faut dire que, par l’étonnante adaptation des ressources hydrauliques aux nécessités agricoles, il est en notre pouvoir d'utiliser avec un maximum de rendement -a crue annuelle des fleuves soudanais.
Les systèmes d'irrigation qui ont été envisagés cidessus sont à classer en deux programmes. Le premier comprendra les travaux que notre expérience actuelle du pays permettra d'entreprendre.
Le second lot comportera tous les projets dont les dispositions générales sont subordonnées à une connaissance plus approfondie des conditions locales ou aux répercussions sur le régime des fleuves des premiers aménagements réalisés.
Le tableau ci-après résume les possibilités d'irrigation au Soudan nigérien et donne à titre d'indication, une répartition des cultures basée sur les disponibilités hydrauliques et sur les assolements qui ont paru les plus
rationnels :
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