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L'IRRIGATION SUR LE NIGER

Le Niger a un cours d'environ 4.000 kilomètres ; sa source est à une altitude de 750 mètres. Le lieutenant de vaisseau Millot en a donné uu profil provisoire de Kouroussa à la mer.

Le commandant Lenfant dans son ouvrage sur le Niger (1903) avait baptisé ce grand fleuve du nom de: « Nil français » ; ce qui évoque immédiatement le merveilleux développement de l'Egypte, grâce aux inondations légendaires de ce fleuve. Légendaires est bien le terme qui convient ; primitivement, elles étaient bien la source de la fécondité des terres se trouvant dans les limites atteintes par elles ; mais combien brutal et restreint en était l'effet, comparé aux merveilleux résultats obtenus aujourd’hui par l'irrigation. Les magnifiques travaux faits par les Egyptiens, puis par les Anglais, ont décuplé les surfaces utilisables et aujourd'hui c’est pour trois milliard de francs par an que l'Egypte exporte le coton qui fait sa fortune. Et cependant, sans irrigation, l'Egypte n’est pas un pays naturellement cotonnier, le climat y étant aussi see que sur le Sénégal et plus sec que sur le Moyen Niger.

Le Niger avec ses affluents, arrosée le Soudan occidentai. Il se compose, dit M. l'ingénieur Bélime, de deux fleuves différents d'aspect et de régime : le Djoliba, qui s'étend depuis ses sources en Haute-Guinée jusqu’à la

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région lacustre de Djenné ; et l’Issa-Ber qui commence à la région lacustre et finit en aval de Say.

Le climat du Moyen Niger formant la partie inférieure du Djoliba a une périodicité très marquée ; la saison des pluies débute du 15 mai au 1° juin pour se terminer du 15 au 20 octobre ; les nuits sont fraîches d’abord, froides ensuite et ce n’est que du 15 mars au 1° mai qu'apparaissent les fortes chaleurs pendant lesquelles le thermomètre atteint 4r degrés à l’ombre.

Le climat de l’Issa-Ber, entre Mopti et Say, est plus sain ; il est plus sec et plus chaud, mais la période humide est plus courte. La saison des pluies ne commence véritablement que vers fin juin et se termine dans les premiers jours d'octobre. La saison sèche débute en octobre avec d’épais bruillards ; les fortes chaleurs se manifestent en mai, juin, juillet.

Le Moyen Niger (Djoliba) fertilise ses bords et les irrigue à la saison des pluies. De même, le Bani, grand affluent de droite du Niger. De ce fait, les cultures sont mises à l’abride la sécheresse, d’abord par les tornades, ensuite par les travaux d’endiguements pour l'irrigation. Quant à l'Issa-Ber, sa crue se déverse dans la région lacustre qui se transforme en un vaste réservoir ; les lacs alimentent ensuite le Niger, quand son niveau tombe au-dessous des inondations. Les rives de l’Issa- Ber sont ainsi submergées chaque année par la crue qui joue ici le même rôle que celle du Nil en Egypte et qui dépose un limon nourricier à l'époque même où la saison des pluies est complètement terminée (1).

Le Niger actuel est le Nil d’il y a plusieurs siècles : il s agit d’en faire un Nil du temps présent, dont le cours

1, Extrait du rapport de M. Bélime, 1920.

soit praticable toute l’année et dont les eaux retenues par des barrages soient distribuées au moment voulu,en quantité proportionnée aux besoins, mathématiquement à chaque plantation. On peut s’imaginer l'effort consirable à réaliser.

La culture par irrigation dans les pays où elle est pratiquée représente une somme de travaux séculaires et considérables. L'eau doit être dosée scientifiquement ; il est indispensable d'en être maître à tout moment. L'excès d’eau nuit à la culture comme le manque d’eau. La culture du coton irrigué principalement, s’accommode mal de l’à peu près. Non seulement des canaux de toutes dimensions savamment disposés sont nécessaires, mais encore un nivellement irréprochable du sol est indispensable dans chaque exploitation. Le nivellement de Richard-Toll sur le Sénégal, corrigé au cours de plusieurs années de culture semblait ne rien laisser à désirer. Or, une partie des cotonniers souffrit d’un excès d'humidité, une autre partie du manque d'eau, si bien qu'on dut faire pour l’année suivante des rectifications importantes au nivellement.

On voit par là quelle devra être l'importance des travaux à eflectuer sur le Niger et le Bani, et aussi quelle quantité considérable de main-d'œuvre sera à utiliser dans un pays qui en a très peu et de mauvaise qualité. La population du bassin du Niger, à partir de Ségou, n’est que de 4 habitants au kilomètre carré. Certaines évaluations la portent à 10 habitants, alors qu'elle dépasse 300 habitants au kilomètre carré dans la vallée irriguée du Nil. L’absence de main-d'œuvre donne un intérêt de premier plan à la question du peuplement de cette région par une race actuellement étrangère à

Hydrologie de la région inondée. — L'énorme bassin lacustre du Niger est long de 300 kilomètres et large de près de 150 en son milieu, de Mopti à Oudiabé. M. Yves Henry le décrit ainsi (x) :

à) Au sud du Débo, vaste dépression irrégulière que les alluvions du Niger comblent peu à peu, le bassin d'inondation forme une immense cuvette argileuse, sillonnée aux basses eaux par les nombreuses dérivations du fleuve et portant de riches pâturages de borgou et de riz sauvage, où pâturent de nombreux troupeaux de zèbres, de moutons et de chèvres. Avec la crue, le paysage change : les eaux envahissent les dépressions et forment bientôt un immense lac verdoyant de borgou et de riz sauvage ou cultivé.

Les villes et villages sont installés de ci de là, sur des tertres argileux où se font quelques cultures et où on trouve quelques arbres caractéristiques : rônier, fromager, tamarinier, monbin, etc... Ce régime s'étend aux régions du Djenneri, du Dérari et d’une partie du Sébéra, de tout le Macina.

Le lac Débo a sur la propagation de la crue une action retardatrice que fait ressortir le graphique du régime des cultures du Niger Moyen, par deux points situés à

égale distance du lac : Mopti et Niafunké. La crue du

fleuve débute en juin. Le Niger sort de son lit vers le 15 août à Moptiet vers le 30 au voisinage du Débo. La crue est à son maximum vers le 1° novembre à Mopti, le 15 novembre au Débo et Le 15 décembre seulement à Niafunké. L'écoulement de la crue se fait de même très lentement, en aval du lac, à cause de la faible pente du bassin, en sorte que la plaine de Mopti, amont et aval

1. Ives Henry, Matières premières africaines, 1 vol. in-8, 1918, Lorase,

est libre’ à la première quinzaine de janvier, tandis que les plaines du nord du Débo ne commencent à être libérées qu'en mars. Cet obstacle apporté à la propagation de la crue d’abord puis à la décrue, a une double conséquence : celle de retarder l'accès des plaines de Borgou et, d'autre part, en augmentant l'intervalle qui sépare les pluies de la crue, de faire coïncider ce retard avec la période la plus sèche, pendant laquelle les pacages de la brousse sont misérables.

b) Dans cette seconde portion du bassin lacustre nigérien, le Guimbala et le Fitouka possèdent une orographie semblable à celle du Macina. Ce sont d'immenses plaines aquatiques. Il n’en est plus de même dans la moitié occidentale, dans le Farimaké, l’Atara et l'Aoussa- Kataoual.

Le colmatage du bassin, dans ces régions, se poursuit par la double action des dépôts alluviaux et des apports de sable que charrient les vents du Nord. L’aspect du pays ne rappelle en rien la partie méridionale du bassin. Les lignes d’eau sont orientées est-ouest, formant d'innombrables chenaux que séparent de grandes bandes de sol dunaires et qui aboutissent à des cuvettes qu’emplit la crue : lacs Tenda, Kabara, Takadji, Sumpi, etc... Ici, la superficie des terres émergées est très importante; les noirs y font les cultures d’hivernage et une partie du bétail y trouve un refuge au moment de l’inondation.

À mesure que l’on avance vers Tombouctou la prédominance des formations dunaires s'accroît constamment, due au régime de plus en plus marqué des vents du nord. Mais ici, elles ne sont pas cultivées ; ce sont d'immenses vagues de sable plus ou moins fixées, garnies d’une maigre végétation et dominées de loin en loin

par des massifs gréseux, qui protègent de grands lacs de l’ensablement : lacs Fati, Iloro, Faguibine, etc. (Yves Henry) (x). |

Ce qui est important pour la culture cotonnière, c’est que le Niger, quoique inadapté aux cultures d’étiage, participe des avantages du Nil, en ce sens que la durée de ses eaux moyennes et hautes, qui est de sept mois, autorise cette culture sur des étendues tout à fait comparables à l'Égypte irriguée.

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Les nombreux essais de culture sèche du coton fait sur le bassin Moyen du Niger ou du Bani, depuis l’année 1905 ont donné en majeure partie des déceptions. Les cotonniers américains ou indigènes avaient à souffrir de la sécheresse prématurée survenue avant que la plante eût fait pénéirer dans le sol des racines assez profondes pour y trouver l'humidité qui lui est nécessaire.

Si, comme en Egypte, on pouvait avoir recours à l'irrigation, les semis seraient avancés ou retardés, puisque, la sécheresse étant conjurée, on n'aurait plus

à craindre que la plante en souffreet les résultats seraient tout autres.

L'Association cotonnière paraissait vouloir renoncer à son programme de culture sèche indigène, tout au moins, sur le Moyen Niger, après les nombreux, mécomptes éprouvés. Elle allait se remettre à l'ouvrage sur des bases nouvelles quand survint la guerre. Déjà, son représentant au Soudan, M. Level avait commencé

1. Yves Henry, Matières premières africaines, 1 vol, in-80. Librairie Larose,

dans la région de Ségou, sur quelques hectares et à titre d'essai, des cultures irriguées de cotonniers américains, dont les premiers résultats au dire de ses collaborateurs furent remarquables. Cette œuvre devait res-

ter inachevée (x).

L'idée fut reprise par l'Administration et dès 1916, le

service de l’Agriculture du Haut Sénégal Niger entreprenait à la station agronomique d’El-Oualadji, des plantations irriguées de variétés égyptiennes. Ces cultures, renouvelées et étendues chaque année depuis lors ont entièrement confirmé les conclusions des expériences de Ségou. On a obtenu à El-Oualadji, selon M. Vitalis, inspecteur d'agriculture, les rendements égyptiens. On les a, paraît-il, quelquefois dépassés. La Compagnie de culture cotonnière de Niger, dont la concession est voisine d’El-Oualadji, a eu des résultats semblables.

La preuve semble donc faite que l’on pourrait tirer du Soudan des cotons donnant satisfaction à notre industrie tout en rémunérant largement l’agriculteur. La clé du succès, c’est la culture intensive à l’aide de l’irrigation (M. Bélime) (2).

Restent les questions des travaux de barrage, de l'immigration et de la formation d’une main-d'œuvre suffisante, car la culture par irrigation nécessite un personnel nombreux.

L'irrigation dépend surtout: 1° de la coïncidence dela crue périodique du fleuve avec les cycles de culture des récoltes irriguées ; 2° de la durée de cette crue ; 3° de

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