‹ Le Problème Cotonnier et l'Afrique Occidentale FrançaiseChapitre 46 sur 69 · Revue scientifique. Paris, 14 mars · texte numérisé non relu

Revue scientifique. Paris, 14 mars

ET L’AFRIQUE OCCIDENTALE FRANÇAISE Sp

À ce jour, toute question politique et économique d'importance paraît devoir être envisagée sous l’aspect national et sous l'aspect européen. Les colonies ne sont pas fermées aux étrangers. Cela est si vrai qu’en A. O.F. les importations étrangères, notamment anglaises, dépassent les importations françaises. Notre intérêt ne serait-il pas d'étendre la propagande coloniale à la Belgique et aux Etats de la Petite Entente, principalement à la Pologne et à la Tchéco-Slovaquie, pays de forte natalité et sans colonies. Ces pays collaboreraient avec nous à la mise en valeur en hommes et en capitaux. Leurs intérêts seraient solidarisés avec les nôtres si, comme il est à craindre, l'intégrité de notre empire colonial était un jour menacée.

En ce qui concerne l’émigration de Français, nos habitudes sédentaires et notre faible natalité ne permettent pas de compter que nous en ezverrons rapidement un nombre suffisant. Toutefois, la ruine et la disparition progressive de la classe moyenne peut orienter dans cette voie un assez grand nombre de jeunes gens, grâce à une propagande méthodique el à une organisation coloniale permettant une vie plus large qu’en France.

Il doit être admis que la présence de nombreux Européens en À. O. F. est seule capable de faire progresser la population indigène et d'assurer un contrôle efficace de l'Administration en renscignant l’opinion publique. A cet effet, des écoles coloniales dans la Métropole et dans les colonies sont nécessaires à l’usage des Européens, qui se destinent à d’autres carrières que l'adniinistration. Le véritable obstacle à l'immigration n’est pas le climat mais bien, suivant l’expression de M. Béline, l’état barbare et inorganisé du pays. Cet obs-

tacle n’est pas sans remède.

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Conclusion d'ordre cotonnier. — La prospérité actuelle et bien relative de la culture sèche sous la direction de l'Association cotonnière ou de l’Administration esttoute apparente, parce qu’elle est pratiquée au Soudan dans une région qui, à cause de l'insuffisance des pluies et de l'effet du vent d'Est, ne lui est pas favorable. Le dry farming n'est possible qu'avec le concours de nombreux Européens et il se bornera durant longtemps à d’intéressantes expériences.

Avec les faibles rendements obtenus au Soudan, cette prospérité est due exclusivement aux hauts prix du coton et à la situation des changes. La culture sèche ne se maintiendra et ne se développera en A. O. F. que si elle est pratiquée à ses débuts par des cultivateurs expérimentés, des noirs introduits des Etats-Unis dans les régions propices de la Haute Côte d'Ivoire, desservies par la voie ferrée et recevant une chute annuelle d'eau de 1 m. 20. Ces noirs seront en même temps utilisés à l'éducation agricole des indigènes.

L'exemple des années 1920-1922 a montré que la culture sèche au Soudan disparaîtra devant une crise économique de longue durée. Elle ne peut subsister en temps normal, avec les Européens comme avec les indigènes, que dans la mesure où les rendements seront réguliers et payants.

L'eflort à donner en Haute Côte d'Ivoire incombe principalement à l'Association cotonnière. Le Gouvernement de la Côte d'Ivoire est absorbé par le développement de l’exploitation forestière, les cultures de cacao et de café appelées à une très grande extension.

À l'exemple des Associations anglaises, l'Association cotonnière, dont les ressources sont insuffisantes, devrait pouvoir disposer d’un personnel «. d’investigateurs », ingénieurs spécialistes, chargés du contrôle, de la recherche des emplacements favorables, des rapports avec la direction de Paris, des renseignements techniques et d’un personnel d'exécution sédentaire, directeurs d'usine d'égrenage, chefs de culture. Partout où les circonstances locales le permettraient, l'intérêt général exigerait qu'on adjoigne à l'usine quelques machines utiles à la production de produits alimentaires pour les indigènes : huile, farines de maïs, graisse végétale, décorticage du mil et du riz.

L'usine type de l'A. O. F. avec modèles de machines utilisées dans les autres usines est encore à créer. On assurerait rapidement les réparations et les remplacements de pièces par trois dépôts de pièces de rechange, l’un au terminus actuel du chemin de fer Bouaké-Ouagadougou, un à Bamako et un à Kankan. Le bricolage et surtout la longue attente des pièces venant d'Europe seraient ainsi évités.

Lestravaux de construction d’usine devraient dépendre d’une direction unique et responsable. A l'heure actuelle, les agents d'exécution reçoivent des instructions coniradictoires du service des travaux publics, de l’Association cotonnière et de diverses autorités (1). Il n’y a pas de coordination entre les services.

Il y aurait lieu de créer un modèle d’égreneuses à main, très simple et à bas prix, facilement utilisable par les indigènes en dehors des centres d'égrenage.

Tous les commandants de cercle pourraient être

1. Robert Millet, La question cotonnière en À. O. F. (Le monde colonial illustré, janvier 1925).

pourvus d'instruments météorologiques utilisables par un profane: pluviomètre, thermomètre, baromètre à pression atmosphérique, appareil mesurant la vitesse du vent, hygromètre. Les observations quotidiennes seraient centralisées à la direction compétente.

Les circonstances actuelles offrent l'occasion d’intéresser les industriels du textile à l'expansion coloniale. Ils ne porteront intérêt à la culture sèche du coton que s’ils sont sûrs par ce moyen d’approvisionner le marché en y gagnant de l'argent.

L'avenir de la culture irriguée sur le Niger et le Sénégal est démontré par les exploitations déjà existantes. Comme dans toute la colonie, l'absence de main-d'œuvre compétente entrave l'essor de la production. Dans la période des débuts, la main-d œuvre indigène est Ia seule bonne à prendre, mais l’avenir de l'A. O.F. rend préférable sur le Niger la présence d’une main-d'œuvre blanche venant d'Egypte et de l'Afrique du Nord. Cette immigration est subordonnée en grande partie à l’exécution du transsaharien Oranie-Bourem.

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