‹ Le Problème Cotonnier et l'Afrique Occidentale FrançaiseChapitre 45 sur 69 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Conclusion d'ordre général. — On se trouve en A. O. F.en présence d'un groupe de colonies neuves, insuffisamment connues, à richesses latentes énormes, avec un personnel européen plein de bonne volonté, mais beaucoup trop peu nombreux, composé essentiellement de fonctionnaires et de militaires disséminés sur d'immenses lerritoires, en présence aussi, d’une population indigène arriérée, chez laquelle des millénaires de servitude, de guerres, de massacres et de famine ont créé un atavisme de fatalité, de paresse et d’imprévoyance.

Le commerce extérieur de l’A. O. F. qui dépasse le milliard de francs n’est qu’un modeste début si on tient compte des possibilités.

Un résultat appréciable paraît ne devoir être obtenu que si la plus large autonomie est accordée au Gouvernement général, secondé par un Conseil d'Européens indépendants et de notables indigènes. Le Gouvernement général lui-même restera un organe de coordination, de conseil et de renseignements entre les diverses colonies du groupe.

Des garanties de sécurité personnelle, basées sur une tradition bien établie, doivent être accordées aux fonctionnaires coloniaux, principalement aux administra-

teurs commandant de cercle, quant aux mutations et à l’avancement. Ceux-ci éloignés les uns des autres, dans l'impossibilité de se réunir, n’ont pas, comme en France la facilité de se concerter. La fonction doit être stable et l'avancement assuré autant que possible dans la colonie même. Il est, en principe, inadmissible qu’un administrateur passe indifféremment d'A. O. F. en Indo-Chine ou à Madagascar et réciproquement.

Les fonctionnaires coloniaux seront très largement payés et des avantages importants seront accordés aux fonctionnaires mariés vivant avec leur famille.

Les institutions modernes sont inapplicables aux indigènes, dont l’assimilation sera une œuvre séculaire. Un régime d'autorité, tempéré par la représentation des notables indigènes, sera pendant longtemps nécessaire.

Quant à l'éducation des indigènes, on s’inspirerait heureusement de l'exemple du Congo belge, progressant plus rapidement que l'A. O. F. parce que l'enseignement est confié en bonne part aux missions catholiques et protestantes qui coûtent meilleur marché, assurent la stabilité du personnel et la continuité des méthodes.

Dans tous les pays neufs et particulièrement en A. O. F. pays continental, privé de côtes facilement accessibles, le chemin de fer s’est montré l’agent de progrès le plus actif.

Sous les tropiques, l’eau joue un rôle primordial en matière agricole. Il en résulte que l'orientation du Gouvernement général paraît devoir ètre dominée par une politique de chemins de fer et un politique de l’eau.

Les ressources budgétaires actuelles et l'emprunt autorisé de 167 millions sont très loin de correspondre à la nécessité de mise en valeur rapide d’un pays huit fois plus étendu que la Métropole, appelé à lui fournir

les matières premières agricoles, coton, laine, caoutchouc, café, cacao, arachides, jute, ete.

Les capitaux à investir dans les entreprises d'intérêt public et dans un court délai peuvent être évalués à environ 6 milliards de francs correspondant à un milliard 600 millions de francs-or, dont la moitié consacrée aux voies ferrées et l’auire moitié aux routes, travaux d'irrigation, instituts scientifiques, stations agronomiques, éducation professionnelle et agricole des indigènes, assistance, etc.

L'expérience de la Compagnie de Dakar Saint-Louis et dela compagnie des Chemins de fer du Dahomey montre que l'exploitation des voies ferrées en A. O. K. par une compagnie privée estune affaire financière non seulement viable, mais prospère. L'expérience des Anglais aux Indes et des Hollandais à Java prouve également que les travaux d'irrigation rémunèrent les capitaux engagés et enrichissent largement la colonie par l’augmentation de la production et du rendement des impôts.

Les gouvernements de la colonie ne peuvent pas se procurer des capitaux importants par les ressources budgétaires ou par l’emprunt. Ilest d’autre part prouvé que l'Etat est un mauvais industriel. Il en ressort la nécessité de confier la construction et l’exploitation des voies ferrées aussi bien que les travaux d'irrigation à des sociétés privées, les ressources du budget et les emprunts devant être utilisés partiellement à des subventions ou à la garantie d'emprunts obligataires.

Les chemins de fer appartenant à la colonie devraient donc passer à des Sociétés privées, de préférence à des filiales de nos grandes compagnies de chemins de fer, avec un Cahier des Charges les contraignant à pour-

suivre rapidement les travaux, le rôle de l'Administration se bornant à fournir la main-d'œuvre prestataire. Nous ne ferons en cela que suivre l'exemple des Anglais en Afrique du Sud, en Rhodésie et des Belges au Congo.

Cette somme de 6 milliards de francs papier, qui paraîtra exagérée, est cependant bien inférieure aux 5 milliards de francs-or engagés par les Frauçais depuis 1895 dans les entreprises minières du Transvaal, les chemins de fer africains anglais, les sociétés territoriales anglaises de l'Afrique, les sociétés belges du Congo.

Le projet consistant à relier le Niger au Sud-Oranais par un transsaharien n'est pas une utopie, mais une entreprise qui transformera les territoires de la boucle du Niger et qui s'impose par son caractère politique, stralégique et commercial.

Parallèlement à l'exécution des travaux publics, la création d'Instituts scientifiques agricoles s'impose avec la même rigueur. Les services d'agriculture doivent être transformés. Ces services, dit M. A. Chevalier (1) sont constamment ballotiés sans chefs stables, sans archives, sans tradition. Quant aux établissements de recherches, si lon excepte l'Algérie, il n'existe pour ainsi dire rien de sérieux à l’heure actuelle. Nous ne connaissons, dit-il, que deux docteurs es-Sciences occupés à l'étude des problèmes de l’agriculture dans tout notre empire colonial, Algérie exceptée. L’Angleterre en a plusieurs centaines, la Hollande un chiffre imposant et nous sommes largement devancés par les Belges au Congo. Il semble nécessaire momentanément de faire appel à des techniciens étrangers.

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