Matières premières africaines, 1 vol. in
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de trouver les régions et les sols où le cotonier ne souffrirait pas d’un excès de sécheresse ou d’un excès d'humidité. Les insuccès ne permettaient pas de tirer des conclusions générales applicables à cet immense pays du Soudan, ceci avec d'autant plus de raison que les résultats avaient été excellents sur quelques points. On était loin de connaftre toutes les régions où la culture du coton est pratiquée et d’où ce
produit est exportable. L’attention était portée sur la région de Koutiala. |
Malheureusement, l'A, C. &. ne disposait que d’un seul agent sur le Niger, M. Level qui malgré la meilleure bonne volonté ne pouvait suffire à la besogne. Son activité fut absorbée durant ces deux années par l’agrandissement et la transformation de l’usine d’égrenage de Ségou et des reconnaissances à travers le pays. Ses observations confirmaient les rapports précédents. Il semblait que les sécheresses ou les inondations dont on avait eu à se plaindre étaient locales et que, pour ne pas avoir à en souffrir, il fallait étendre l’action de l'Association sur le plus grand nombre de points possibles. Les résultats stationnaires de 1908, dus le plus souvent à une sécheresse exceptionnelle, vinrent confirmer cette opinion, les nouvelles reçues ayant signalé de nombreux points où les conditions climatériques avaient été normales et où les récoltes eussent été excellentes.
Afin de lutter efficacement contre les insuffisances climatériques. l'Association projetait d'essayer l'irrigation.
Le Fama Mademba avait considérablement étendu ses ensemencements dans l'Etat de Sansanding et restait optimiste sur l’avenir de la culture cotonnière. IL écrivait à l'A. C. C. en novembre 1907 : «La récolte que nous venons de commencer s'annonce bien malgré le pessimisme des gens qui, de parti pris, ont condamné à l'avance cette culture au Soudan, sans raison aucune. » J’ai été habitué ici à entendre des critiques injustes et inqualifiables.
Les exportations passèrent de 17 tonnes en 1908 à 47 ton-
nes en 1909 (1).
1. Les statistiques sont contradictoires{fet ne doivent être acceptées qu'à titre indicatif.
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Campagne 1909-1910.— Dansla réalité, les essais faits jusqu'alors avaient finalement causé ‘les déceptions. Les variétés américaines, cultivées, ilest vrai, à la méthode primitive indigène, ne donnaient pas un rendement supérieur aux variétés indigènes. Elles dégénéraient après Ur'ois où quatre ans et ce fait détermina l'administration à condamner par une circulaire administrative l'introduction des variétés américaines. On se consacra, dès lors, en culture sèche, à la culture et à la sélection des variétés indigènes.
«Cette condamnation, dit M. Yves Henry (1) tirait sa seule force du principe d'autorité et non de la critique des faits ; elle était contraire à la plus élémentaire logique. L'expérience a simplement montré, que l'Excelsior et le Mississipi ont une période trop longue de végétation et qu’il faudrait recourir à des variétés plus hatives, analogues à celles cultivées au Soudan par les indigènes, en culture annuelle, qui tiennent le soi pendant trois mois à trois mois et demi environ. » :
«Quand on voit avec quelle foudroyante rapidité le vent d'Est, dès la cessation des pluies, ravage un champ de cotonniers, on est amené à penser qu’un travail profond du sol permettrait un bon développement du système radiculaire et la maturation normale des capsules. L'expérience acquise à la station de Koulikoro montre qu'il n’en est pas ainsi. »
Campagne cotonnière 1909 19r10.— La culture indigène fut continuée en 1909-1910 sur les mêmes errements que les années précédentes, mais sans importation de graines américaines, Grâce à une saison des pluies particulièrement favorable, les champs de coton donnèrent d'excellents résultats partout. L'agent de l'Association continua à étendre la zone d'action. Il ouvrit à l'exploitation la région de Koutiala, riche en coton, où une nouvelle usine d'égrenage était installée à M’ Pésoba. Cette usine venant après celle de Kayes et de Ségou était la troisième station érigée au Soudan.
L'Administration du cercle de Koutiala, réunissait les chefs
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de cantons et de villages des régions productives et leur donnait des conseils et des instructions détaillées. Les chefs de cantons étaient constamment tenus en haleine pendant toute la durée des pluies ; ils apportèrent, à date convenue, leur récolte, soit à Koutiala, soit à M’ Pésoba. Aussi les livraisons passèrent-elles de 3 tonnes en 1908 à 45 tonnes en 1909 et à 146 tonnes en 1910. Cette expérience permettait de mieux déterminer les zones de production et de se rendre compte de ce qu’il y avait à faire pour les campagnes suivantes. L’aire de production s’étendait à tout le Cercle, moins les cantons situés au delà du 13° de latitude et limitrophes du Bani, dans la zone immédiate d'inondation.
= Une question se posait, celle de savoir si la production acquise était susceptible de s’accroître considérablement. Il était évident que non, l'augmentation des cotonneraies étant subordonnée au moindre développement des cultures de maïs et de mil rouge: songer à accroître la production cotonnière au delà de certaines limites, c’est diminuer du même coup les autres cultures vivrières.
On essaya la monoculture dans les cantons de Bobola Zangasso, Sao et Zangasso. Les résultats ne furent pas satisfaisants par suite de l'ignorance des indigènes pour ce mode nouveau de culture. 1ls n'avaient pas su choisir les terrains appropriés, n'avaient pas l'outillage agricole et, s'ils l’eussent eu, n’auraient pas su s’en servir. La production ne pouvait s’accroître que par des procédés de culture rationnelle au-dessus de la portée des indigènes (1).
Dans les autres cercles, les expériences de culture directe furent faites sur une petite échelle, en traitant à forfait avec les chefs de villages, la surveillance s’exerçant sur les champs Les résultats donnèrent une moyenne de 166 kilos de coton brut à l’hectare, ce qui est très peu. Ces essais confirmèrent les précédents relativement au rendement minime des cotonniers américains provenant de graines introduiles depuis quatre ans, l'importation de nouvelles graines demeurant interdite. Les cotonniers indigènes donnèrent une
1. D'après un rapport de M. Colliaux, administrateur, sur la culture du coton dans le cercle de Koutiala,
récolte meilleure sans qu’elle fut sensiblement plus forte. L'Association se développait dans la région de San, où une usine d’égrenageétait montée, la quatrième dans la colonie.
Campagnes 1911-1912 et 1912-1913. — Les crédits affectés à la culture au Soudan furent divisés en trois parts : 1° Essais directs, champs d'expériences ; 20 Essais de culture par contrat avec les indigènes; 3° Gratifications pour encouragement au développement de la culture du coton dans certaines régions où l'Association ne pouvait facilement poursuivre ni surveiller des essais de culture par contrat avec les indigènes.
I. — Les essais directs furent entrepris par l’Agent de l'Association, M. Level, avec main-d'œuvre salariée et façons aratoires à l’aide de charrues et de cultivateurs.
Faute de crédits suffisants, ces essais ne portèrent quesur quinze hectares. Le rendement fut d'environ 250 kilos de coton brut à l’hectare. Ils démontraient une fois de plus que la culture sans irrigation ne convenait pas dans cette partie du Soudan, où la chute annuelle des pluies n’atteint pas un mètre et qu'il fallait se porter plus au sud, où la chute annuelle dépasse un mètre. Un programme de culture irriguée était en conséquence établi pour l’année 1913.
IL. — Les essais de culture par contrat avec les indigènes consistèrent à faire cultiver moyennant indemnité préalablèement consentie un certain nombre d'hectares par les indigènes des villages de brousse, avec plus de soins qu’ils n’en donnent d'ordinaire à leurs propres lougans, L'Association fournissait les meilleures graines sélectionnées, en faisait surveiller la culture par ses propres agents et assurait aux indigènes l'achat des quantités ainsi produites de façon à pouvoir étudier les améliorations de qualité et de rendement.
Ces essais réussirent partiellement avec les indigènes du cercle de Ségou. Le nombre d'hectares ainsi cultivé était de 45 en 1911-1912. D’assez nombreux villages vinrent demander à l’Association de les accepter dans cette nouvelle combinaison qui offrait l'avantage de permettre de faire des avances sur récoltes. Alors qu’en 1909-1910, le rendement
moyen était resté légèrement inférieur à 125 kilos de coton brut à l'hectare, il atteignait près de 200 kilos en 1911-1912. Une culture rationnelle, comme aux Etats-Unis eût peut-être doublé les rendements.
II. — Les gratifications pour encouragement aux cultures dans les cercles éloignés étaient de 1.500 francs par an. Elles étaient distribuées en fin de campagne par l’agent de l'association en présence de l’Administrateur commandant le cercle intéressé. L'effet produit parut satisfaisant, notamment dans le cercle de Koutiala.
En mars 1912, le Gouvernement général envoyait à tous les administrateurs des instructions sur la nécessité de développer les ensemencements. Ces instructions étaient commentées en grand palabre dans les cercles et l’acréage fut sensiblement augmenté. Les champs de mil et maïs étaient semés de coton de façon intercalaire,
Campagne cotonnière 1913-1914. — L'acréage planté en coton dans les régions où l'A. C. C. exerçait son action dépassait de 35 0/0 environ celui de l’année précédente et faisait prévoir une récolte de 5oo à 600 tonnes. La sécheresse ne permit pas d'atteindre ce chiffre.
Sur des champs d'essais directs avec main-d'œuvre salariée et façons aratoires à l’aide de charrues et de culiivateurs indigènes dirigés par des cultivateurs européens, l'A. C. C. étudiait l’utilisation et le rendement au Soudan des méthodes de dry-farming employées dans l'Amérique du Nord pour la mise en valeur des régions semi-arides. L'intérêt de ces essais fut mis particulièrement en évidence dans la région de San où la sécheresse avait presque partout réduit à néant les cultures cotonnières. Le champ d'essai de Dielizagasso, où 5o hectares étaient cultivés en dry farming donnait un résultat satisfaisant (1).
Un progrès relatif était acquis dans les essais de culture
1. En même temps, des essais étaient entrepris à Ségou sur de petites étendues pour la détermination des quantités d’eau nécessaires au développement des cotons égyptiens en culture irriguée. Faute de personnel de surveillance, on n’arriva pas à des conclusions précises.
par contrat avec les indigènes en fournissant des graines sélectionnées et en assurant l'achat des quantités produites. La région de Ségou se fit particulièrement remarquer.
L'amélioration du rendement par cette méthode paraissait assez sensible. Alors qu’en 1909-1910, le rendement moyen était resté un peu inférieur à 125 kilos de coton brut par hectare, il atteignait près de 200 kilos en 1911- 1912, montant pour certains villages à 297 kilos.
Enfin, pour la première fois, les maisons de commerce établies au Soudan se mettaient à acheter du coton brut. Jusqu’alors, elles n'avaient pas cru devoir donner suite aux propositions de l'association. L'entrée en ligne de ces maisons marquait de façon très nette que l'installation des usines d’égrenage et les efforts faits jusqu'alors n'avaient pas été improductifs.
Campagnes cotonnières 1914-1923. — La mobilisation désorganisa complètement les services de l’administration et de l'association cotonnière coloniale. Cependant gräce aux mesures prises, les usines d’égrenage furent maintenues partiellement en activité, mais l'outillage en fut très fatigué par suite de l'impossibilité durant cinq ans de procéder aux réparations et renouvellements. Après les hostilités, la violente crise industrielle des années 1920-1922, la nécessité de se réorganiser sur des bases nouvelles et d'établir un programme basé sur l'expérience ajournèrent jusqu'aux années 1922-1923 l’activité de l'administration et de l'association cotonnière.
De 1922 à 192% les usines d’égrenage ont été réinstallées avec un matériel moderne ; des stations d'essais et des fermes cotonnières ont été créées. Un spécialiste américain de la culture cotonnière et du dry farming, le Dr Forbes
1. Une étude sur la culture sèche du coton en A. O.F.ne serait pas complète si on ne mentionnaitles essais de Kayes sur le Ilaut-Sénégal, qui appartient administrativement au Soudan.
Le Commandant Bernardy, directeur du Service de l'Artitlerie à Kayes, a été un des pionniers de la culture du coton dans le Haut-Sénégal. Les premiers essais datent de 1901, mais la première expérience pratiquée sur une surface notable de terrain date de 1903. Il fitensemencer au mois de juillet 1903 du coton
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désigné par une longue. expérience en Arizona et en Egypte a été engagé en 1922 par la Compagnie générale des Colonies pour procéder aux études agronomiques en culture irriguée et en culture sèche dans la région du Moyen Niger (1). Le DT Forbes est passé au service de l’Administration coloniale en 1924.
Des expériences de dry farming portant sur onze variétés américaines, quelques variétés égyptiennes et le coton indigène ont été faites en 1923, sous la direction de M. le
indigène et six espèces étrangères (3 américaines et 3 égyptiennes). La culture ‘fut faite à la mode indigène, sans irrigations ni amendements. La récolte du coton américain a commencé fin octobre et s’est poursuivie jusqu'aux premiers jours de janvier : celle du coton indigène a commencé fin novembre et s’est continuée jusqu'en mars. Les échantillons de coton étaient à peu près identiques à ceux des Indes dits Broach.
L’excelsior et le Russel étaient supérieurs au Broach. Le coton américain donna un rendement de 350 à 4oo kilos à l’hectare.
On concluait de cette expérience que la culture des cotons égyptiens ne pouvait être traitée qu'avec l'irrigation, mais que la culture sèche de la variété Excelsior du coton américain pouvait réussir.
Sur l'initiative du lieutenant gouverneur Merlaud-Ponty.et du commandant Bernardy, la première usine d’égrenage de la colonie du Haut-Sénégal était montée à Kayes en 1903.
Des graines exotiques étaient distribuées par l’administration en 1905. La culture s’étendait en 1906 et une récolte assez iiuportante justifiait l'envoi d'ude égreneuse de 60 scies. La récolte de 1906-1907 s'élevait à ro tonnes de coton brut. M. Level, agent de l’A. C. C. annonçait que le mouvement d’extension des cultures indigènes se développait rapidement par suite des achats de récolte par l'A. C. C. L'’absence d'agents européens ne permettait ni l'amélioration de la culture indigène ni les expériences. Aussi l'A. C. C. décida-t-elle en novembre 1907 de s'assurer le concours d’un correspondant à Kaves, M. Raffin. établi depuis longtemps dans le pays, qui assurerait la charge de diriger la station dégrenage de Kayes. M. Ralfin assura l’achat et Pexpédition du coton indigène et fit quelques expériences de culture directe, dont les résultats ne furent pas supérieurs à ceux du Niger. Il fut chargé en 1912 d'un essai de culture par irrigation à Fatola, près Kayes, interrompu par les hostilités.
Dr Forbes par M. Barthabura à Soninkura et par M. Froment, directeur de la ferme-école de Barouéli. Avec toutes les variétés essayées, on a obtenu en moyenne 97 kilos de fibres à l’hectare à Barouéliet 95 kilos à Soninkura. Les plus belles récoltes ont été fournies par les courtes soies américaines. Le Cleveland a rendu 183 kilos de fibres, le Simpkin’s Ideal 177 kilos. Le Dr Forbes conclut que dans les sols profonds, ayant les propriétés physiques requises et un bon degré de fertilité, on peut raisonnablement escompter, si l’on donne aux cultures les soins attentifs que réclame l’application du dry-farming une récolte de 150 kilos à l’hectare de coton américain à fibre courte et 100 à 120 kilos de fibres moyennes (1).
La culture en dry farming est compliquée. Elle exige un matériel agricole que l’indigène ne peut utiliser que sous une étroite direction européenne. A l'heure actuelle, après les essais tentés depuis vingt ans, la culture sèche paraît ne pas avoir d'avenir au Soudan, sauf dans la partie méridionale touchant la Côte d'Ivoire, où la chute annuelle d'eau atteint 1 m. 20 annuellement. Dans quelques lustres, si l'éducation agricole des indigènes est assez avancée et le pays pourvu d'animaux de trait, on se livrera au dry-farming et on étendra ainsi la zone cotonnière de l’A. O.F.
Certains estimeront qu'il eût été préférable d’exposer les essais sous forme d’une brève synthèse. Cette méthode aurait été adoptée si l’administration et association cotonnière ne continuaient pas les expériences dans cette région, qui, sauf les expériences du Dr Forbes en dry-farming n’ont donné que des déceptions. Une ferme-école' est installée à Koutiala où la chute d’eau est insuflisante ; on construit une usine d’égrenage à Mopti, dans une région où la culture sèche n’a aucun avenir et qui profite momentanément des prix élevés du coton. On a vu qu'il existait en Haute Côte d'Ivoire de vastes territoires où la voie ferrée accède, où la chute d'eau est suffisante et où la culture sèche peut être
pratiquée dès maintenant avec les plus grandes chances de succès.