‹ Le problème de DieuChapitre 3 sur 32 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Ce volume contient deux parties hétérogènes. La première est un Mémoire de philosophe; paru d'abord dans la Revue de Métaphysique et de Morale en 1907, et aujourd'hui introuvable, il est reproduit presque entier tel quel, sans retouches, sinon de menu détail et pour établir un Juste raccord avec la seconde partie; on veut surtout y prendre conscience de certaines difficultés. Vient ensuite une série de Conférences restées jusqu'à présent inédites. Le ton en est lout autre : méditation spirituelle plutôt que dialectique savante : et la recherche s'efforce d'y garder une allure directement positive. J'espère qu'on verra l'accord étroit des deux parties, complémentaires l’une de l’autre comme une question et une réponse. Quelques coupures on! dû être faites au texte primitif du Mémoire, pour supprimer autant que possible dinutiles doublets. Si de brèves répétitions subsistent néanmoins çà et là, elles sont laissées dans le dessein exprès de mettre en lumière certaines correspondances.

Peut-être le titre de l'ensemble sera-t-il jugé trop ambilieux. Une grave lacune est en effet manifeste : presque

e Le problème de Dieu

rien nest dit sur le problème des attributs divins. Susa longueur ne l'avait fait exclure, plus exact eût été sans doute le titre : esquisse d’une recherche et d’une démonstration de Dieu. k

Recherche de Dieu : le mot paraîtra tout naturel. Mais démonstration ? Une remarque est nécessaire pour dire comment on le doit entendre. Assurément ne peut-il s'agir d'une démonstration de type mathématique‘. Si j'emploie le terme, c'est au sens du psalmiste : Vias tuas, Domine, demonstra mihi.

Ces voies principales s'ouvrent au plus profond du cœur humain. Là seulement Dieu est d’abord connu, condition requise pour que plus tard on le reconnaisse ailleurs : car il reste vrai que Dieu, trouvé par l'âme en elle-même, est ensuite retrouvé dans la nature extérieure, où sans doute il eût été plus difficile, et peut-être impossible pour cause d'ambiquité, de le découvrir dès le début. Est-ce là méconnaître que Dieu invisible soit révélé par les choses visibles, per ea quæ facta sunt, dit saint Paul? En aucune manière, car l'homme aussi est créature de l’ordre visible et ce n'est pas la réalité physique seule qui a été faite. Est-ce du moins courir le risque de substituer le probable au certain, une induction conjecturale à une preuve rigoureuse, le subjectif à l'objectif ? Pas davantage, si l'on accorde qu'en l'espèce la dialectique abstraite n'a force convaincante qu'à la condilion de rencontrer pour s'en nourrir une puissance de

1. On connaît le canon promulgué par le Concile du Vatican : Si quis dimerit, Deum... naturali rationis humanæ lumine certo cognosci non posse, a. s. Eton sait que le schéma prosynodal portait cognosci et demonstrari, qu'une délibération expresse des Pères fit remplacer par cognosci seul. =

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perception morale dont l'éveil préalable est toujours nécessaire à quelque degré. Mais on évile ainsi les arguments qui, d'eux-mêmes, ne permettraient de conclure, sous le nom divin, qu'à un principe tout formel ou à une chose de l'ordre physique.

Au surplus, je ne dénie à personne le droit de tenter d'autres chemins qui seraient estimés préférables. Mais ne puis-Je décrire celui. que, pour ma part, J'ai le plus volontiers parcouru ? Tel est l'unique objet des Conférences qu'on va lire, données trois fois, en 1910 et rgr1, puis en 1924-1925, et dont je reproduis le texte sans modification, avec son allure de langage parlé.

Qu'il me soit permis d'indiquer en terminant que Mémoire et Conférences forment des fragments d'un livre futur où le problème religieux sera étudié d'ensemble et jusqu'au boul.

Paris, 11 février 1929.

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