‹ Le problème de l'aviation: sa solution par l'aéroplane; conférence faite le 16 février 1908 auChapitre 18 sur 44 · EXPÉRIENCES DE PLANEMENT OU DE GLISSADES · texte numérisé non relu

EXPÉRIENCES DE PLANEMENT OU DE GLISSADES

contre les exagérations possibles, c'est aux frères Wright Incontestablement que reviendrait la gloire que nous accordons à M. Santos-Dumont, et c'est la date du 19 décembre 1903, et non celle du 12 novembre 1906 qui marquerait le jour mémorable où, pour la première fols, un homme s'est élevé avec une machine volante.

Cette nouvelle avait été considérée en Europe comme un bluff américain et ce qui tendait k lui donner ce caractère c'est qu'ils étaient restés trois ans avant de renouveler leurs expériences aujourd'hui si convaincantes et si démonstratives. Leur Inaction ne peut s'expliquer que par ce fait qu'ils devaient leur réussite moins à la conception du système, qu'ils ont protégé par des brevets, qu'a son fonctionnement, comportant une adresse et peut-être même un secret qu'ils ne voulaient dévoiler que contre la remise d'une somme d'un million. D'autres personnes m'ont dit qu'ils avaient traité avec le gouvernement des États-Unis qui s'opposait à tout nouvel essai pouvant entraîner une divulgation de leur système.

Quoi qu'il en soit, sans méconnaître le mérite des recherches des frères Wright, on était excusable de se montrer sceptique sur l'importance des résultats obtenus. La valeur d*une découverte scientifique ne réside pas tant dans le fait observé, où le hasard a très souvent la plus grande part, ou encore le phénomène constaté, que dans la reproduction de ce phénomène, non pas une fois, mais plusieurs fois. C'est la persistance ou si l'on veut la répétition réussie des essais, qui est le critérium de la valeur d'une invention. Cpmbîen de fois m'a-t-on montré une machine à mouvement perpétuel qui ne tournait que pendant quelques minutes! Il est vrai que, la plupart du temps, l'inventeur me disait : « Je l'empêche d'aller trop longtemps, car elle s'emballerait, et je n'ai pas encore trouvé le frein pour l'arrêter. »

De son côté, le capitaine Ferber qui s'était enthousiasmé à la suite des expériences de planement artificiel faites en Amérique a repris en 1903 les essais de Lillenthal et a obtenu des résultats très remarquables au point de vue de la stabilité. C'est grâce à lui et à M. Hervé que le nom de Lillenthal est sorti de l'ombre et a acquis la réputation hélas, posthume, due à ses courageux essais. C'est ce véritable martyre de la science qui a émis cette

maxime : a Concevoir un appareil d'aviation ce n'est rien, le construire c'est quelque chose, mais l'expérimenter x^'est tout », maxime que suivent nos aviateurs modernes tels que MM. Santos- Dumont, Blériot, Delagrange, Esnault-Pelterie, Farman, etc.

Comment se pose le problème de Taviation.

Pour s'élever du sol et se maintenir ou se diriger dans l'air avec un appareil d'aviation, c'est-à-dire d'après le principe du plus lourd que l'air, il faut surmonter la force de la pesanteur. Donc la condition nécessaire et suffisante, en écartant pour un moment la question de la stabilité, est de trouver dans l'air un point d'appui, c'est-à-dire d'agir sur le fluide par un engin de propulsion ou de sustentation tel qu'il résulte de son action sur l'air et par le fait de la résistance de ce fluide une composante verticale égale au poids total de Tappareil.

S'il ne s'agissait que de s'élever du sol sans avoir la préoccupation de se maintenir un certain temps dans l'air, il suffirait de lancer l'appareil avec une vitesse sufSsante selon la hauteur que l'on veut atteindre, comme on lance une balle qui retombera par l'effet de la pesanteur. Mais comme ce que l'on cherche, c'est que l'appareil se maintienne dans l'espace, il est nécessaire de l'organiser de manière qu'il trouve en lui la force motrice lui permettant, par l'entremise d'un organe propulseur convenable, de trouver dans l'air le point d'appui dont il a besoin pour demeurer dans une position fixe ou pour se déplacer dans une direction quelconque.

On sait que la plupart des oiseaux, dans leur essor, font quelques petits pas sur le sol pour créer une vitesse initiale. Quelques-uns s'en dispensent grâce à l'élasticité de leurs pattes qui leur permet de sauter. Certains insectes n'ont pas besoin d'élan.

Le volateur, nom qu'on donne aussi à l'appareil d'aviation, est plongé dans l'air comme l'est par exemple dans l'eau un bateau sous-marin. Mais tandis que l'eau par sa densité fait flotter

naturellement le bateau et que la rame, la roue à aubes ou l'hélice n^ont qu'à effectuer la propulsion, il faut pour le volateur que ses organes déterminent à la fois la propulsion et la sustentation.

Or, comme on le démontrera plus loin, et c'est là le principe, absolument fécond, sur lequel repose l'aéroplane : l'organe propulseur en engendrant une vitesse produit par cela même la sustentation. Ce merveilleux effet est dû à ce que la résistance opposée par l'air au mouvement d'un corps lui fournit précisément la poussée verticale qui lui permet de faire échec à la pesanteur. Pas de vitesse, pas de vol, comme l'a dit Mouillard. Faisons remarquer toutefois que nous supposons ici que le corps doit se mouvoir dans un air calme, c'est-à-dire quand il n'y a pas de vent. S'il y a du vent, un corps, surtout quand il présente une grande surface, peut être soulevé et entraîné ou maintenu en Tair, comme par exemple le cerf-volant.

Chaque fois que le vent est ascendant, et c'est le cas général, l'oiseau l'utilise pour planer sans dépense de force.

Comme l'a si bien fait remarquer le mathématicien Landur, dans le mémoire qui fait partie de la collection publiée vers 1864 par le vicomte de Ponton d'Amécourt, les systèmes mécaniques que l'on peut imaginer pour soutenir dans l'air des appareils plus denses que l'air paraissent nombreux, mais ils se ramènent tous à un très petit nombre de types dont voici les principaux :

« 1** On peut se servir d'une ou plusieurs surfaces qui descendent en s'appuyant sur l'air et remontent après avoir été réduites à une forme ou à des dimensions telles, que l'air ne s'oppose que faiblement à leur mouvement ascensionnel. Tels seraient des parapluies ou des éventails qui descendraient déployés et remonteraient ployés; ou encore des palettes qui seraient horizontales en descendant et verticales en remontant. Tous ces systèmes ressemblent beaucoup aux ailes des oiseaux.

« 2^ On peut munir l'aéronef d'une vaste surface inclinée, et imprimer par le moyen d'un propulseur quelconque un mouvement horizontal de translation au système entier. Si l'inclinaison de la surface et la vitesse sont convenablement choisies, l'air bxergera contre la surface une pression dont la composante

VERTICALE ANNUtERA l'eFFET DE LA PESANTEUR.

« 3° Au lieu de donner à cette surface un mouvement rectilîgne

THÉORIE ÉLÉMEN

F Direction de la marche

V Poussée du vent

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