‹ Le problème de l'aviation: sa solution par l'aéroplane; conférence faite le 16 février 1908 auChapitre 24 sur 44 · ROLE PROBABLE DE L'ÉLECTRICITÉ DANS LE VOL · texte numérisé non relu

ROLE PROBABLE DE L'ÉLECTRICITÉ DANS LE VOL

On a vu sur le tableau des pages 36 et 37 les équations de la résistance de Tair avec l'application à Taéroplane dont on a ainsi une théorie très élémentaire.

La valeur moyenne généralement admise pour le coefBcient K est 0,085. Cependant les résultats de certaines expériences ont donné 0,13, coefficient admis par Lilienthal. Indépendamment des valeurs attribuées à K, il reste acquis que, lorsque le plan se déplace obliquement avec une inclinaison /, la résistance R qu'il supporte reste bien proportionnelle k la surface et au carré de la vitesse, mais qu'elle varie avec l'angle d'attaque e, d'après une formule qui change selon les auteurs, ce qui est dû aux conditions différentes des expériences auxquelles ils se sont livrés.

Il faudrait un véritable volume pour reproduire et analyser toutes les méthodes qui ont été proposées par les différents savants qui ont étudié les lois de l'aérodynamique : je me borne à citer Dubuat, qui, dans des expériences très minutieuses, en faisant osciller des sphères dans l'eau, avait constaté qu'il fallait considérer un facteur spécial tenant compte de la différence des densités du corps immergé et du corps immergeant. Cette méthode du pendule vient d'être reprise par mon fils M. Marcel Armengaud, ingénieur. Elle repose sur un mode intéressant d'enregistrement des espaces parcourus en fonction du temps.

Du rôle possible de rélectricité dans le voK

Il faut, comme je l'ai déjà dit, faire appel à un quatrième facteur spécial et inhérent à la nature de la surface, qui peut être lisse ou rugueuse. C'est ainsi que M. Lecornu a montré que si le cerf-volant est fait en étoffe' de velours, au lieu d'être en papier, il rencontre dans l'air plus de résistance.

Mais n'y a-t-il pas lieu, pour expliquer plus complètement le phénomène du vol, de faire entrer en ligne de compte une autre influence que les actions mécaniques de l'air et par exemple celle qui peut résulter de l'électricité. Cette idée a été tout

récemment sngg>érée par M. Suchanek, inventenr hongrois, qui, s'étant épris d'une véritable passion pour l'aéronautique, est venu à Paris pour assister auK expérienoes d'aéroplanes et aussi pour consulter les ouvrages nombreux qui constituent ce qu'on peut appeler la littérature de cette science nouvelle. En passant je suis heureux de dire qu'il a constaté la richesse de nos bibliothèques et par conséquent celle des Arts et Métiers, ce qui ne doit pas nous étonner puisque la France ert le berceau de cette science avec la découverte des frères Montgolfier.

La théorie de M. Suchaneik est comsignée dans un pli cacheté déposé par lui à l'Académie des Sciences et, avec son autorisation, je vais vous en faire connaître les données principales.

Jusqu'à présent l'électrifcité atmosphérique n'a été étudiée qu'au point de vue météanologique et des dangers d'incendte qu'elle peut occasionner lorsqu'un ballon passe dans un nuage orageux. Depuis très longtemps ausst on a observé certains phénomènes électriques dans les Ascensions de ballons libres; c'est ainsi, par exemple, qu'il arrive smi vent qu'un ballon avant d'atterrir est chargé d'électricité ainsi que les agrès et l'aéronaute et que l'ensemble se décharge dès que, par le guide-rope, on prend contact avec le soL

M. Mallet, le constructeur aëronaute bien connu m'a raconté qu'il arrive quelquefois qu'un ballon étant descendu rapidement d'une certaine hauteur après l'ouverture de la soupape, s'arrêtait à quelques centaines de mètres du sol, et, chose singulière, remontait brusquement quand on jetait du lest. On a expliqué cette particularité par la dilatation du gaz à llntérieur sous l'effet de la chaleur produite par le frottement, ce qui augmente sa force ascensionnelle; mais cette action thermique ne suffît i

pas toujours pour expliquer la remontée subite du ballon. Elle est peut-être due à ce fait que l'enveloppe en soie vernie est un excellent diélectrique, comme l'est la matière constituant chez les animaux volateurs les organes de sustentation et de propulsion : le duvet qui recouvre le corps des oiseaux, la membrane velue chez la chauve-souris, et le tégument cireux de l'aile de l'insecte.

Il n'y a donc pas lieu de s'étonner si le frottement de l'air sur le corps en mouvement engendre une certaine quantité d'électricité, c'est-à-dire électrise, ou, suivant l'expression à la mode, ionise les couches d air environnantes.

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