‹ Le problème de l'Empire [microforme]Chapitre 9 sur 10 · ER · texte numérisé non relu

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ropéens, les Indous ne tardent pas à réclamer les mêmes salaires. Le vrai motif, que les Anglo-Saxons n’avouent pas, c’est leur injustifiable préjugé contre des hommes qui les valent mais qui n’ont pas la peau de la même couleur.’

Depuis la guerre, un nouvel argument est venu s'ajouter à ce plaidoyer, déjà fort solide. ‘On nous a conviés, disent les Indous, à nous battre en Europe pour la liberté, la démocratie et l’affranchissement des peuples. L’Angleterre et les Anglo-Saxons se glorifiént d’être les champions de ces principes et les plus sincères protecteurs des peuples opprimés. Après que nous aurons versé notre sang pour affranchir les victimes de la ‘tyrannie ? allemande et faire triompher, au profit des autres, les principes britanniques de liberté et d'égalité, les Anglo-Saxons continueront-ils à nous traiter en parias, en terre britannique, au coeur même de notre empire?’

Avec la franchise qui le caractérise, M. Curtis confesse que, “ dans l'abstrait ”, le plaidoyer des Indous et de leurs champions, en Angleterre, semble irréfutable, Mais, en fait, il donne entièrement raison aux Australiens. Il accepte leur argument économique . H conseille à ses compatriotes de se représenter ce que seraient leurs propres sentiments, si la Grande-Bretagne, si la ville de Londres, se voyaient menacées d’une invasion étrangère, dans la proportion de six Asiatiques contre chaque Européen qui habite actuellement lé Royaume et sa capitale (p. 60).1

En résumé, selon M. Curtis, les Indous ont raison en droit, les Australiens en fait. C’est à peu près la situation de la Belgique et de l’Allemagne, telle que définie, au début de la guerre, par le Chancelier d’Aïlemagne. Et comme les Anglais sont, au fond, de même mentalité que les Allemands, il n’y'a pas à s'étonner que le fait ait jusqu'ici primé le droit,

Si cette comparaison choque les lecteurs sensibles, je les renvoie à une revue anglaise et à un écrivain anglo-saxon. Dans la National Review de juillet 1911, un publiciste australien, M. Edmond, écrivait ces lignes significatives: “ Pour un grand nombre d’Australiens, la conquête aîlle- “ mande serait un malheur bien moindre qu’une forte immigration de “leurs co-sujets des Indes ou d’ailleurs, tout loyaux et pacifiques qu’ils “puissent être, En vérité, si la conquête allemande apparaissait comme “la seule sauvegarde contre cette immigration, elle serait peut-être ac- “ cueillie avec faveur.” Et il ajoutait que si les autorités impériales tentaient d’ou /rir de force les portes de l’Australie aux Indous, le peuple australien .out entier se défendrait contre la mère-patrie “ tant qu’il lui resterait un coup de feu à tirer.”

Aucun Australien n’a jamais désavoué ces paroles énergiques. Elles ont été écrites au moment même où la Conférence impériale discutait cette question épineuse. A cette conférence, le ministre des Indes, lord Crewe, fit un appel pathétique à la ‘ dévotion impériale’ des gouver-

1 Cet argument est forcé. Les Indous accepteraient volontiers une restriction déterminée de l’immigration dans chaque pays britannique— comme le Japon a fait an Canada. :

nants des ‘ nations soeurs ’; il leur représenta que tant que les susceptibilités des Indous ne seraient pas apaisées, il serait inutile de parler “ d’un empire-uni ”.1 Rien n’y fit. Tous les délégués des colonies, sans excepter sir Joseph Ward, ultra-impérialiste, lui notifièrent péremptoirement leur irrévocable détermination de garder leurs pays blancs et même d'adopter contre l'immigration indoue des mesures d’exclusion encore plus rigoureuses. CA

Cet épisode significatif en dit long sur la force de résistance de la ‘ dévotion impériale dès qu'elle vient en conflit avec les préjugés ou les

intérêts particuliers des divers groupes d’Anglo-Saxons qui composent la famille impériale.

La question est-elle “réglée *” ? — Opinion d’un ‘sauvage’

Des péripéties révélatrices de ce conflit, M. Curtis ne dit rien. Il se borne à conclure que la question est “ réglée ”. “ En cette matière, dit-il, “ l'autorité suprême (control) a été concédée aux gouvernements des Do- “ minions... A cet égard, la ligne de démarcation entre l'autorité impé- “ riale et celle des Dominions n’est plus matière à spéculation. Elle a été ‘“ nettement et fortement tracée, en vertu'du principe, inauguré par Dur- “ham, que les colonies autonomes ont toute latitude d'assumer tous les “pouvoirs qu’elles persistent (finally insist) à prendre ” (p. 64).

Tout cela ressemble fort à la morale sociale de Treitschke et de Bernhardi, en passant par Bismarck; seulement, C'est dit en termes plus “ galants ”. : ;

Mais, est-ce bien sûr que la question soit finalement “réglée ”” ?

Sous le régime du self-government colonial, à base exclusivement nationaliste, les autorités impériales avaient une réponse toute prête à opposer aux réclamations des Indous, chaque fois qu’une nouvelle mesure d'exclusion était votée à Melbourne, à Wellington ou à Victoria. ‘ L’Australie, la Nouvelle-Zélande, le Canada sont virtuellement des Etats souverains”, pouvaient répondre en toute vérité les ministres britanniques ; ‘en ces matières, les colonies autonomes exercent une juridiction exclusive. Elles ont le droit absolu de décider ce qui leur convient. Nous ne pouvons pas plus leur imposer nos vues ou les vôtres que nous pourrions dicter aux Etats-Unis ou à l’Argentine les lois d'immigration que ces pays jugent à propos d'adopter.’ '

Mais aujourd’hui que l’évangile de la ‘ solidarité impériale” a remplacé l’ancienne loi de l’autonomie coloniale, cette réponse ne serait plus de mise. Si les Indous, les Australiens et les Canadiens sont solidaires au point d’être tenus en honneur et en conscience d'aller se battre en Europe pour la liberté des Belges et des Serbes, et aussi pour le salut de

! Un fonctionnaire supérieur du ministère des Indes me disait, à Londres, en juin 1914: “If Canada could see her way to help us out in that matter, it would be. worth all the dreadnoughts she could give uns.”

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leur empire vommun, ils le sont assurément assez pour ne pas permettre à une catégorie de citoyens de l'Empire d'exclure comme des pestiférés laute une autre catégorie de leurs concitoyens d'une partie quelconque de ce commun empire — étant donné surtout que les autorités impériales ici refusé aux Indous le pouvoir d’exclure de leur pays les Canadiens, les Australiens, les Néo-Zélandais qui vont y faire le commerce ou exercer des emplois lucratifs rémunérés à même les impôts prélevés sur leurs ‘ frères ? de l'Inde.

M. Curtis lui-mème reconnaît qu'en disposam de cette question à leur guise, les colonies blanches, “ nullement responsables du gouverne- ‘“ ment des dépendances, n'ont pas compris les difficultés créées [à l’Em- “ pire] par leur façon violente de trriter un problème si délicat ” (pp. 62-3). Le jour où les colonies blanches seront, avec le Royaume- Uni, solidairement responsables du gouvernement de l'Inde et des dépendances, Pourront-elles continuer d'ignorer l'aspect impérial] de la question pour ne penser qu’à leurs intérêts particuliers?

Le parlement véritablement impérial que M. Curtis veut faire créer Pourra-l-il laisser cette question dans l’ordre des matières purement locales?

Lorsque les Indous viendront frapper à la porte du Conseil suprème de l’Empire et réclamer justice contre leurs * frères ” blancs, les ministres impériaux ne Pourront plus répondre, comme les ministres britanniques d’aujourd’hui: ‘Nous sommes impuissants. Les lois dont vous vous plai- 8nez relèvent d’un pouvoir égal au nôtre, en ces matières.” La riposte des pétitionnaires serait facile: ‘On a constitué un pouvoir suprême pour l’Empire, supérieur à tous les gouvernements locaux, même à celui du Royaume-Uni. Ce pouvoir suprême, que vous exercez, comporte l’autorité absolue sur toutes les matières d'ordre impérial. Comme citoyens de l'Empire, nous avons versé notre sang pour faire triompher à l’étranger les principes de liberté qui font, dites-vous, la base de l’ordre public britannique. C’est à ce titre que nous vous demandons de régler cette question dans le sens du droit, de la justice, de la liberté et des véritables intérêts de l’Empire.’

Il ne restera guère d'autre réponse à leur donner que la maxime ultraanglaise ...et prussienne: What we have, we hold!

Combien de temps les Indous s’en contenteront-ils?

J'en causais, un jour, avec un Sikh, ancien élève des universités américaines, anglaises et allemandes. II avait, la veille, lu à l’Université McGill une étude Comparative des systèmes philosophiques de l'Inde et des divers pays d'Europe. Chose étrange, en dépit de son turban et de la couleur de sa peau, ce ‘ sauvage” ne Paraissait pas convaincu qu’il fût notoirement inférieur à Bob Rogers, à Sam Hughes ou

sociale de nos échevins. “I! faudra :;.en que la question se règle, tôt ou tard”, disait-il avec un calme imperturbable, « Nous sommes patients, nous des vieilles civilisations: nous Comptons les siècles comme vous les

années. Nous sommes pacifiques, aussi. Mais n'allez pas croire que trois cents millions d’êtres humains se laisseront toujours traiter en inférieurs par quinze millions d’autres êtres humains, dont rien ne dénote à nos yeux la réelle supériorité, Si l’invocation du droit ne suffit pas à nous faire rendre justice, nous l':btiendrons autrement.” Mais ce qui ne peut se rendre, c’est la tranquille assurance, la sereine majesté du regard, la douceur inaltérable du ton, surtout quand il disait: “ Nous l’obtiendrons autrement.”

Le partage des dépouilles

Pour complexe et dangereux que soit le problème de l’immigration asiatique dans les colonies blanches, il est presque simple et facile, si on le compare à cette autre équation, à plusieurs inconnues fort troublantes: le gouvernement de l’Inde et des dépendances.

L'Empire britannique n’est pas un simple potager de petit rentier. Tout en prêchant très haut le respect du bien d’autrui et de la liberté des peuples, John Bull n’a pas négligé, pendant que les autres l’écoutaient bouche bée, de remplir ses poches aux dépens de tout le monde. En moins de trois siècles, il a découvert, conquis, acheté ou volé près d’un quart des terres connues sur toute la surface du globe; ‘: domine ou protège plus d’un quart du genre humain — par pur désintéressement, by iingo! et pour accomplir sa mission d’éducateur de peuples — the white man's burden, a écrit le poète apologiste de tous les crimes commis au nom de la puissance impériale.

Après avoir conquis, il faut organiser, et surtout garder. M. Curtis estime que “ l’Inde, l'Egypte et les territoires africains, en raison de leur “étendue et de leur situation, créent forcément entre le pouvoir qui les “ gouverne et les puissances étrangères des relations fort délicates. Leur “administration interne est si intimement liée à la direction de la po- “ litique étrangère et de la défense [impériale], que les ministres chargés “ des Affaires étrangères, des Indes et des Colonies ne pourraient exercer “leurs fonctions s’ils ne faisaient pas partie du même cabinet ” (p. 205).1 L'administration de ces immenses domaines devra donc revenir de droit et de toute nécessité à l’association impériale. Il faudra y joindre les colonies et stations d'importance stratégique, telles que les Indes occidentales, Gibraltar, Malte, Périm, Aden, Singapour et Hong Kong. Ce joli lopin de terre couvre une superficie de 3,000,000 de milles carrés et renferme quelque 328 millions d’habitants. L’Angleterre gardera comme propriété personnelle le reste de ses colonies et protectorats, — une bagatelle de 2,000,000 de milles carrés, avec 45,000,000 de protégés.

À première vue, ce partage paraît arbitraire. M. Curtis estime que tout ce qui peut affecter les relations étrangères de l'Empire et mettre en mouvement le mécanisme de guerre doit être confié à l’autorité unique

1 De ce cabinet feraient également partie les ministres de la Guerre, de la Marine et des Finances impériales (p. 156).

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d’un gouvernement impérial, responsable au parlement élu par le peuple des pays associés. Avec raison, il place au premier rang de ces intérêts impériaux la Possession de l’Inde et de l'Egypte. II serait facile, en effet, de démontrer que l’Angleterre a contracté ou rompu la plupart de ses alliances et fait ou subi la plupart de ses 8uerres, afin de consolider son

Possessions. L'Inde et l'Egypte renferment plus de causes de conflit ; R'empêche que les autres colonies peuvent aussi donner lieu à des comblications internationales.

Si toute distinction entre la défense locale et la défense impériale est olie, si tous les Pays autonomes de l'Empire se soutiennent mutuelle.

à la Chine ou au Japon à cause de ses Possessions asiatiques non comprises dans le patrimoine de l'association, les autres associés devront lui venir en aide. Ilen serait de même pour les possessions de l'Afrique occidentale, le littoral du Golfe Persique, Ceylan, les Settlements, enfin les innombrables Possessions que l’insatiable Angleterre a incorporées à son empire dans toutes les parties du globe.

Le même raisonnement s’applique aux conquêtes récentes de l’Union sud-africaine, de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande. Seul le Canada a l’insigne honneur de se saigner à blanc Pour tout ce monde-là, sans aucun espoir d’une Compensation quelconque. Grâce au triomphe de la nouvelle doctrine de la ‘ solidarité impériale ’, étançonnée de ‘l'obligation “orale” et de la ‘ dette de reconnaissance ? contractée envers la rière- Patrie qui l’a si bien plumé, il est exposé à se voir entraîner dans de nouvelles guerres, afin d’aider sa mère et ses Soeurs à garder le fruit de leurs conquêtes. Le moins qu’il puisse exiger, semble-t-il, c’est que tout cela tombe dans le Patrimoine de la Communauté, Le rôle de Dandin de l’'Empire a peut-être ses charmes et sa gloire; il devrait aussi avoir ses bornes.

Gouvernement de l'Inde — “La question insoluble”?

Mais le gros, très gros problème, c’est le 8ouvernement de l’Inde.

L’un des pontifes de l’Impérialisme 1 me faisait un jour l’honneur de vouloir me convaincre de la parfaite praticabilité de l’association impériale. A chaque objection, il Opposait tantôt une réplique victorieuse, tantôt une explication Plausible. ‘“ Et l'Inde, qu’en faites-vous?” La ré- Ponse ne se fit pas attendre: “ ’est jusqu'ici la question insoluble! ” M. Curtis, en dépit de sa foi robuste et de son magnifique optimisme, admet que c’est “ l’une des difficultés les plus sérieuses ” à résoudre (p. 202). Aussi n’y touche-t-i] qu’à la surface, Dans ce volume si Compact, de 250

1 Il n’y a pas d’indiscrétion à le nommer: c’était lord Milner.

tants, ses principautés semi-indépendantes, ses provinces bureaucratisées, ses castes multiples, ses musulmans et ses boudhistes, ses brahmes et ses parias — et aussi sa jeune école nationaliste, ardente, instruite, toute pénétrée des maximes du droit public anglais #t tournant contre la domination étrangère les enseignements qu’elle a reçus du conquérant.

De quel droit l’Angleterre gouverne-t-elle ces peuples contrairement aux principes essentiels de sa constitution, — en violation même “ du droit naturel de l’homme ”, avoue avec une belle crânerie M. Curtis (p. 201). Oh! tout simplement “ parce que ces races sont encore incapables de se gouverner elles-mêmes ” (p. 59).

Plus loin, il donne une raison plus pratique. “Les armées indigè- “ nes de l’Inde, de l’Egypte et des protectorats, aussi bien que les armées “ [anglaises] d'occupation sont des facteurs essentiels du plan d’ensem- “ble &e la défense impériale. EHes doivent être soumises à l'autorité du “gouvernement impérial. Or :! est impossible d'admettre (unthinkable) “ qu'une autorité s'exerce sur i:s armées de l'Inde et de l'Egypte et qu'une “autre autorité distincte gouverne leur administration civile ” (p. 205).

Voilà qui est plus sincère. Mais n'est-ce pas l’aveu explicite que là où le nationalisme n’est Pas anglo-saxon, ou suffisamment dosé d’anglosaxonisme, il n’est plus compatible avec les exigences de l'impérialisme britannique? Il serait intéressant d'entendre M. Curtis sur ce point.

Maïs reprenons le prétexte d'incapacité des races de couleur de se gouverner. Admettons que ce soit vrai de tous les autres peuples d’Asie, d'Afrique ou d’Océanie, soumis de gré ou de force à la domination anglaise. Est-ce également vrai de l'Inde, de l’Inde anglaise surtout, de ces Provinces Unies où les maîtres de l’Empire font, depuis plus d’un siècle, l'éducation politique du peuple, et d’un peuple remarquablement intelli. gent?

Il serait peut-être opportun d'entendre là-dessus les Indous eux-mémes. J1 est difficile de comprendre comment l’auteur d’un travail si complet par ailleurs, si comprehensive, a cru pouvoir passer si légèrement sur cet aspect du problème. Il ne fait pas même mention de l'agitation croissante aux Indes pour le self-government.

Serait-ce que ce missionnaire d’Empire n’a pas voulu effrayer les coloniaux en leur laissant entrevoir l’effrayante complexité du problème et l’immensité de la tâche à laquelle il les convie? Ou n'est-ce que l’invincible suffisance de l’Anglo-Saxon, convaincu qu'avec les peuples de race “ iriférieure ”,—<c’est-à-dire avec tout ce qui n’est pas anglais—l’Anglais n’a qu’à commander, et les autres à obéir?

L’explication se trouve probablement dans un mélange de ces deux sentiments. Quoi qu’il en soit, l’auteur ferait bien d’ajouter un appendice à ce chapitre, comme il a fait pour le budget impérial, Autrement, son travail, si instructif, et en même temps si loyal, à tous autres égards, laissera une ineffaçable impression d’inachevé ou, pis encore, d’insincère et de fuyant sur l’obstacle le plus formidable à la consommation de cette unité impériale, si ardemment désirée par l’auteur.

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Pour l'instant, il se borne à affirmer que “ les chefs responsables du “ parti national aux Indes... admettraient eux-mêmes que l'autorité suprême (final authority) dans le 8ouvernement de l’Inde doit, pour le moment, rester où elle se trouve maintenant — must remain, for the

L’cdmission des chefs indous est Drut-être moins générale et moins absolue; M. Curtis reconnaît qu’eMe n’:5i que teripor ire, En tout cas, cette autorité, où se trouve-t-elle, maint : ant? Entr: les mains du viceroi anglais, des 8ouverneurs et lieutenau's-gouverneurs, et des fonctionnaires supérieurs, tous anglais, assistés de Conseilie:s; en majorité anglais, en minorité indigènes. M. Curtis suggère de la transférer demain entre les mains du 8ouvernement et du parlement de l’Empire, dans lesquels siégeront les délégués de toutes les colonies blanches. C’est dire qu’aux . difficultés actuelles el grandissantes, qui résultent du manque de compréhension sympathique des Anglais à l'égard des Indous, s’ajouteront Ja méfiance et les haïines brutales qui marquent déjà les relations fort distantes des Indous avec les Australiens et les Néo-Zélandais. Or, comme M. Curtis juge qu’il est impossible de songer à empêcher les colonies blanches d’exclure les Indous de leurs territoires, il n’est guère probable que les rapports entre les Indous et les white colonials, en devenant plus intimes et plus fréquents, deviendraient plus cordiaux.

Il est fort douteux qu'aucun des “ chefs du parti national ” aux Indes soit prêt à admettre que “ l’autorité suprême ” doive être exercée de cette façon.

M. Curtis reconnaît que les Indous ont droit en principe au self- 8overnment — et par conséquent à l'association impériale, En s’associant à la Grande-Bretagne dans le 8ouvernement de l’Empire, les ‘ nations-soeurs ? devront continuer avec elle sa mission d’éducatrice des ‘races inférieures ”, Cette mission, aux Indes comme en Egypte, consiste à “ faire l’école à ces peuples et à deur apprendre à &ouverner leurs “affaires nationales ” (p. 206).

Avec l’adjonction des Australiens et autres coloniaux de race blanche au personnel enseignant, il y a risque que les éducateurs manquent de tact et les élèves d'endurance, Ce sera vraisemblablement la répétition de la question ontarienne, agrandie à l’échelle d’un continent peuplé de 315,000,000 d'êtres humains, qui ne sont pas Anglo-Saxons et ne veulent pas le devenir,

Une convention impériale

Ce remarquable travail, que j'ai lu et analysé avec un intérêt passir” né, je l'avoue, se termine Par un appel éloquent à tous les dévots de l’upire. L'auteur y résume sa thèse, Il démontre en raccourci l’état d’abjecte sujétion où les habitants des colonies autonomes se trouveront à la suite de cette Suerre, s'ils ne se décident à réclamer la direction

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absolue de leurs affaires étrangères, comme nations indépendantes, ou le partage de cette direction avec le Royaume-Uni. “ Si le Canada, l’Aus- “tralie, la Nouvelle-Zélande et l'Afrique du Sud sont les seuls pays «ux- “ quels appartient leur allégeance suprême, alors ils doivent se séparer et “ décider eux-mêmes des questions de paix et de guerre ” (p. 244); — et pour cela, “ il suffit d’un trait de plume, d’une simple notification à Lon- “ dres et aux capitales étrangères ” (p. 242). — “ Mais si l’Etat pour lequel “ils désirent vivre et mourir est cette plus grande patrie pour laquelle un “si grand nombre donnent leur vie en ce moment, alors ils doivent s’unir “pour gouverner ses relations étrangères ” (p. 244).

Il suggère la convocation d’une Convention impériale, analogue à la Conférence de Québec qui fit la Confédération et aux autres congrès de même nature qui ont préparé les constitutions coloniales actuelles. Cette convention arrêterait les conditions de l'association impériale, Le parlement britannique donnerait à l’arrangement la sanction légale et cesserait : d'exister comme législature impériale: ce serait son chant du cygne. Naturellement, aucun des pays d’Empire n’entrerait dans le ring avant que le traité d’alliance n’eût reçu la sanction de son corps électoral (p. 223).

Ce n’est pas encore fait; mais c’est intéressant.

Essayons maintenant de marquer les leçons qui se dégagent de cette étude, et surtout de noter les accords et les dissonances entre la thèse impérialiste telle que présentée par M. Curtis et la doctrine nationaliste telle que je la comprends.

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