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rapprochement suffit à marquer le caractère rétrograde de la révolution impérialiste. Ce que nous avons marché en arrière depuis vingt ans est incroyable! ‘
Le problème des races
Une étude sur la reconstitution de l'Empire britannique ne serait pas complète si elle négligeait le formidable problème des races.
Il ne s’agit pas ici des rapports entre Canadiens-français et Anglo- Canadiens, entre Anglais et Hollandais en Afrique-Sud. J'ai indiqué ailleurs l'influence de la propagande impérialiste sur ce qui est, pour nous, le problème national par excellence: l'accord si difficile entre Franco et Anglo-Canadiens 1, Mais c'est là, avant tout, une question d'é.onomie interne qui devra se régler chez nous, indépendamment de toute modification apportée au gouvernement général de l’Empire. Il en est de même de la rivalité entre Anglo-Africains et Boers. Sans doute, l'enquête générale et minutieuse de la Rourd Table devra porter sur ces questions, comme sur la question irlandaise, par exemple. Mais dans un ouvrage succinct, comme celui de M. Curtis, il n’était pas nécessaire d’en parler. L'auteur, du moins, en a jugé ainsi.
Le problème ethnique qui affecte directement le gouvernement de l'Empire, c’est celui des relations entre blancs et hommes de couleur. La complexité de ce prob:ème, au regard de l’évolution constitutionnelle de l’Empire, tient à la diversité des conditions essentielles des divers pays britanniques, si fortement signalées par M. Curtis. La difficulté s’accroit du fait que, de tous les Européens, l’Anglo-Saxon est le moins apte à comprendre les autres peuples. A sa morgue héréditaire, qui marque sa parenté avec l’Allemand du Nord, sont venus s’ajouter l’obtusion développée par l'isolement insulaire et l'alcoolisme, et surtout l’infatuation de ses immenses richesses et l’orgueil de sa domination sur les peuples faibles. Il en résulte qu’en dépit de ses remarquables facultés de gouverne-
"ment et, somme toute, l'humanité de ses procédés, —quand la cupidité ou
l'esprit de domination ne le poussent pas aux brutalités—l’Anglo-Saxon ne sait pas gagner la confiance, encore moins l’affection, des peuples qu’il domine ni même de ceux qu'il s'associe. Or quand la confiance et l’amoür font défaut, la bonne intelligence est difficile.
L'Empire britannique renferme actuellement 433,000,000 d’habitants, dont 60,000,000 d'origine européenne et 373,000,000 d’Asiatiques, d’Afri- Cains, etc. Des soixante millions de blancs, cinquante-neuf habitent le Royaume-Uni et les colonies autonomes. Des 373,000,600 de colored, cinq millions seulement habitent les pays autonomes; le reste vit aux Indes et dans les dépendances. ë
Le problème des races, dans l'Empire britannique, se pose conséquemment sous deux formes absolument distincies: l'immigration des
1 Le Devoir et la guerre: Conflit des races — Montréal, 1916.
races de couleur dans les colonies blanches; et le Souvernement des colonies exotiques.
Naturellement, M. Curtis traite ces deux questions séparément, mais en fort peu de mots — trop peu, car c’est là le problème impérial par excellence, le plus formidable, le plus complexe, le plus difficile à résoudre. ‘Les esprits les plus solides et les plus déliés de la Grande-Bretagne, les hommes d’Etat les plus pratiques, s’y sont appliqués. Tous attestent son ampleur et l’urgence de le résoudre, aux Indes surtout. Aucun n’a trouvé jusqu'ici autre chose que des palliatifs temporaires et empiriques, dont la plupart n’ont fait qu’accroitre le mal.
Immigration indoue
La question d'immigration se pose principalement en Australie et, à un moindre degré, à la Nouvelle-Zélande, en Afrique-Sud et à la Colombie anglaise, Pour la Comprendre, il suffit de l’étudier telle qu’elle se présente en Australasie.
Ces coivnies ont adopté contre l'immigration asiatique, et plus particulièrement contre l'entrée des Indous, des mesvres d'exclusion d’une extrême rigueur. Elles sont même allées jusqu’à interdire l'accès de leurs ports à tout navire dont l'équipage comprend des lascars. ‘Ces mesures, affirment les Australasiens, se justifient de l'impossibilité, pour les blancs, de résister à la Concurrence économique des Indous. Si nous laissons pénétrer les Indous chez nous, dans les régions tropicales principalement, l’abaissement des salaires sera tel que nos travailleurs ne Pourront plus vivre. Le Pays sera bientôt à la merci des Asiatiques. Il ne nous restera qu’à disparaître, (C’est Pour nous une question de vie ou de mort” Or les Australiens ne veulent pas mourir, même pour assurer la paix intérieure de l’Empire.
Les Indous invoquent, eux aussi, les ‘ nécessités économiques ? ; et, en plus, les principes fondamentaux de la constitution britannique. ‘L'Inde, disent-ils, a un surcroît de population. N'est-il pas naturel qu’elle cherche à se déverser dans les autres parties de l’Empire dont le
renferme 315 millions d’habitants dans un territoire qui couvre, en tout, 1,800,000 milles carrés. De quel droit 3 midlions d’Australiens nous interdisent-ils tout accès à un territoire de 3,000,000 de milles carrés, presque
ils aux sujets blancs de Sa Majesté plutôt qu'aux bruns, aux jaunes, aux rouges où aux noirs? On nous affirme que le régime britanniqne est un régime de justice, de liberté, d'égalité. Comment se fait-il que dans les colonies peuplées d’Anglo-Saxons, qui vantent si hautement la beauté et surtout l’humanité de leurs institutions, nous, sujets de Sa Majesté britannique au même degré que les Australiens et les Canadiéns, soyons traités comme des êtres malfaisants et plus méprisés que les nègres aux Etats- Unis? L’argument économique n’est qu’un prétexte, Au contact des Eu
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