CHAPITRE Il
GEÉNOTYPE ET PHÉNOTYPE
La génétique distingue actuellement parmi les caractères morphologiques, chimiques, fonctionnels, mentaux, etc. deux catégories nettement distinctes : d’une part les caractères inscrits dans les cellules germinales, constituant le génotype, et d'autre part les caractères acquis, constituant le phénotype. L'ensemble des caractères apparents que l’on observe chez un individu résulte de l’intrication intime du génotype et du phénotype.
Depuis Naudin, Mendel, Johannsen, etc. qui peuvent être considérés comme les véritables pionniers de la génétique, on s’est attaché à l’analyse approfondie des caractères génotypiques. Leur complexité cachée sous une apparente simplicité se dégage peu à peu. La théorie chromosomique, devenue une réalité tangible à la suite des travaux de Morgan et de son école, donne une individualité matérielle à chacun des caractères primaires qui ressortent de l’analyse génétique. Les travaux amé-
ricains ont montré, en effet, que chaque caractère héréditaire est représenté dans les cellules germinales par un corpuscule matériel, ayant un emplacement défini. C’est cette représentation matérielle des caractères qui s'appelle un gène.
Nous allons rappeler brièvement la théorie chromosomique de l’hérédité. On sait que chaque cellule de l'organisme possède au sein du noyau des éléments cytologiques appelés des chromosomes. On a remarqué depuis longtemps que le nombre des chromosomes est constant pour chaque espèces, mais différent selon les espèces. Appelons ce nombre des chromosomes de la cellule somatique on (48 chez l'Homme). Or, on a remarqué également que les éléments sexuels, spermatozoïde et ovule, ne renferment que la moitié du nombre de chromosomes caractéristiques de l'espèce. La réduction du nombre de chromosomes se fait pendant les processus complexes qui caractérisent la maturation des cellules germinales, c’est ce qu'on appelle la réduction chromatique ou méiose.
Au moment de la fécondation un spermatozoïide s’unit à un ovule, chacune de ces cellules n'ayant que la moitié du nombre des chromosomes des cellules somatiques, c’est-à-dire n chromosomes. Du fait de l'union de ces cellules, dès le début de la fé-
condation l’œuf fécondé reconstitue le nombre 2n chromosomes.
Ce phénomène montre clairement le rôle que jouent les chromosomes dans l’hérédité. La cellule germinale paternelle apporte n chromosomes, la cellule germinale maternelle apporte le même nombre, chacune d’elle représentant le patrimoine héréditaire des deux parents.
La théorie chromosomique est certainement capable d'expliquer la presque totalité des faits de l’hérédité. Nous ne pouvons insister ici sur tous les détails de la théorie, minutieusement étudiés depuis plus de 30 ans. Voyons seulement si cette théorie exclut d’une façon absolue la possibilité de transmission de caractères acquis. En principe oui. En effet, seuls les caractères représentés dans les chromosomes sont transmissibles. Or, ces chromosomes ont une vie en quelque sorte indépendante du reste de l'organisme. On voit mal qu’une modification acquise de l’individu s’inscrive dans les chromosomes des cellules germinales.
Les généticiens actuels restent fidèles à la séparation complète du soma et du germen. Les modifications du soma constituent les caractères phénotypiques intransmissibles, alors que le germen reste fixe et se transmet invariable de générations
en générations, selon les hasards des rencontres des chromosomes.
Il y a cependant des variations, des adaptations, etc., tous phénomènes qui constituent l’évolution des espèces, Comment les concilier avec la fixité du germen ? C’est là qu'intervient la notion de mutation, établie par H. de Vries. Les mutations sont des variations brusques qui surviennent dans une espèce, sans raison apparente et sans qu'on puisse invoquer une action du milieu ni une adaptation. Par contre, les mutations sont d'emblée héréditaires. Morgan et ses élèves ont montré sur la Drosophile que les mutations sont des modifications spontanées du germen. Elles semblent assez ‘fréquentes.
On tend actuellement à expliquer toute l’évolution par des mutations, Seul ce mécanisme réalise des variations non seulement individuelles, mais héréditairement fixées. Par opposition aux mutations, on appelle somations les variations acquises non héréditaires. À
Voilà donc d'une part le germen, le génotype et la mutation, substratum, résultat et mécanisme des faits héréditaires, d'autre part le soma, lé phénotype et les somations Correspondant aux faits ac-