‹ Le problème de la conscience du moi (volume 2)Chapitre 12 sur 19 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

On confond souvent la conscience et Fintelligence et plusieurs physiologistes regardent le siège de Tintelligence comme le siège de la conscience. La conscience et Tintelligence, cependant, sont radicalement différentes.

Dans des conditions normales, la conscience et rintelligence travaillent souvent, mais non toujours, ensemble. D'un côté, il ne peut y avoir d'états de conscience sans un travail mental quelconque; d'un autre côté, il y a des impressions des sens, des mouvements ou fonctions intellectuelles qui ne sont pas accompagnés de conscience. Par conséquent, la conscience est un élément complémentaire qui accompagne ou n accompagne pas certaines opérations mentales.

Les expérimentations de la psychologie physiologique prouvent que le travail cérébral inconscient est plus rapide que le travail cérébral conscient. L'activité mentale, lorsque son action, comme un simple mouvement réflexe, se fait sentir automatiquement, descend et traverse certaines fibres nerveuses qui, pendant leur passage h travers la capsule interne, n'entrent pas dans

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LE SIEGE" DE Li CONSCIENCE

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excités tous à la Fois (Landois). Nothnagel appelle la partie médiane du corps strié dans le

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En conséquence, Tunilé de conscience doit être conçue comme le produit de la concentration. Plusieurs sentiments convergent sur un point que vise Tirritant qui pousse à l'action. L'effet de leur coopération est une attitude dont Faction concentrée, ou le désir de l'action dirigée sur un but conunim, est le trait caractérisque. Dès lors, la conscience n'est ni une essence matérielle, ni une essence mentale, mais un état d'esprit particulier. L'unité de conscience n'est pas une qualité originale et innée qui rend Tattention possible ; son unité est une unification. L'unité de conscience n'est pas une qualité intrinsèque de l'esprit ; elle s'impose par l'objet de l'attention qui, comme un aimant, attire toutes les tendances de l'esprit au mouvement, et produit ainsi en elles, et parmi elles, un arrangement systématique, si bien qu'elles sont toutes subordonnées à un seul plan d'action. Descartes plaçait le siège de l'âme dans la glande pinéale, uniquement parce que c'est la seule structure isolée du cerveau. L'idée de Descartes est abandonnée depuis longtemps, car la glande pinéale ne se compose pas de substance nerveuse ; on a découvert que c'est un œil rudimentaire.

Considérant le fait que tous les organes cérébraux sont doubles, il est presque certain que l'organe qui coordonne l'activité mentale et la transforme en conscience, où qu'elle soit, doit être représenté deux fois dans le cerveau. On peut alors poser la question : Pourquoi ne pouvonsnous, au même moment, concentrer notre attention sur deux objets difiérents? Pourquoi un organe de coordination ne peut-il pas concentrer la conscience d'un hémisphère sur un genre de tra-

vail, tandis que l'autre concentre celle du second hémisphère sur un autre sujet?

11 est possible que, de même que le langage . humain est localisé dans Thémisphère gauche, il n'y ait qu'un seul organe de coordination qui puisse, dans les circonstances ordinaires, entreprendre le travail de concentrer l'activité mentale dans le foyer de la conscience. Mais il n'en résulte, en aucune façon, que deux organes ne puissent opérer ensemble, car, si Tunité de conscience est le produit de la direction habituelle de l'activité mentale, elle n'est pas nécessairement produite et maintenue par un seul organe. Ainsi une voiture peut être traînée par deux chevaux attelés côte à côte, et dirigée vers un point unique. Si la conscience ou l'attention (c'est-àdire la concentration de la conscience) n est pas une unité, mais une unification, nous n'avons pas besoin de rechercher un seul et unique organe de conscience, comme fit Descartes. Étant un simple état d'esprit produit par une certaine attitude de concentration, la conscience peut avoir son siège dans deux et même dans plusieurs organes. Elle prévaudra aussi longtemps qu'une direction commune fera converger chaque partie de l'organisme vers un seul but ; et il n'est pas nécessaire que l'organe dont elle dépend soit unique.

On peut expliquer l'état d'attention en le comparant au phénomène de la vision. Si notre attention est concentrée sur un objet que nous voyons devant nous, nous n'avons pas besoin, comme le tireur, de fermer un œil ; nous n'avons qu'à laisser les axes de nos deux yeux converger de façon à ce que l'objet de notre attention soit placé au

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PRÉSERVATION DE LA FORME lli

tement préservée même dans le cas d'un changement radical, car l'ancienne forme est un des éléments du changement. Elle peut être détruite dans tout ce qui lui donne de la valeur, ses traces peuvent devenir presque imperceptibles et cependant, étant l'un des facteurs qui servent de cause, elle ne peut jamais disparaître entièrement.

La mutabilité de la forme constitue ce que nous appelons évolution. Évolution signifie réellement « un changement de forme suivant certaines lois ». Les lois de la forme sont géométriquement démontrables et les lois des changements de forme peuvent être, en fin de compte, expliquées avec une précision mathématique.

Dans Texcellent ouvrage du D' Johannes Ranke sur l'anthropologie*, Thomme et l'humanité sont comparés à une vague. Une vague apparaît à l'œil comme un unité matérielle. Sa forme voyage sur la surface de l'eau toujours une et semblable à elle-même, mais sa substance change constamment. Ce n'est que l'expression d'un certain nombre de mouvements rythmiques, et il n'y a pas deux moments consécutifs où les parcelles constitutives soient les mêmes. Les gouttes qui, à un moment donné, sont saisies par la vague qui arrive, s'élèvent, un instant, jusqu'à sa crête, puis alors retombent en arrière doucement de l'autre côté, sur la surface tranquille de Tocéan.

Le corps de la vague est formé par des parcelles d'eau qui pénètrent et traversent la vague. De même, le corps humain semblable à une vague d'eau est une certaine forme de mouvements rythmiques. Les éléments matériels, l'air

(i)D' Johannes Ranke, Der Mensch, p. 1.

telle que nous la voyons dans Itiistoire, se déroule comme une gigantesque vague sur la surface du monde habitable. Elle n'atjsorbe et ne transforme, en passant, les matériaux organiques que pour les rendre à l'océan de l'existence matérielle non organisée d'où ils sont sortis. Dans la marche en avant de l'évolution humaine, les générations dont elle est formée naissent à l'existence et disparaissent, tandis que la vague de l'humanité continue à se dérouler. I.a génération d'aujourd'hui est différente de la génération des siècles précédents, mais l'humanité est un tout continu à. travers toutes les générations. Elle a commence avec la vie sur notre planète et son mouvement en avant continuera aussi longtemps que la substance organique de la terre pourra fournir des matériaux suffisants pour renouveler sa forme.

Dans tous les changements matériels que subissent les corps organisés, il Y a préservation de la forme. Une impression une fois faite demeurera comme une blessure reçue et laissera une cicatrice. La nouvelle formation des tissus, constamment renouvelés, se fera dans la mèmeforme. Avec le temps, les cicatrices peuvent devenir invisibles, mais elles ne disparaîtront jamais entièrement. Une sensation une fois perçue laissera une trace dans les tissus du cerveau vivant, et la forme de cette trace ne sera pas effacée, malgré les changements matériels que la substance.

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