‹ Le problème de la conscience du moiChapitre 11 sur 42 · L'AME EST-ELLE UN MECANISME · texte numérisé non relu

L'AME EST-ELLE UN MECANISME

On a soulevé cette question : L'homme est-il une machine? La réponse du fameux matérialiste français le baron d'Holbach a été affirmative : « L'homme est une machine », dit d'Holbach, et il comprenait expressément, dans le concepthomme, non seulement le corps humain, mais aussi Tâme de Thomme.

Nous demandons maintenant : La réponse de d'Holbach est-elle satisfaisante ? L'âme de l'homme est-elle un mécanisme, et l'activité psychique peutelle être expliquée par les lois du mouvement?

Examinons cela :

Nous distinguons diverses sortes d'activités : mécaniques, physiques, chimiques, physiologiques et psychiques.

Un phénomène mécanique est un changement de place qui n'implique pas un changement dans la constitution des parties en mouvement. Par exemple, on pousse une pierre; sa position est changée, mais la pierre reste la même.

Un phénomène physique est celui où l'état moléculaire des corps en activité est altérée. L'eau chauffée devient de la vapeur ; congelée,

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elle se change en glace. Les trois états ont diverses configurations moléculaires.

On appelle phénomènes chimiques ceux dans lesquels la constitution des atomes est altérée. Les propriétés caractéristiques de l'hydrogène, par exemple, sont différentes, suivant qu'il se trouve combiné avec divers éléments ou lorsqu'il est isolé. Chaque combinaison forme une substance particulière avec des propriétés particulières et non un mélange ou une combinaison des propriétés des éléments isolés.

Les processus physiologiques sont tous les changements qui se font dans la substance vivante et sensible des plantes et des animaux, tels que la nutrition, la croissance et la propagation. Leurs traits caractéristiques sont : 1° la faim et la soif, c'est-à-dire, le besoin de certaines matières ou de la nourriture ; 2*^ la réception des matières nécessaires par la succion et par d'autres moyens qui, dans certains cas, sont des actes tout mécaniques ou physiques, assez semblables à Tafflux de Toxygène produit par une chandelle allumée ou la succion de Teau par une éponge; 3'' Tassimilalion de la nourriture. Les matières reçues sont distribuées aux endroits voulus, contribuant ainsi à la construction de la substance vivante, selon la nature de sa structure. C'est ce qui produit, par un résultat naturel, le phénomène de la croissance avec conservation de la forme. S"" La reproduction est une espèce particulière de croissance d'une partie qui, à une certaine phase de son développement, devient un être indépendant.

Les phénomènes psychiques sont ceux oîi les sensations et Tintelligence des sensations sont les facteurs déterminants.

11 est visible que tous ces termes : mécaniques, physiques, chimiques, physiologiques et psychiques, sont de simples abstractions. En décrivant un phénomène mécanique, nous limitons notre attention au changement mécanique et nous ne voulons pas dire que le corps en mouvement né possède pas des propriétés chimiques, physiques, peut-être physiologiques et même psychiques ; le calcul de la courbe d'un saut est un problème mécanique, quoique le corps sautant puisse être une créature humaine ; cependant cette question : pourquoi Thomme a-t-il sauté? est une question psychique. Le motif du saut .est une idée rentrant dans cette catégorie de Tactivité mentale que l'on appelle but. L'homme a une fin en vue et cette idée d'une fin à réaliser est le résultat combiné de conditions spéciales et du caractère de Thomme.

Les diflFérentes sphères des actions mécaniques, physiques, chimiques, physiologiques et psychiques étant des abstractions, il est évident que la science, lorsqu'elle a affaire avec les phénomènes appelés purement mécaniques, se contente d'une fiction; il n'y a pas de phénomènes purement mécaniques, il y a des traits de la réalité qui sont purement mécaniques et ceux-là, nous les appelons mouvements ; mais le monde ne se compose pas uniquement de mouvements. Il possède d'autres propriétés.

Le matériaUste qui adopte le point de vue mécanique suppose que le monde ne se compose que de matière et de mouvement et il s'imagine être fondé à croire que chaque événement, y compris les actions des hommes, peut être expliqué par les lois du mouvement. Cependant les pré-

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misses sont fausses et nous pouvons prévoir que la conclusion sera aussi erronée. C'est ce qu'elle est en effet.

Les lois du mouvement sont applicables à tous les mouvements et les expliqueront tous ; mais elles ne sont pas applicables à ce qui n'est pas mouvement; il est inconcevable que nous puissions espérer expliquer une impression psychique par les lois du mouvement ; aussi le vain espoir d'expliquer les problèmes de la nature de Tâme par la mécanique est-elle déraisonnable. On ne peut faire aucune objection à la possibilité d'expliquer les délicats mouvements de la substance nerveuse du cerveau par les lois de la mécanique massive et moléculaire, mais ces explications ne jetteraient aucune lumière sur la causation qui a son siège dans l'esprit. Les véritables phénomènes psychiques, la véritable action intelligente de la pensée ne pourraient pas être expliqués de cette manière, car le monde de l'intelligence introduit un facteur tout nouveau dans la sphère de l'existence.

Quel est ce nouveau facteur ?

La nature de l'activité mentale est dans le symbolisme des impressions psychiques. Ces impressions étant différentes dans des conditions différentes et semblables dans des conditions semblables deviennent représentatives de leurs causes correspondantes et ainsi les objets de l'expérience sont représentés dans les symboles des impressions.

La question de savoir comment certaines structures cérébrales opèrent est une question de mécanique de la substance nerveuse et, encore, la question de savoir comment ont lieu les opérations de l'esprit est une question de mécanique

logique, mais celle question : Pourquoi ceilaïne "

idée correspond-elle à cei'taîQs slimuianla et non ■ à d'autres ? n'adjuet pas d'explication ni de for- « mule mécaniques. La réponse à celle dernière " question sera une description de la nature de

I idée et la nature de l'idée n'est pas un mouvement ; c'est la signification que l'idée porte ea ■ elle.

L'action de l'esprit dépend de la aignification de certains symboles. Un mol écrit ou pailô a unea signification spéciale el celte f^igniûcation devïeat | le Tacleur déterminant de Taclion intellectuellD. . La signification d'uu mot n'est ni un fragment I de malièrc, ni un mouvement, c'est quelque chose J de stii generis. Jo ne veux pas dire qu'il y ail Ht J quelque inexplicable mystère; au contraire, bieO| que merveilleux en lui-même, le fait n'a rien dc^ mystérieux, car il ne se trouve en contradiction , avec aucun autre fait de la nature. Les symboles représentent quelque chose, ils indiquent, dénotent et signifient quelque chose ; celle signiflcalion s'appelle leur sens et l'esprit est un système de symboles provenant d'états de connaissance.'

Mais les états de connaissance ne sont pas mécaniques el le sens des mots non plus n'a rien de mécanique. Comment pourrions-nous espérer une explication mécanique de rame ou de Tespril, ou de n'importe quelle action menlalo ?

Supposez, par exemple, qu'un général reçoive un message contenant un petit nombre de mois.

II ouvre le papier, le lit et iunnôdiatement son esprit est au comble de l'excitation. Qu'est-ce qui aproduil cette excitation? Est-ce un mouvement f Oui, dans un certain sens, c'est un mouvemenl/! c'est la lecture du papier. Voilà la cause. Co*

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pendant ce n*esL pas le fait de la lecture, comme tel, qui excite sa consternation; il pourrait lire d^autres messages tout le long du jour, sans éprouver un pareil effet. Évidemment Télément causatif de la cause n'est pas la lecture, ni les mouvements dans lesquels consiste la lecture, ni la forme des caractères et leurs combinaisons en groupes, qu'on appelle des mois ; c'est quelque chose de plus subtil encore que cela ; c'est la signification deTécrit, c'est le sens des caractères tracés, c'est la portée attachée aux mots symboles.

La naissance de l'esprit introduit donc un facteur qui n'a rien à faire avec la mécanique; et les actions réflexes psychiques les plus simples comprenant ces actions réflexes physiologiques qui, nous devons le supposer, doivent leur origine à l'adaptation consciente, puis ont été englouties dans l'inconscience, ne peuvent être expliquées par les seules lois physiques et mécaniques.

Le D' Edmond Montgomery, philosophe américain dont le talent critique est subtil et pénétrant, se trouve très embarrassé pour expliquer la faculté sélective de l'àme.

« Qu'est-ce qui fait, dit-il, que les signes enregistrés ne sont pas employés d'une manière automatique, mais avec choix, comme un typographe choisit les lettres séparées de l'alphabet ? »

La faculté sélective, selon son point de vue, n'est pas mécanique, mais hypermécanique ; et il ajoute :

« Cette même faculté hypermécanique qui choisit (dans le cerveau) pour les reproduire, parmi tous les signes eiiregistrés, ceux qui sont destinés à un but spécial, cette même faculté sélective communique évidemment aussi les im-

pulsions correspondant aux cordes vocales. Ce processus échappe tout à fait à Tinterprétation mécanique. »

Si le mot hypermécanique signifie non mécanique^ nous n'avons aucune objection à opposer à cette idée qu'il existe quelque chose d'hyper- .mécanique, car le sentiment est certainement non mécanique. Cependant, dans ce cas, nous ne pouvons souscrire à la proposition du D' Montgomery que la faculté non mécanique puisse communiquer des impulsions. La faculté non mécanique n'a rien à faire avec la faculté mécanique, elle ne peut communiquer aucune impulsion.

L'idée d'une impulsion non mécanique est une contradictio in adjecto non moins criante que l'expression de cadavre vivant ou celle ^être non existant.

Le D' Henri Maudsley dans sa Psychologie de rEsprit, page 70, discute la faculté sélective, en citant le passage oîi M. Spencer a comparé l'âme à un piano. M. Spencer, étant partisan de l'agnosticisme, s'empare avec joie de cette similitude, comme d'une preuve évidente de l'impossibilité de scruter les procédés psychiques. Voici ce qu'il dit, d'après la citation de Maudsley :

« Les idées sont comme des cadences et des accords successifs tirés d'un piano et qui s'éteignent dès que d'autres se font entendre. 11 serait tout aussi exact de dire que ces cadences et ces accords passagers continuent à exister dans le piano, que de soutenir que les idées passagères continuent à exister dans le cerveau. Dans un cas comme dans l'autre, l'existence réelle est la structure qui, dans les mêmes conditions, reproduira les mêmes combinaisons.

l'ame est-elle un MÉCANIS^JE ? io

L'existence dans le sujet d'autres idées que celles qui passent, est une pure hypothèse absolument dépourvue de preuves. »

Maudsley ajoute : « Cette analogie, lorsque nous Texarainons, nous paraît plus séduisante que complète. Que fait-on de l'exécutant, qu'il s'agisse du piano ou du cerveau? Est-ce qu'il est un élément sans importance, et n'est-il pas nécessaire pour compléter lanalogie ? Les cadences et les accords passagers auraient peu de chance d'être tirés du piano, s'ils n'avaient pas existé préalablement dans son esprit. Qu'est-ce qui est, dans le cerveau, l'équivalent des conceptions harmoniques de l'exécutant? Si M. Spencer suppose que l'esprit de l'individu, son entité spirituelle est détachée du cerveau et joue sur ses fibres nerveuses comme l'exécutant sur le piano, l'analogie est complète ; sinon, il a fourni à ceux qui soutiennent cette idée une comparaison dont ils peuvent lui être reconnaissants. Il y a cette différence entre les cadences et les accords passagers du piano et les cadences et les accords passagers du cerveau (et c'est l'essence même du sujet) que, dans le premier cas, les cadences ei les accords passent et ne laissent aucune trace dans la structure du piano, tandis que, dans le second, ils ne passent ou plutôt ne s'éteignent pas sans laisser des effets subséquents très importants dans la structure du cerveau ; de là, une différence considérable entre un piano que Ton travaille et un cerveau humain qui travaille : c'est de là probablement que vient, grâce aux progrès du développement de l'esprit humain à travers les âges, la différence entre le cerveau d'un sauvage des temps primitifs et le cerveau de M. Spencer. Dans le cer-

veau, l'exercice produit la faculté; il n'en est pas de même dans le piano. »

Si vous me faites cette question, par exemple : c( Combien font cinq fois cinq ? » je répondrai : a Vingt-cinq. » 11 n'y a pas là d'impulsion hyper-mécanique qui me pousse à faire cette réponse. Il n'y a pas en moi de faculté sélective, comme se Tiinagine Maudsley, qui, parmi tous les nombres, choisit celui-là et non un autre ; mais il y a une structure de la mémoire, qui lorsqu'elle est ébranlée, dit : a Cinq fois cinq font vingt-cinq. » C'est cette question : « Combien font cinq fois cinq ? » qui, dès qu'elle est perçue, ébranle la structure de la mémoire :

« Cinq fois cinq font vingt-cinq », et réveille probablement aussi, en même temps, plusieurs autres souvenirs qui y sont associés. Il se peut que je pense au maître qui m'a enseigné la première fois l'arithmétique ou que ma table de multiplication apparaisse à mes yeux. Cette réponse, cinq fois cinq font vingt-cinq : est accompagnée, dans les circonstances ordinaires, de sentiment et de conscience.

Tous les exemples ne sont pas aussi simples. Il y a naturellement des problèmes mentaux beaucoup plus compliqués, mais il n y en a pas un seul dans lequel nous puissions considérer les mouvements qui se succèdent dans le cerveau comme n'étant pas strictement d'accord avec les lois mécaniques, soit massives soit moléculaires.

Il est un trait particulier de la vie de Tàme qui consiste dans la limitation de la conscience. De même que dans la vision, un seul objet peut être à un moment donné dans le champ central de la vision , c'est-à-dire sur la macula lutea où la

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