‹ Le problème de la conscience du moiChapitre 31 sur 42 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Le problème du théisme se rattache aussi aux recherches sur la nature de la conscience. On s'est demandé si, oui ou non, les phénomènes cosmiques doivent être considérés comme des actes d'une intelligence consciente. Quelques-uns ont répondu par l'affirmative ; d'autres, par la négative. La conception monistique du monde, qui considère la nature comme étant vivante dans toutes ses parties, ne peut accepter ni Tancien supranaturalisme d'un Dieu extérieur, ni la théorie matérialiste de l'athéisme. Le théisme, ainsi qu'il est ordinairement conçu, est la croyance en un créateur personnel et un maître de l'univers, une sorte de personnification gigantesque de l'univers. Le matérialisme nie l'existence d'aucun Dieu ; il considère la matière et ses mouvements comme les seules réalités.

Le monisme ne regarde pas les phénomènes mentaux comme un jeu accidentel de forces agissant aveuglément. Il regarde l'intelligence comme un produit nécessaire de la réalité. L'intelligence et les qualités particulières de l'intelligence sont les signes caractéristiques de l'arbre de l'univers

dont ils sont la plus belle efflorescence. D'après le fruit, nous pouvons connaître la racine ; d'après le produit, nous pouvons juger des facteurs qui l'ont formé.

Le grand Quelque-chose qui nous a produit, la Toute- Puissance dans laquelle nous vivons, nous nous mouvons et nous sommes, aux lois de laquelle nous devons nous soumettre pour satisfaire les conditions de vie, de bien-être et de perfectionnement, est appelée d'un nom populaire et religieux : Dieu,

Embrassons sous le nom de théisme toutes les théories qui admettent une conception quelle qu'elle soit de Dieu, et réservons le terme d'anthropothéisme pour cette théorie qui regarde Dieu comme une personne, une intelligence, un être conscient ou une personnification de l'univers. L'athéisme, en ce cas, serait la négation de l'existence de Dieu sous n'importe quelle forme, une négation de la Toute-Puissance dont nous sommes des parties et à laquelle nous devons nous conformer , et par conséquent , l'athéisme sera aussi la négation de toute règle dans la conduite morale.

Nous appelons l'attention sur ce fait que plusieurs do ceux qui se donnent comme athées, simplement parce qu'ils ne croient pas à l'anlhropothéisme, ne doivent pas, d'après cette définition, être classés parmi les athées. L'idée de Dieu représente dans chaque religion un degré de moralité et d'autorité suprême, à laquelle il faut obéir. Dieu est cette loi de la vie qui poursuit l'iniquité du méchant jusqu'à la troisième et quatrième génération et qui bénit l'homme juste jusqu'à la millième génération. A cet égard, notre

conception de Dieu n'est pas du tout différente de celle des temps passés. Ceux qui, parmi les libres penseurs, se plaisent à se nommer athées, manquent seulement d'un terme exact, dont ils ne sentent souvent même pas le besoin, pour exprimer l'autorité ou norme d'après laquelle ils arrêtent leurs règles de conduite. Nous voudrions bien qu'ils en eussent un ! Nous sommes aussi radical que les plus radicaux d'entre eux, et, cependant, nous ne pouvons toujours être de leur avis. D'un autre côté, s'il y a une différence importante entre notre point de vue et celui de l'autorité dogmatique , c'est que la conception de Dieu proposée par nous et basée sur la philosophie positive est exempte de tout anthropomorphisme.

En abordant l'idée de Dieu par ce côté, en définissant Dieu comme l'autorité suprême de notre conduite, nous nous trouvons avoir plus d'un avantage sur toutes les méthodes employées par les autres philosophes et théologiens. Le plus grand avantage de cette méthode, à mon sens, c'est que nous ne sommes pas obligés de renoncer au principe du positivisme: nous n'avons pas besoin d'abandonner le terrain ferme et sûr des faits positifs. Le Dieu que nous définissons, n'est pas une simple fantaisie de notre esprit, une créature imaginaire ; il est une réalité de la vie positive, une réalité dont la présence dans Tunivers est aussi indéniable que la qualité de pesanteur de la matière, et dont la manifestation est aussi démontrable que la justesse de cette règle mathématique {a -^ by = a^ + 2 ab -\- b^.

Nous pouvons aussi mentionner quelques avantages secondaires. En concevant Dieu comme nous le faisons, nous pénétrons dans le domaine

p. CARUS. 8

de la science et nous pouvons constater, d'après les méthodes scientifiques, ce que Dieu est et ce qu'il n'est pas. Nous proposons des solutions positives qui peuvent être étudiées et discutées impartialement sifie ira ac studio. Nous pouvons arriver à des résultats fondés sur des recherches scientifiques, résultats qui sont au-dessus de toutes les vulgaires influences des opinions particulières et des autorités personnelles. Les opinions particulières, les pensées suggestives, les sermons pleins de sentiment, quelque ingénieux et beaux qu'ils puissent être, ne sont, après tout, que des mots vides de sens et de vaines répétitions.

C'est ainsi que nous nous débarrassons des controverses inutiles avec les athées aussi bien qu'avec les dogmatistes; ces derniers déclarant a priori que, par un acte de révélation spéciale, ils sont en possession de la seule idée vraie de Dieu; et les premiers affirmant qu'il n'y a pas de Dieu, parce qu'ils ne peuvent pas croire au Dieu des dogmatistes.

N'y a-t-il aucun moyen, demandons-nous, de constater la nature de Dieu, de telle sorte que tous les hommes d'opinions différentes puissent être amenés à reconnaître un seul et même Dieu ; de telle sorte que ce seul Dieu soit le seul vrai Dieu, à côté duquel tous les autres dieux ne sont que de simples idoles? Notre réponse est affirmative. L'expérience nous enseigne et la nature nous prescrit un seul moyen d'action parfaitement défini. Le monde des faits, dans lequel nous vivons, n'est pas un chaos d'événements dus au hasard ; il révèle dans tous ses détails, aussi bien que dans son évolution cosmique, le

e ordre; et, il y a une harmonieuse unité de

■dans tout son ensemble. Je ne peux pas du

f agir à ma fantaisie et je suis forcé de

Bep mes actions d'après les faits de la nature

lèa tails révèlent une consistance irréfragable.

I l'homme connaît intimement la nature et

[ il s'adapte aux lois naturelles, plus large

.1 son champ d'action. Ceci est vrai, non seu-

Bent des lois physiques, mais aussi, à un plus

\ degré, des lois sociologiques et morales.

B sommes obligés de renoncer à tous les pen-

îots de notre nature qui cherchent leur propre

sfaction, et de devenir ce que les dures leçons

' l'expérienee demandent de nous . Aucun

iéiame ne peut réfuter cette grande réalité qui

■dresse au dedans de nous, partout où nous

os: le devoir. Les tendances à l'égoïsme qui

t en nous ont une existence fictive, elles ne

L que sansara et illusion. Celte illusion nous

âuit à la perdition, parce qu'elle nous leurre

Khusses promesses de plaisirs vides, loin de

^que et du Grand Tout. Le devoir, cepen-

H, ainsi que les faits austères de l'expérience

*'B l'enseignent, nous conduit â la vie, car

l dans ces faits seuls qu'il y a une réalité et.

'î employer le terme religieux, c'est en eux

,i qu'est Dieu,

Kolre conception de Dieu sera flétrie, par Us 'iropothéistes, du nom d'athéisme; ils peuvent »re si cela leur plall ! Si l'on doit entendre ^ théisme la croyance en un Dieu personnel, ïp confessons franchement que l'on doit nous Bpter parmi les athées. Mais, tout en étant dis- ^s à être classés comme athées, nous sommes KJrdinairemeal frappés de la remarquable

harmonie qu'il y a entre noire philosophie positiviste et 1 ancienne conception religieuse telle qu'elle a été exposée, par exemple, par Johannes Tauler. Il y a une différence de terminologie dans l'emploi du mot nature. Tandis que dans notre nomenclature, la nature est identique à la réalité, de telle sorte que les lois de la nature font partie de Tessence divine, Tauler, suivant l'ancienne terminologie ecclésiastique, comprend par nature ce que les Bouddhistes appellent sansara. Notre être est vraiment Dieu incarné et Dieu est ce Tout en Un dont nous faisons partie et avec qui nous devons rester en harmonie. Maintenant, lorsque nous nous concevons nous-mêmes comme étant une existence indépendante, lorsque nous ne reconnaissons plus aucune autorité que celle de notre propre penchant pour le bien et le mal, lorsque nous nous détachons ainsi de la racine qui nous adonné naissance, toutes nos aspirations sont tournées vers un mirage séduisant, mais irréel. C'est l'existence factice de la sansara, c'est l'illusion de l'égotisme avec toutes les vanités qui l'accompagnent ; c'est la nature dans le sens que lui donne Tauler.

La citation de quelques lignes suffira pour établir clairement dans quelle mesure nous nous trouvons d'accord avec ce moraliste religieux. Le chapitre « contenant toutes les doctrines de Tauler en trois points » discute la question de savoir « comment nous pouvons sortir de nous mêmes et pénétrer Dieu* ».

(1) Chapitre xwi dans l'édition latine de Sarius ; chapitre XXV dans l'édition allemande et chapitre xxix dans la traduction moderne de Cassender.

f Dans cet élal [c'est-à-dire cherchant Dieu,

nant Dieu, se proposant Dieu), la nature doit

ir et sacrifier son plaisir, elle doit renoncer

lU^rement à se chercher elie-mènie... c'est le

9 réel de cette expression : mourir à soi-même.

test un véritable onlwerden, anéantissement, une

nihilation, un détachemenl. un renoncement.

|iên ne demeure que Dieu, rien n'est conservé

Ib lui, on ne peut plus s'appuyer que sur lui, si

pn que c'est dans l'homme que Dieu accomplit

K volonté, c'est Dieu seul qui veut, qui travaille,

Ëd illumine, qui se meut en l'homme, celui-ci

^tantrien par lui-même, ni volonté, ni travail,

[•lumière, je dirai plus, n'ayant d'autre e.\is-

[ftce que celle que Dieu a en lui. Ainsi tout est

I dehors de lui : ses idées, ses travaux, son but ;

jjat-à-dtre, qu'en toutes ces choses, il ne doit

mais se rechercher lui-même, ni dans le temps

|)âans l'éternité. »

Telle est l'essence des doctrines de Tauler qui

ïpour base le contraste entre vivre dans l'état

adam et suivre l'cjcemple du Christ ; et, ajoute

ffaducteur orthodoxe dans la préface de l'exera-

âire que j'ai sous les yeu\ : (( Quiconque n'a pas

''ïlement lu dans Tauler, mais a vraiment saisi,

►érimenté et vécu les deux noms et les deux

^sonnes d'Adam et du Christ, celui-là a saisi tout

■tiseignemenl renfermé dans les livres sacrés de

pncienne et de la nouvelle alliance '. »

■ffous n'avons pas besoin d'ajouter que nous

TÎployoDs le mol nature dans un sens bien dif-

'fent de Tauler. Le mot nature, tel que la

science nous a appris à l'employer, n*est pas rillusion subjective de notre moi cherchant son propre plaisir, mais Tobjectivité de l'existence et la révélation de Dieu. C'est pourquoi Dieu et la Nature (dans le sens que nous donnons à ce mot) sont inséparables.

Les croyants à T anthropothéisme prétendent qu'on doit supposer que les lois de nature ont été créées par un être suprême personnel, un Dieu tout-puissant. Ils montrent en cela combien ils se méprennent sur Tindépendance et Tinhérente nécessité des lois naturelles et positives. Ils sont comme des enfants qui regardent leur professeur comme l'auteur de la table de multiplication. Ils pensent que quelqu'un a dû arranger et fixer ces tables pour qu'elles puissent présenter tant d'harmonie, d'ordre et de proportion. Les anthropothéistes rapetissent Dieu, en croyant qu'il y a un autre Dieu au-dessus du Dieu de l'Univers et qu'il a créé la divinité du Cosmos. Mais la divinité du Cosmos, son ordre et son harmonie est un Dieu si divin qu'il ne peut avoir été créé ou produit.

Nous n'avons pas besoin de l'hypothèse de l'anthropothéisme ; nous n'avons pas besoin de supposer un arithméticien surnaturel qui aurait arrangé des lois absolues et aurait commandé aux atomes d'y obéir. Car nous savons que Dieu est inséparable de chaque parcelle de vie. Il nest pas chaque parcelle même, mais il est en elle, il n'est pas la somme totale de l'existence, mais il est en elle, il n'est pas notre âme, mais il est en elle. Nous ne prêchons pas le Panthéisme, mais l'Enthéisme. Les lois absolues sont nécessaires en elles-mêmes, elles ne pourraient pas être

riIOilLËllE DU TllÉlSME

fres qu'elles ne sont. Leur harmonie est intrin- ■" 3 et iramaneale. L'ordre qu'elles produisent jrellement ne peut pas leur avoir été imposé k l'oukase d'un maître personnel , si grand fût-il. fc ïie peut sortir de là; c'est pourquoi l'idée Jh Dieu personnel, d'un auteur supra-terrestre RBieu immanent, est insoutenable, ^n'est-ce qu'une personne, sinon une indivi- |lilé humaine? Et qu'est-ce qu'un individu, une chose qui, brisée ou divisée, cesse 3 ce qu'elle était. Un morceau de cristal de î est un individu, dans le sens propre du %i si vous riJ^crase/,, il cesse d'être un crislal. " t réduit en grains de sable. Une plante peut i un individu, mais elle ne l'est pas néceasaîtent; il y a des plantes que vous pouvez cou- P en deux et chaque partie présente tous les |U caractérîstiqaes de celte plante. Quelques fales sont des individus et. si elles sont divisées, , l reformeront des individus ; chaque partie Hinucra à croître et à se perfectionner. La plu- " ■'"■i animaux sont des individus ; mais il y elques-uns qui ne le sont pas ; quelques- Iqiii peuvent être divisés et continuer à vivre. i amibes, h proprement parler, ne sont pas |rinâividus ; ce sont des morceaux de matière jDtc, de simples spécimens de la vie animale, 'i être humain est le type le plus élevé d'un Êvidu; c'est un individu qui, dans son activité, tépend pas seulement de simples mouvements 1X63, mais peut régler ses actions, grâce aux IJiJriences antérieures et en considération des ijlals probables. Ainsi un être humain est un &idu qui n'est pas obligé de suivre l'impul- I du moment et qui ne devrait pas le faire,

liO LE PROBLÈME DE LA CONSCIENCE DU MOI

mais qui peut librement regarder autour de lui, dans le passé aussi bien que dans l'avenir. Nous pouvons, en conséquence, le rendre responsable de ses actions, nous pouvons nous attendre à ce qu'il emploie les avantages dont il jouit. En résumé, un être humain est un individu doué de liberté d'action et de responsabilité morale.

Chaque individu, et plus encore, chaque être humain possède une idiosyncrasie spéciale; un individu est une forme particulière et limitée dans l'espace et le temps.

Chaque individu a son histoire et son développement personnels, et la nature de l'âme individuelle est celle d'un système organisé de symboles sentants, représentant les objets et les relations du monde où elle vit. En ce sens, nous l'appelons un micro-organisme. Le microcosme de l'existence individuelle, il est vrai, représente l'ordre d'un macrocosme sur une moindre échelle. Et il n'aurait pas pu en être autrement, car chaque individu est sorti de Tunivers cosmique. Comment peut-il être autrement que créé à l'image du cosmos universel? L'homme étant un microcosme a le droit de former son idée de Dieu à sa propre image, car l'âme humaine ne peut être qu'une partie, une image, une révélation de Tâme qui pénètre le Grand Tout. Cependant, en façonnant notre idée de Dieu d'après le modèle de notre propre âme, nous devons avoir soin de ne pas choisir les traits caractéristiques qui sont individuels et proviennent des limites mêmes de notre existence. Nous devons choisir ceux qui ne sont pas limités, ceux qui montrent l'universalité de Dieu ; nous devons choisir non ce qui est proprement humain, mais ce qui est divin; non ce qui

est passager, mais ce qiii est éternel; non ce qui est flottant et instable, mais ce qui est permanent, éternel. Ainsi que la fleur, chaque feuille est une révélation de Tarbre tout entier; mais la fleur en est une révélation plus parfaite. La fleur dit-elle : a Je suis faite à Timage de Tarbre, c'est pourquoi Farbre n'est qu'une gigantesque fleur ; il est tout semblable à moi et non semblable aux feuilles »? Gardons-nous d'une pareille étroitesse.

Dieu, tel que nous le concevons, n*est pas moins, il est plus qu'une personne. La fragilité de la personnalité humaine ne s'applique pas à lui; il n a ni limites, ni individualité, ni idiosyncrasie distincte.

Il n est pas (conformément à notre conception de la personnalité) une forme et une combinaison spéciales, cependant il est la loi universelle, inflexible, immuable, éternelle. Vous pouvez vous adapter à lui, mais vous ne pouvez jamais l'adapter à vous. L'habitude païenne d'essayer d'adapter Dieu à nous-mêmes n'a pas encore disparu du christianisme.

Certes, l'univers n'est pas une simple force, mais une force gouvernée par une loi. Je vois que les naturalistes et, en particulier, le professeur Huxley, appliquent le mot « aveugles » à la Loi et a la Force, Les lois naturelles sont appelées aveugles, je suppose, parce qu'elles n'admettent aucune exception quelconque, parce qu'elles ne s'adaptent pas elles-mêmes aux circonstances, comme peuvent le faire les personnes. Mais l'expression : les forces aveugles de la nature^ n'estelle pas une contradiction, ou, du moins, une image inexacte ? Si les lois naturelles ne s'adaptent pas à nous, nous devons, du moins,

nous adapter à elles. Mais, y a-t-il aucune raison de les appeler aveugles ? Non certes, car .

elles nous permettent de ne pas marcher à tâtons comme des aveugles ; étant irréfragables, elles jettent une lumière sur les phénomènes naturels, elles deviennent ainsi nos guides et nous enseignent comment nous pouvons nous adapter à la nature.

Nous sommes heureux de penser que Dieu n'est pas une personne, mais quelque chose de plus grand qu'une personne, que Dieu n'est pas un être qui puisse s'adapter aux circonstances, mais une autorité irréfragable ; qu'il est ce trait caractéristique de la nature que la nature formule en lois ; qu'il n'est pas une déification de l'égotisme, mais le pouvoir tout-puissant de la Vie Universelle. Cette idée est la conception républicaine de la théologie, celle qui peut concevoir Tordre et la légalité sans un prince et la religion sans le fétiche de l'anthropomorphisme.

Nous n'avons aucune objection à nous représenter la loi morale de l'univers, à laquelle nous avons à nous conformer, sous l'allégorie d'une personne. Nous pouvons la comparer à un père et l'appeler avec Christ « Notre Père », exactement comme nous aimons à parler de la Mère Nature. Mais nous désirons que Ton comprenne que cette expression n'est qu'une comparaison, une comparaison qui, si on la continuait, pourrait entraîner à de graves erreurs.

Notre point de vue est résolument théiste, mais non anthropothéiste. 11 est monothéiste dans ce sens qu'il reconnaît que l'existence universelle dans laquelle nous vivons, nous agissons, el nous existons est le h x^A T^àv, Tunité universelle.

D'un côté, les lois de la nature ne sont pas des

; desseins arrangés dans des intentions conscientes

• et préconçues ; mais, de Tautre, l'ordre du

inonde possède des traits bien définis et le cours

de révolution se fait dans une direction sur

laquelle on ne peut se tromper. Les moralistes

religieux de Thumanité ont, avec un véritable

instinct prophétique, proclamé les principes que,

des milliers d'années après eux , la science a

reconnus comme étant fondés sur la nature même

■ de l'existence.

Dieu, c'est-à-dire ce quelque chose des forces irrésistibles du monde qui commande l'obéissance, ne pense pas en symboles comme le fait rhomme ; il n'est pas une intelligence , mais il existe néanmoins. Ce qu'il est, nous l'apprenons par la révélation de sa présence dans la nature, dans Tordre cosmique, ainsi que dans l'idéal moral de l'humanité.

Lorsque nous disons que Dieu n'est pas une intelligence, nous ne voulons pas dire qu'il est moins que cela ; au contraire. Dieu est plus qu'une intelligence ; il n'est pas un système de symboles sentants, il est la réalité symbolisée dans les représentations d'une intelligence; il n'est pas une personne, il est supra-personnel.

L'idée enthéistique de Dieu est un progrès sur la conception de l'anthropothéisme, dans ce sens, qu'elle écarte ce qu'il y a de contradictoire dans ridée de Dieu. Elle écarte les absurdités qui proviennent de ce que l'on conçoit l'allégorie comme étant littéralement vraie. L'enthéisme ne rejette pas précisément le symbole, mais il reste conscient de sa nature symbolique et en purifie ainsi Tidée.

U* LL l'imiiLÈMn UK LA CONSCIENCE DU MOT

('.l'iui qui ne voit pa< que le Dieu de renthéisrae t'<t {ilu< çranil que celui de ranthropomorphisme tVra mieux de croire au Dieu personnel de Tanthroponiurphisme jusqu'à ce qu'il apprécie cette vérité que Dieu n'est pas personnel, mais suprap»'rsuiinei: car. après tout, ranthropothéisme est plus près de la vérité que fathéisme. L'athéisme l3icn compris l'athéisme, tel que nous l'avons défini plus haut, est un nihilisme moral miaginé puur secuuer toute obligation morale, aussi bien •pie pour l'aire du désir du moment et du plaisir de lindividu la loi suprême de l'action.

L'cnlhéisme prouve que Dieu ne doit pas être conçu à Timaize de l'homme, mais tout à l'opposé ; Icspiit lie riiomme étant un svslème de svmboles sentants, représentant le monde, 1 homme doit être consiiléré comme ayant été fait, ou tout au moins développé, à l'image de Dieu. Dieu est Toriiiinal. riiumme est la copie: Dieu est le tout, riiommo la partie dans laquelle le tout trouve une représentation plus ou moins exacte. L'image n'est pas parfaite , mais le suprême devoir de riiomnie est de se rapprocher constamment de la perfection : l'homme est temporel. Dieu est éternel : l'homme est limité. Dieu est infini.

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