MÉTHODES ANTITUBERCULEUSES DITES SPÉCIFIQUES
Le traitement spécifique antituberculeux devait être d’autant plus largement tenté que la méningite par son incurabilité, pouvait être une démonstration d'efficacité fort précieuse de la méthode. Aussi les essais dans cette voie ont-ils été multiples.
Castaigne et Gouraud auraient obtenu une guérison par les corps immunisants de Spengler, lesquels, on le sait, sont très voisins de la tuberculine, par les réactions qu’ils provoquent.
Peola préconise le sérum de Maragliano, mais son cas guéri n’avait pas présenté de bacilles de Koch à l'analyse. Le même doute plane sur le cas de guérison par le vaccin de Friedmann rapporté par Oppenheim.
Le seul traitement spécifique qui vaille d’être retenu est celui par la tuberculine ; peu pratiqué en France, il a, par contre, donné lieu à des essais nom-
breux et intéressants à l’étranger. En 1912, Brooks
Ad de observe une guérison à la suite d’une cure de tuberculine, Tyrll et Gibson publient la même année deux cas favorables par la même méthode. Bacigalupo, en 1915, reprenant l’idée de Stock, utilise la tuberculine par la voie intra-rachidienne et obtient 2 guérisons sur 3 cas traités ;: mais, en 1917, Neumann n’obtient que 2 améliorations passagères sur 8 cas.
En 1926, Neidhart soigne un enfant de 12 ans par des ponctions lombaires au nombre de 10 et 3 injections rachidiennes de 0 mgr. 5 de tuberculine, diluée dans 20 centimètres cubes de sérum physiologique, et il a le bonheur d’assister à sa guérison.
La même année, Wiese pratique une injection intrarachidienne d’un milligramme de tuberculine chez une fillette de 10 ans chez qui tous les signes méningés disparaissent en vingt-quatre heures.
En 1930, Selter guérit un enfant de 20 mois après 6 injections lombaires de tuberculine.
En résumé, la tuberculine, elle aussi, malgré les nombreux cas où elle a été employée, n’a donné qu’une infime proportion de succès.
L’allergine a donné quelques résultats satisfaisants. En 1927, le D' A. Jousset injecte de l’allergine sous la peau d’une malade présentant un syndrome méningé dont la nature est précisée par une série d’analyse du liquide céphalo-rachidien y démontrant la présence de bacille de Koch. Cette malade guérit. En 1928, nouvelle guérison, par l’allergine, d’une jeune fille porteuse d’une méningite de forme classique chez qui la présence de bacilles est prouvée à diverses re-
prises par l’examen bacilloscopique et par l’inoculation au cobaye. La guérison intégrale persistait quatre ans après le traitement. En 1929, le D' Jousset enregistre une nouvelle guérison dans sa clientèle. En trois ans de temps, le D' et M"° Jousset ont obtenu, par leur méthode, 15 guérisons sur 225 cas de méningites tuberculeuses contrôlées par la bacilloscopie du liquide céphalo-rachidien, soit un pourcentage de 7 % de guérisons. Il semble donc que la méningite tuberculeuse soit curable et que l’allergine soit susceptible d’en améliorer le pronostic.
Il ressort de cette vue d’ensemble des moyens thérapeutiques mis en jeu pour obtenir la guérison de la méningite tuberculeuse que les méthodes préconisées ont un caractère commun, c’est de n’avoir donné que des insuccès dans les mains des nombreux auteurs qui les ont répétées. Lesage dit tout avoir tenté et n’avoir obtenu que des échecs. En fait, un seul agent est capable aujourd’hui de triompher de la méningite tuberculeuse, c’est l’organisme même du. malade.
Conclusions de la thèse.
1° La notion de l’incurabilité de la méningite tuberculeuse a été universellement admise naguère comme un dogme. Actuellement, il semble que l’on doive admettre qu’elle est susceptible de guérison
dans certains Cas particuliers.
2° Différents auteurs ont cité la guérison de cas de méningites dont la nature tuberculeuse était scientifiquement et doublement contrôlée par la présence du bacille de Koch dans le liquide céphalorachidien et les résultats positifs de l’inoculation au cobaye ou
encore par la culture sur le milieu de Lœwenstein.
3° Il est à peu près impossible, cliniquement, de prévoir cette guérison. Lorsque la nature tuberculeuse d’une méningite est bien démontrée par la présence du bacille de Koch dans le liquide céphalo-rachidien le pronostic doit être considéré comme désespéré. Et même devant la disparition à peu près complète des signes cliniques, il ne faut pas se hâter de conclure à la guérison ; il peut s’agir d’une rémission tempo-
raire avec reprise fatale des signes méningés, car nous avons vu que la guérison clinique précède la guérison anatomique.
4 Sans nier l'influence du terrain, il apparaît comme net que les modifications de virulence du bacille de Koch sont le facteur prépondérant de la guérison. Notamment, dans ce que Barbier et Gougelet ont appelé « Episodes méningés curables », l’atténuation de la virulence du bacille de Koch a pu être mise en évidence par l’apparition, chez le cobaye inoculé, d’une tuberculose atypique ou par l’obtention sur milieu de Lœwenstein d’une micro-culture non repiquable et non réinoculable.
5° La guérison spontanée de la méningite tuberculeuse doit nous stimuler à poursuivre sa thérapeutique curative qui jusqu'ici n’a donné que des échecs. Il semble qu’un traitement, pour avoir des chances de réussir, doive être institué très tôt, d’où l’impor-
tance d’un diagnostic précoce.
Vu : le Président de la thèse, M. LOEPER.
Vu: le Doyen, M. TIFFENEAU.
Vu et permis d'imprimer :
le Recteur de l’Académie de Paris,