F. — MESURES ACCESSOIRES
Toutes les faveurs dont l'Étal dispose devraient être de préférence réservées aux familles nombreuses. — En toute occasion, la loi, l’administration, les particuliers doivent témoigner du profond respect dû aux familles nombreuses.
l.E PROBLÈME DE LA DÉPOPULATION. 07
Ce serait le moyen de le faire entrer dans les mœurs.
L’État devrait donner l’exemple, car il est le principal intéressé. Cependant, il est remarquable qu’il est distancé, sous ce rapport, par un certain nombre de particuliers. Nous citerons quelques exemples des témoignages de respect et de protection qui devraient être accordés aux familles fécondes.
Il faudrait proclamer comme règle générale que les bourses, les secours de toute sorte, les bureaux de tabac devraient être réservés, sauf exception, aux familles nombreuses, ou du moins le nombre des enfants devrait être un titre très important pour les obtenir. Actuellement, il s’en faut de beaucoup qu’il en soit ainsi ; le nombre des enfants n’est considéré (et encore pas toujours) que comme un indice de misère; mais il n’est pas apprécié comme constituant un honneur et un titre à la protection de l’État pour la famille qui les élève. Il y a pis ; il est admis dans un grand nombre d’établissements de l’État qu’on ne donne pas deux bourses à la même famille : ainsi une famille qui a un enfant unique peut faire supporter par l’État sa charge tout entière, tandis qu’une famille qui élève cinq enfants ne peut espérer être déchargée que du cinquième de ce fardeau, quels que soient d’ailleurs les litres qu’elle peut avoir aux faveurs de l’État.
Les notes signalétiques des employés de plusieurs grandes administrations publiques indiquent le nombre de leurs enfants. Cette mesure devrait être généralisée.
Il n’est pas logique que les indemnités de logement, de résidence et de déplacement soient les mêmes pour les fonctionnaires célibataires ou sans enfants, et pour ceux qui ont la charge d’une nombreuse famille. C’est pourtant ce qui existe à présent; les indemnités de résidence notamment sont très élevées pour certaines catégories de fonctionnaires. On devrait les répartir d’une façon plus équitable. Il n’en résulterait aucune charge pour le Trésor; peut-être même y trouverait-il un avantage.
L’industrie privée — quoique la question n’ait pas pour elle l’intérêt majeur qu’elle devrait avoir pour l’État — lui a donné l’exemple. Les Compagnies de chemins de fer distribuent dans les années de cherté des secours à leurs employés, et ces secours sont proportionnels aux charges de famille.
Mais l’État peut favoriser les familles nombreuses plus directement, et, ici encore, l’exemple lui est donné par les compagnies privées. La compagnie des chemins de fer du Nord majore les appointements de ses employés de 24 francs par enfant vivant lorsqu’il y en a plus de deux. L’État, dont le premier devoir est de
veiller au salut de la nation, devrait imiter cet exemple*.
A mérite égal, un fonctionnaire élevant une nombreuse famille devrait être préféré à un collègue célibataire, ou chef d’une famille restreinte. Il pourrait en être ainsi, notamment, pour les fonctions humbles qui ne nécessitent aucune capacité spéciale. L’exemple de cette règle de conduite a été donné dans ces dernières années par la préfecture de la Seine.
Différentes administrations publiques qui emploient des femmes (le ministère de l’Instruction publique par exemple) suppriment leur maigre traitement pendant le congé qui leur est nécessaire lorsqu’elles deviennent mères. Cette règle injuste et que l’on estimera sans doute immorale, devrait être supprimée sans retard. Ici encore l’exemple à suivre est donné par quelques industries parisiennes et notamment par l’admirable Mutualité maternelle des industries de l’aiguille à Paris.
Il est manifeste que ces réformes de détail ne peuvent avoir qu’un effet direct assez limité, mais nous comptons sur leur effet moral et sur
1. L’Elat vient d’cnlrer dons celle voie. M. Calasse, directeur des Conlribulions indirectes, élève de (iO francs par enfanl (au-dessus de trois) les ai)poinlements de ses employés inférieurs; il leur assure un avancement, à mérite égal, plus rapide, etc. h'ALliancG nalinnalc n’est peut-être pas étrangère à celle décision qui fuit tant honneur à M. Catusse.
l’orientation qu’elles pourraient donner à l’o’pinion publique si justement alarmée de la diminution de la France U
Des mesures à prendre contre les excitations à la débauche. — La débauche a pour effet de détourner du mariage et de la vie conjugale. Elle est donc essentiellement nuisible au développement de la population. Un gouvernement sérieux n’a donc pas le droit de dire que la surveillance de la débauche ne le regarde pas, ce serait déclarer que l’avenir du pays ne l’intéresse pas.
Nous ne pouvons donc que déplorer cette excitation publique, permanente, à la débauche qui s’étale impunément sous prétexte de liberté, dans les villes et même dans les villages. Si la liberté des pornographes est complète, celle des gens honorables que la vue de ces obscénités dégoûte, est singulièrement méconnue. Que dire de ces ouvrages immondes qui conseillent et décrivent, avec gravures h l’appui, les fraudes conjugales! Que dire de l’ignoble commerce d’objets divers qui ne craint pas de s’afficher publiquement! Ces turpitudes devraient cire impossibles, ne serait-ce que par
I. JJ Alliance nnlionale pour iaccvoiss^emcnl de la populalinn française s’ofTorcc de prèclicr d’oxcinplc. Elle n’n pas le moyen de secourir dircclemcnl les familles nombreuses dans la détresse qui demandent sa protection. Après enquête sur ces familles, elle téclie pourtant do leur venir en aide. Elle a souvent été assez heureuse pour y réussir.
décence publique. Elles ont peut-être des conséquences plus graves qu’on ne croirait au premier abord.
Le programme de {'Alliance nationale pour l'accroissément de la population française tel que nous venons de l’esquisser, n’est pas limitatif. Nous examinons tous les projets qu’on nous présente, avec la plus grande attention, et nous sommes tout disposés à accueillir, au moins pour l’avenir, ceux qui nous paraîtront avoir quelque chance de succès.