‹ Le problème de la dépopulationChapitre 15 sur 16 · M. Slnnlcy · texte numérisé non relu

M. Slnnlcy

leurs colonies; voilà, d’après lui, le remède à la dépopulation !

Un libre-échangisle de la plus vieille école, déclare que le libre-échange peut seul régénérer notre population. Il est vrai qu’un protectionniste non moins convaincu prétend que si la France se dépeuple c’est que son industrie et son agriculture ne sont pas assez protégées.

Tous ces conseils contradictoires sont, comme ceux de M. Josse, un peu trop intéressés pour qu’il soit utile d’y répondre.

Voici qui est, en apparence du moins, un peu plus sérieux : on nous reproche de recourir à l'État, crime affreux aux yeux d’un économiste classique L « Il faut réformer les mœurs! » s’écrie-t-on d’une voix convaincue, et non pas vous adresser à l’État.

Et quel moyen nous propose-t-on pour « réformer les mœurs »? Absolument aucun! Cette belle parole n’est pas autre chose qu’une fin de non-recevoir.

Pour réformer les mœurs, nous demandons

1. L’Elat ne peut, dil-on, que gâlcr ce qu’il louche. Ce n’est pas ainsi qu’on raisonne dans les autres sciences ; ta foudre est un fléau, dit le physicien, donc c’est une force; donc, bien dirigée, elle peut devenir un bienfait. L’opium est un poison, dit le médecin, donc il agit sur l’organisme et peut devenir un remède, etc. Mais il est enlendu que l’action de l’Etat ne peut être que funeste cl jamais bienfaisante, autrement dit, qu’il est scientifiquement impossible cpie l'Étal ne soit pas dirigé par des imbéciles!

avant tout l’égalité des charges et l’extension de la liberté de tester. A qui demanderionsnous ces réformes, sinon au législateur?

N’est-ce pas à l’État que s’adressent les libreéchangistes les plus intransigeants pour réclamer la <t liberté des échanges »? Vont-ils pour cela se laisser traiter d’ « étatistes »? Alors de quel droit nous adressent-ils cette épithète, qui est, à leurs yeux, la plus injurieuse de toutes?

Nous ne sommes donc pas plus « étatistes » que les économistes les plus orthodoxes.

On nous a attribué aussi l’intention de vouloir « forcer » les gens à avoir des enfants, de « punir » ceux qui n’en ont pas, et « d’attenter à la liberté du célibat ». 11 est inutile de protester contre ces imputations. Ceux qui les ont formulées ne nous ont certainement pas lus. Qu’ils veuillent donc prendre cette peine avant de parler de nous.

Enfin quelques graves personnages (qui se complaisent d’ailleurs dans l’inaction) ont décidé que notre succès est i)roblémalique. Ils n’en savent rien.

11 est ridicule de parler ici des Romains, car nous ne savons rien sur leur situation démographique avant ni après les lois P. Poppœa et Julia, dont Montesquieu fait un si bel éloge. Puisque l’empire romain a duré cinq cents ans

après des mesures prises par Auguste contre la dépopulation, et n’a péri qu’après leur abrogation par Constantin, il semble que ces mesures aient réussi ; mais il serait aussi hardi de l’affirmer qu’il l’est de le nier.

D’ailleurs la question n’est pas de calculer nos chances de succès. Elle est plus grave.

La disparition, ou du moins famoindrissement de notre patrie est assuré si nous ne tentons rien pour la relever. Dès lors, le devoir est tracé; se résigner à ce malheur sous prétexte qu’il est fatal, ce serait une sottise et une lâcheté. Nous faisons donc un pressant appel à tous ceux qui comprennent la grandeur du danger, quelles que soient d’ailleurs leurs opinions politiques, religieuses ou autres; ils viendront à nous, persuadés, comme nous, que notre noble nation ne se laissera pas périr faute d’équité, faute de moralité.

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