LA MONNAIE ACTUELLE DE LA FRANCE
Dans toutes les études qui ont précédé celle-ci, et où il n'a été question que de la dépréciation de la monnaie en général, la monnaie considérée était une monnaie de métal ; on a supposé que toutes les pièces d'or d'un Etat, étant passées dans les hôtels des monnaies, en étaient ressorties diminuées de leur valeur réelle, par retenue d'une certaine quantité de matière précieuse, laquelle retenue avait permis de frapper d'autres pièces du même titre que les nouvelles.
Dans une telle conjoncture, il est clair qu'il est aisé de mesurer la dépréciation d'une monnaie. Mais puisque notre monnaie est maintenant du papier et non de l'or, on va voir (pie la mesure de l'affaiblissement est beaucoup moins simple. On aura bien évidemment le sentiment très net que ce papier est une monnaie de qualité inférieure, une monnaie singulièrement démunie de valeur, mais il ne sera pas si aisé de mesurer la dépréciation que dans le cas de l'or, m'i la balance, ou l'acide, pouvaient donner exactement la valeur de la nouvelle pièce comparée à l'ancienne.
Nous entrons ici dans le royaume du Crédit ; ce qui va donner à notre* monnaie sa valeur, ce n'est
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plus tant sa qualité de bonté en toi, que l'idée ou h tenti mi ut que nous avons de cetti bonté. U j >\ lieu de voii de plus près quelles réflexions <>n peul êtn mu ii»'' à Faire, quand oo en vienne parler d'une monna fiduciaire, el fiduciaire au point où est la nôtre.
Entrer dans le royaume «lu Crédit, c'esl un peu voyager au pays de fantaisie. Ce ne sonl que ch&tea de lumière, forêts de parfums, nourritures Bublin il faut prendre garde à tout - soi tes de sortili ges 1 1 de mirages, cl redouter les jongleries pe mois. La réalité est plus drue et plus simple ; il faul de temps en temps v revenir et reprendre pied sur le fond solide du bon -eus. Nous allons j tâcher.
D'abord, il faut se bien souvenir qu'un papiei n'esl jamais, ne peul jamais être, n'a jamais été, ne sera jamais une chose, mais seulement une espérance, (ne pièce d'or, un lingot sont des choses mesurabl pesables, estimables. Un papier n'a de valeur que d'après ce qui est écrit dessus, el ce qui est écrit d< sus est plus ou moins digne de créance. En toul cas, ce papier n'est qu'une promesse, une espérance. Pour en revenir au billet de banque, ce billet de banque n'est qu'une promesse de payer de l'or, et de l'or à vue. Depuis la guerre, le billet est inconvertible err or. La promesse de payer de l'or subsiste. Mais l'exécution de cet le promesse est différée-, et on ne sait plus à quand. Toifle personne qui reçoit un billet de banque reçoit une promesse de toucher, un jour ou l'autre, de l'or. Ou du moins elle le croit. Actuellement, celui qui reçoit un billet de banque n'espère même plus toucher de l'or ; il espère seulement pouvoir acquérir des marchandises. Je dis qu'il l'espère ; il en est même sur. Il en est sûr parce qu'il a* confiance, parce qu'il voit que ce billet, est accepté par tout le
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monde. Mais encore une fois, le détenteur clu billet n'a entre les mains qu'une espérance, et non une chose. Il va de soi que cette espérance peut être très fondée, ou plutôt très Porte ; mais prenons toujours garde que nous sommes dans le royaume du Crédit.
Lorsqu'on prend une action d'une Société quelconque, on a confiance dans les gérants, on imagine que l'affaire marchera ; »>n espère «l<4s bénéfices, on spécule sur l'avenir. Lorsqu'on prend une obligation, on prête à une Société, mais contre des sûretés : capital BOcial, immobilisations ; niais aussi on fait confiance aux gérants. Dans les deux cas, on a un papier, une espérance de toucher des dividendes, ou des plus-values, ou des intérêts.
Or, de quoi s'agit-il ici ? De monnaie. La monnaie doit être avant tout stahle de valeur; elle doit être prise les yeux fermés. On n'imagine pas, en principe1, une monnaie sous la forme d'une obligation, et encore moins d'une action, susceptible d'avoir chaque jour un cours différent. Et cependant, n'est-ce pas à cela que nous en sommes arrivés, puisque nous n'avons plus entre les mains que des promesses, et non des choses, puisque nous n'avons plus entre les mains que des espérances et non des réalités. Le risque de toute monnaie fiduciaire est qu'elle repose sur le crédit, et que le crédit, par définition, est aussi variable que la couleur du ciel.
Il est bien entendu néanmoins qu'il y a derrière la monnaie française actuelle autre chose que des promesses. Il y a la richesse présente, et la richesse future de la France; Mais la richesse présente est la seule qui doive être prise en considération, caries richesses futures ne peuvent faire que l'objet de promesses, el non de réalisations. Ces richesses futures peuvent être
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im Doufe] appui pour des emprunts, mai» non pas un appui réel pour La monnaie».
Derrière le billet de banque français, il • i Km encaisses or et papier de commerce de la banqua. Cela ce sont des richesses réelles, visibles, mesurabi ce sont des réalités. Si le billet c'était émifl qu'eu représentation de ces bien-, il serait une chose, et non plus une promesse ; ou plutôt une prom< très court ternie. Mais il a été émis, comme chacun sait, dans une proportion infiniment plus forte que celle de ces encaisses. Et alors le' Souverain a non seulement différé la promesse de payer de l'or, m encore il a fait de nouvelles promesses. Il est bien clair que chacun des billets émis représentait, au fur et à mesure des émissions, une partie de moins en moins grande des richesses présentes. Chaque billet nouveau est comme une goutte d'eau nouvelle ajoutée à du vin pur. Pour compenser cet affaiblissement, le crédit va jouer. Le peuple va faire ce raisonnement, ou plutôt il n'en fera aucun, mais s'il en faisait un, il dirait : u Les richesses présentes sont insuffisantes pour me payer, mais mon débiteur est si honnête et si riche, qu'avec le temps, il ne peut manquer de me payer. Faisons lui crédit : son papier est bon ; il est d'autant meilleur que si je ne veux point le prendre, j'irai en prison. D'ailleurs, voilà plus d'un siècle que ce débiteur a toujours fait honneur à sa signature. Pourquoi cela serait-il changé? »
Tout ce raisonnement est faux. Nous voici en pleine fantaisie. De quoi s'agit-il ? De monnaie. Il ne s'agit pas ici de crédit. Il ne s'agit pas ici d'un emprunt que l'Etat veut faire. Il ne s'agit pas d'émettre des obligations, des rentes. Il n'est question que de monnaie. Comment la monnaie s'accommodçrait-elle d'être une
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obligation. La monnaie, encore un coup, est le moyen d'échange, et le commun dénominateur de la valeur dos choses. Son premier caractère est la fixité, l'indis- OUtabilité. Mais elle est indiscutable ici, dira le légiste, puisque le papier de la banque est le seul qui ait cours, et que mon gracieux Souverain fera mettre on prison celui qui dira qu'il vont de l'or. Nous verrons ce que vaut cette indiscutabili té-là. Pour le moment, il nous suffira de bien marquer combien le caractère qu'a notre monnaie actuelle de no plus être qu'une promesse, ol non une chose, est directement opposé aux qualités qu'elle doit avoir, directement fait pour l'empêcher de jouer son rôle.
De tout ce qui vient d'être dit, il suit que :
Le papier-monnaie est de sa nature, lorsqu'il est émis en quantité* plus grande que les encaisses, une espérance, non une chose; sa valeur dépend de la coniiance, qui est variable.
Le papier-monnaie risque fort d'être une monnaie qui subit un affaiblissement double, un affaiblissement sur affaiblissement, en ce que :
i° Chaque billet ne représente plus qu'une partie des richesses présentes qu'il représentait avant :
2° Cette partie de richesses, on n'a que l'espérance de la toucher ;
3° Et enfin, la confiance pouvant varier de o à l'infini, il se peut qu'à un moment donné, la méfiance soit si forte qu'on aille trop loin dans la dépréciation, et'qu'on n'arrive même plus à accorder au billet la valeur affaiblie qu'il devait avoir, de même qu'une armée puissante, prise de panique, n'est plus qu'un troupeau.
Voyons maintenant ce qui est le foin! mémo de ce qui est discuté ici, à savoir que] d
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sèment, quelle es1 la dépréciation de U monnaie fran
<;;ii>r. Nous verrons pourquoi il fautnoni dire : quelle devrait être, et dou quelle est la dépréciation. <-ar, en ces matières, c'est la réalité qui compte, el non les désirs et les raisonnements.
Notre objet est ici de tâcher de savoii I i ombien an esprit raisonnable peut fixer la dépréciation : mais encore une fois, ce qu'il faut toujours consulter, en matières, c'^st l'opinion, même absurde, de tous les hommes; et connue on l'a dit, cette opinion peu! varier à l'inûni.
En France, avant la guerre, le numéraire, or el papier, qui suffisait à tous les besoins, et qui était en équilibre avec la masse des marchandises à échange] . était d'un montant de 7 milliards. Mais on considérait que l'on pouvait introduire dans la monnaie lo crédit et que, sans quelle fût dépréciée, on pouvait en émettre pour i3 milliards environ, ou i5. En faisant cela, on ne faisait qu'étendre légèrement dans le temps l'opération d'escompte de papier de commerce. On escomptait, — ce n'est qu'une figure. — chez les Français et les étrangers, du papier qui représentait. non des richesses toutes proches, mais des richesses peu éloignées, et d'un recouvrement certain.
Mais, pendant cette guerre, la circulation a été portée à plus de 3q milliards. Le chiffre par lui-même est impressionnant. Et revenons-en alors à ce qui a été dit relativement à la monnaie.
La valeur de la monnaie d'or est universel leme*nt connue. Elle l',a été dans tous les temps et dans tous les siècles : C'est.une erreur fondamentale que de vouloir que le système, même excellent, conçu par quelques esprits supérieurs, passe dans la pratique s'il se heurte à de longues et puissantes habitudes. Le
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législateur qui a en vue le bien des sujets, doit d'abord étudier longuement la nature de l'homme, se reporter aux auteurs anciens, et se bien garder de croire qu'il pourra faire œuvre sérieuse autrement qu'en satisfaisant les intérêts profonds et durables des hommes. Et lorsqu'il s'agit de monnaie, c'est-àdire d'une matière qui sert à mesurer les richesses des hommes, qui, d'après son abondance ou sa rareté entre certaines mains, détermine les classes d'une 'société, qui sert à acquérir les biens nécessaires à la subsistance, combien le Souverain ne doit-il pas être vigilant et prudent, et d'abord tenir compte du sentiment, de l'instinct, des lumières de tous les hommes.
S'il ne le fait pas, s'il ne prend pas en considération ce sentiment que les personnes les plus grossières se forment sur la monnaie, et même ce sentiment seraitil absurde, il ne réussira qu'à ruiner le pays. Il se peut rju'à notre époque une campagne de presse savamment conduite et tenacement soutenue arrive à faire croire aux citoyens que tel régime politique confine à la perfection, mais elle ne pourra faire entendre que l'on ne mange qu'une fois par jour, et que le cuivre est bien meilleur (pie l'or. Mlle ne pourra faire entendre qu'il y a autant de valeur présente dans un espoir que dans, une chose, et que deux ou dix « tu l'auras », soient meilleurs qu'un seul « tiens ».
Encore une fois, tout l'art des légistes et des législateurs, toute la puissance absolue d'un Prince sont sans force, lorsqu'ils heurtent l'intérêt immédiat des hommes, leur vie même, sur la conduite et la commodité de laquelle ils ont des lumières très éclatantes. D'autre part, le Prince ne peut changer de longues habitudes. «
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Cela est b! m.i'i que ce qui i justemenl permi
porter la circulation du papiet au point OÙ BOOf la voyons, sans que le peuple ait tout aussitôt pi c'est l'habitude de plus d'un liècle que les I
ont contractée, de pa\rT en un papier qui étail axcel lent. Depuis la Révolution, If billel de la Banque de hïance a joui d'un crédil immense et très mérité, aussi bien sur le marché intérieur que sur le marebé extérieur. Les hommes qui. par une longue accoutumance à faire les paiements en billets sans qu'il en résultat pour eux le moindre inconvénient, avaient amenas à ne pas même discuter un instant la valeur du billet, devaient mettre un très long temps à comprendre que le billet, au cours de la guerre, était aussi différent que possible de celui qu'ils recevaient avant. Mais d'autre part, il était normal aussi que ceux qui sont à la source de toute richesse, ceux qui sont en contact avec les valeurs réelles commençassent aussitôt à ne plus accorder au billet la même valeur qu'auparavant. Les uns, les commerçants, étant donné que le billet était plus abondant, le devaient payer moins cher. Les autres, les paysans, dont l'esprit est moins subtil, dit-on, que celui des gens des villes, ne pouvaient pas comprendre qu'il y eut autant de valeur dans un morceau de papier souvent sale, qui peut brûler, qui ne pèse rien, qui se déchire, que dans une pièce d'or qui sonne, qui reluit, qui ne brûle pas, et qui se conserve indéfiniment. On raconte que dans un village delà Sarthe, en 1920, un paysan avait caché dans le mur de sa maison quelques billets de mille francs ; mais vint un mulot, qui les grignota. Le paysan courut alors chez le notaire du bourg, et lui exposa que les mulots étaient détestables, mais qu'ils ne le seraient point du tout s'il avait eu de l'or au lieu
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de billets. Le village et le bourg apprirent la chose, et tout aussitôt les paysans achetèrent avec leurs billets des matières solides, que les mulots ne mangeraient pas. Certains prirent des Bons de la Défense, croyant que leur nom était inscrit sur un livre, et qu'alors, si les mulots mangeaient le Bon, on les paierait ; cependant ils ajoutaient mélancoliquement : « D'ailleurs, perdu pour perdu, j'aurai au moins des intérêts, pendant quelque temps. »
Mais, sans, tenir compte du sentiment de ces hommes qui ignorent les merveilleux secrets du papier-monnaie, voyons ce que vaut le billet de banque actuellement.
L'émission a été de 39 milliards. Ou admet qu'on pouvait émettre 10 milliards. A première vue donc, l'affaiblissement de la monnaie française serait des 2/3, c'est-à-dire qu'un billet de la valeur nominale de 100 francs ne vaudrait que 33 francs environ.
Absurde, diront les inflationnistes : car, derrière les 3g milliards de papier, il y a non seulement les encaisses or et papier de commerce de la Banque, mais encore toute la richesse de l'Etat. Car L'Etat a emprunté 26 milliards à la Banque, qui les lui a remis sous forme de billets qu'elle a fabriqués, et en échange desquels elle a reçu une admirable promesse d'être remboursée, un jour ou l'autre.
Comme nous l'avons bien vu, ce raisonnement est sans valeur. 11 serait très bon s'il s'agissait d'un emprunt. Mais il ne vaut rien dans le cas qui nous occupe, et où il n'est question que de monnaie. 11 faut donc en revenir à la vue simple exprimée plus haut, à savoir que ce sont les richesses présentes ou tout à fait proches qui doivent seules être prises en considération. Le système de Law était infiniment
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plus logique que («'lui du tempe présent, La* faisait du papier-monnaie, dont il entendait bien que n'était qu'une monnaie affaiblie. Mais ave* ce papîei monnaie-, on achetait desactions, qui, elles, pouvaient, comme toutes les actions, représente! sans illogisme des richesses futures. C'était l'action dans laquelle était enfermée la richesse future, mais non pas Is monnaie elle-même.
Ceci dit, il faut observer encore autre chose, qui va être très important. Admettons que le billet représente le tiers de sa valeur. Mais il ne fait que la repré senter; il n'en est que l'image; il n'en est que Is promesse. Et qui donc m'assure à moi, qui ai un billet entre les mains, que ce gage, qui est la richesse présente de la Banque, ne sera pas confisqué par l'État? L'État pourrait le confisquer de divers manières, dont la plus simple consisterait à émettre encore de nouveaux billets. S'il le faisait, mon billet à moi, qui représentait une partie déterminée du gage, n'en représentera plus qu'une partie moindre. S'il ne le fait pas, il y a toujours ce risque qu'il ne le fasse. Et si ce risque existe, si je ne suis pas moralement sûr que l'Etat ne le fera pas, vais-je encore prendre le billet pour sa valeur quasi réelle, qui est de 33 francs ? Eh ! non, supputant les risques de non-remboursement, je n'accepterai plus le billet qu'avec un peir de méfiance. En tout cas, cette possibilité que le billet puisse ne pas être remboursé du tout ou moins que je ne le crois, amènera tout naturellement les citoyens à spéculer sur lui. Le fait, en un mot, que le billet n'est qu'une espérance et non une chose, donne à ce billet le caractère d'une véritable action, d'un assignat, gagé non par une hypothèque précise, mais générale.
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Et la conséquence en sera que le billet variera de valeur et que, suivant le* espoirs qu'on se forme sur la dalc, sur l'importance du remboursement, il vaudra plus ou moins cher:
[ci, il faut s'arrêter et souiller. Où en sommes nous:' et où sommes nous? La monnaie a comme principal caractère d'avoir une valeur stable. On n'a choisi l'or, du consentement unanime des peuples, que parce que sa production était connue, et limitée, que, par conséquent, la quantité d'or ne s'accroissait que très lentement, et par conséquent sa valeur à peu près fixe. Et maintenant, nous avons entre les mains <ks morceaux de papier, qui peuvent d'un jour à 1 autre, sufvant l'humeur des hommes, d'abord, valoir tantôt ceci et tantôt cela^.puis, suivant les hesoins du gou vernement, irc plus valoir rien du tout. Nous sommes en pleine poésie, en pleine fiction. Qui écrira un livre sur 1rs fondements de la métaphysique de la monnaie ?
Mais, dira-t-on, les hommes ne l'ont pas tous ces raisonnements. Ils raisonnent plus simplement ; et comme vous avez dit que c'était leur sentiment qu'il fallait considérer, s'ils croient que cent francs, c'est cent francs, tout n'est-il pas pour le mieux dans le meilleur des mondes P Non, car les billets augmentent de quantité. Là où il v en avait 7 ou i3, il \ en a maintenant 3q. Comme toute marchandise trop abondante, ils vont tendre à se déprécier dans la proportion même où ils ont augmenté de quantité. Et leur masse ayant crû de ooo %, leur valeur tombera d'environ des a/3. C'est ce qu'on observe, en effet , les prix étant en général triples de ce qu'ils étaient avant la guerre. Et alors devant celte abondance de numéraire les hommes qui touchent aux affaires ne
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croiront plus du tout que cent frari
D'autres nommes donl c'esl précisémenl le meta'
spéculent el font alors beaucoup de raisonnements
pareils à celui qui \ienl d'être (tanné. L M él I ■ • - ri M peuvent s'empocher de discuter au moini II ch< Enfin, et c'est cela qui esl trèi grave, tant qpie U
confiance règne, tout est en elTet pour I»- mieux dam le plus mauvais des mondes. Mais, et spécialement en France, la confiance peut cesser brusquement, et alors, ce n'est même pas le raisonnement qui a tenu plus haut que les hommes feront. Ils iront beaucoup trop loin dans la méfiance, et il se passera d choses tout à fait ennuyeuses.
Il va des confiances mal placées. Le plus détestable abus est fait actuellement de sentiments magnifiques, et de mots qui ont un grand sens. On ne ci pas le moins du monde que l'Etat soit sacré en luimême. Et quand un gouvernement accumule fautes sur fautes, ce sont toujours les citoyens qui en payent les frais. Il est meilleur d'avertir avant que des malheurs irréparables soient arrivés que de laisser aller les choses jusqu'à un point où il n'y a plus de remèdes possibles.
Le billet de cent francs semble ainsi valoir actuellement 33 francs, mais en observant toutefois qu'il peut demain, sous le coup d'une panique, valoir beaucoup moins. Qu'il peut, en tout cas, varier sensiblement, surtout par l'effet de la spéculation, qui est. encore une fois, parfaitement logique et inévitable, puisque le billet est une espérance et non une chose.