LE CHARGE FRANÇAIS, V L'HEURE ACTUELLE
Vais devons d'abord supposer exact ce qui a été dit touchant la dépréciation en soi de la monnaie française ; c'est-à-dire qu'au regard de la valeur or, un dollar vaut 1 5 francs. Ceci, encore un coup, sous réserve de ce qui sera dit au sujet de la spéculation.
D'au Ire part, le change sera étudié ici par rapporta l'Amérique, parce que la monnaie américaine est la monnaie saine, la plus répandue, et (vil'* qui règle toutes les autres valeurs. Knsuile, parce que c'est à l'Amérique «pie nous avons le plus emprunté.
Nous allons voir que c'est la balance des dettes non commerciales qui crée le déficit non pas le plus considérable en ce moment, mais celui qui tend à le devenir.
D'après les derniers chiffres connus, el parmi ceuxci, il y a des éléments difficilement chiffrables. Voici, très approximativement, comment se décomposent les diverses balances :
1 6a 1 1 prôbi i mf di i » ■ n
$ i . BaU m e commet i ialc «i*' I aoi
Importations 35 milliards di rranca,
Exportations 2J » »
Perte i3 » »
$ 'à. Balance des antre» detfc
Déficits an teneurs de / u .,,. ,
. , . . ' 10 milliard» très appinxnnati-
balance -commerciale , ''
\ vcmenti.
et arrérages. .
Antres éléments (frets, / ... ,
. v 2 milliards,
voyages, etc.). . >
Total. . . 20 milliards, dus à l'étranger.
Créance sur l'étranger : i milliard.
Perte : 19 milliards.
La perte sur les deux balances est de 3 2 milliards,
Nons devons ainsi à l'étranger: 35 plus 02. qui font 67 milliards.
L'étranger nousdoit: 22 plus i,qui font 23 milliards.
Différence : 44 milliards.
Or, 44 est à 67 comme 66 est 100 : la perte est de 66 %. 100 francs n'achèteront plus que 34 % de 20 dollars, soit §= 7,80. Un dollar vaudra donc 12,82 environ .
Si le cours des changes actuels varie entre i4 et 16, il se peut que les chiffres qu'on a donnés ici soient faux. Il se peut aussi que la spéculation joue pour déprécier le change, comme nous le verrous. Ceci n'a aucune importance au. regard de ce que l'on veut montrer ici, qui est le jeu des divers éléments chiffrables qui composent le change.
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LE CHANGE
[Suite)
LES ! i i min rS PSYCHOLOCUQUES LA SPÉC! LATlOIf.
Etant admis que le change dépend des diverses balances, donj l'établissement doit être l'ait en fonction de la qualité do la monnaie; étant admis que cette monnaie n'est que du papier, muni dune promesse de remboursement au pair, émis en grande quantité, dont la valeur varie avec la confiance, étanl admis aussi que le nombre des éléments chiffrables dans le change, e! chiffrables exactement, est assez difficile à déterminer, et qu'on n'a plus devant soi que des papiers, donc des espérances et non des choses, voyons le rôle que l<^ éléments* psychologiques vont jouer : il est prépondérant.
On aura à déterminer les points suivants : Pourquoi agissent-il !J Quelle est leur importance, quels sont leurs effets? Quelle est la situation de la France à ce point de wic?
Pourquoi agissent- ils? — La spéculation est inévitable dans les affaires humaines. Gouverner un Etat ou une fortune, cest prévoir. Spéculer n est p
lb'i i i. PBOBl i mi DÉ i I M<>\\ mi.
autre chose qu'envisager L'avenir. L'homme sagi el prudenl doil voir devant soi. Ceci est la spéculation au sens large du mot. Mais il v a La spéculation pu cl simple, qui est un pur jeu, ou un pari. Elle est de la naturede L'homme, el dea choses ( esl le hasard, dit Ruskin, qui porte les clés. Ht loua ceui qui sopl habitués au maniement dea affaires savénl quil faul l'aire la pari de L'événement. Cette çonnaissam poussée à ses extrêmes limites, lait les joueurs. Mais il va de soi qu'il \ a peu de spéculation là où il \ 'i des quasi-certitudes, des réalités; au lieu qu'elle portée à son comble là où il n'y a des choses futur des espérances.
Or, en cette matière de change, qu'ob>ei \"iis-nous.:) Dans une grande partie du monde, on ne se sort plus que de papiers, et non de choses; on n'a plus que des billets, qui sont des promesses, des espérant L'homme le plus sage, le plus timoré n'a plus entre les mains que des tu l'auras, et non des tiens. La spéculation va donc être la grande maîtresse dans ce royaume des Ombres, des apparence-, des désirs, des espoirs.
Elle aura une double raison d'être :
i" D'abord, notre billet de banque a une valeur diminuée ; cela ne serait rien, si cette valeur diminuée était stable. Mais deux causes agissent pour la rendre instable :
a) Premièrement, le gage du billet n'est pas absolument assuré. On le voit bien, puisqu'en ce moment on ne parle que de nouvelles émissions.
b) Deuxièmement, la valeur d'une promesse ne dépend pas seulement de celui qui la fait, mais de l'idée de celui à qui on la fait. Laquelle idée est essentiellement variable et variable dans des proportions
I ! «.HAM.n 1.1 l.\ SI'l'.Cl LAI IO\
énormes. On a confiance pendant un temps; cette confiance diminue soudain, ou augmente; et comme c'est en lin de compte cette confiance qui donne sa valeur ait billet, 11 est clair que le billet n'a pas une valeur très fixe.
:>" Ensuite, comme la France doit beaucoup au dehors, et que ers dettes pèsent d'un poids très lourd sur notre change, la manière dont ces dettes seront reliées ou ne le seront pas étant inconnue, la spéculation doit tenir compte d'un monde d'éventualités. L'augmentation du commerce est elle-même fonction d'un autre monde de possibilités. Les régions libérées seront-elles ou non reconstruites? Et quand, et comment? Y aura-t-il un changement en France à l'égard de l'Allemagne? La France recouvrera-t-el le de l'argent ou non? Quel sera le gouvernement de demain? II y a bien d'autres suppositions (pie l'on peut faire. Et de toutes ces suppositions dépendra naturellement le change.
La spéculation est donc normale cl nécessaire.
D'ailleurs elle est. Et c'est bien suffisant. Il y a rien à faire là contre ; la spéculation est de la nature même de la chose.
Le seul moyen effectif que l'on pourrait imaginer de diminuer cette spéculation serait d'abord de revenir à la monnaie de bon aloi. Mais comme on ne peut qu'ignorer quelles seraient les modalités de ce retour, et ses clVets sur le commerce et l'industrie (on verra tout à l'heure pourquoi), l'entreprise est singulièrement difficile.
Importance des cléments psychologiques. — Leur action doit être énorme; cela se conçoit. Elle doit arriver à fausser complètement les résultats qui pro-
1 66 i,l. PEOBLÈME Dl r\ mon nui.
vieanenl des réalités. Cea céalités sont en si petit nombre en regard de la masse des espérances r» éléments psychologiques mouvants qu'elles finissent
par ne plus jouer qu'un rôle effacé. En outre, les commerçants eux-mêmes vont être contraints de
jouer, par le moyen des couvertures à terme, soit en achetant, soit en vendant, de l'or ou du papier, à quoi
les force l'instabilité des changes.
Mais ici, il faut faire une observafion importante. L'action de la spéculation sera plus ou moins forte suivant la proportion qui existe entre Les éléments chiffrables (réalités), et les éléments incertains. Le jeu est moindre sur les favoris, qui ont fait preuve de qualités, que sur les outsider. Le jeu est moindre sur une maison visible que sur une mine éloignée.
Suivant donc qu'un pays aura plus de richesses réelles, présentes qu'un autre qui ne pourra donner que des assurances, des promesses, la spéculation sera moindre d'une part, et plus grande de l'autre. Si un pays a une monnaie saine, il n'y aura pas de spéculation sur sa monnaie. Il n'y aura pas de spéculation non plus si la monnaie est dépréciée, mais si elle est de métal. Si un pays a une grande quantité de marchandises à vendre, une grande faculté de production, qui "sont des choses visibles, la spéculation aura une action moins violente. Le change tendra à se fixer à un pair intrinsèque nouveau. La spéculation* au contraire, doit agir avec le maximum de puissance et d'étendue, quand elle sera en présence des opérations d'un pays troublé, dont la monnaie est incertaine, et dont la richesse présente en marchandises est petite, et qui, enfin, doit beaucoup au dehors et au dedans, à ce point que la situation de ses finances est quasi désespérée. Il faudra supputer dans ce cas la stabilité
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du gouvernement, l'intelligence des hommes d'Etat, la vigueur des nationaux, les possibilités diverses, les événements extérieurs, en un mot, une infinité de « futurs ». Le change tendra moins à un pair intrinsèque nouveau.
Dans le cas particulier de la FfanCe, essayons (l'imaginer les sentiments d'un étranger. Il le faut Bien, et enfin abandonner ces errements insensés, par lesquels nous supposons toujours que les autres nations nous aiment et nous admirent. Il faudrait ans^i savoir pour quelle raison métaphysique clle^ ne nous jalouseraient pas, elles ne nous haïraient pas, ou plus simplement elles ne nous jugeraient pas, Nous ressemblons trop à ces mères de famille qui pensent que tout le monde est en admiration devant leur fils.
Eh bien, i! est probable qu'un étranger raisonnerait ainsi, pour peu qu'il n'ait en vue que son intérêt à lui. étranger. Et c'est bien la seule chose qu'il puisse avoir en vue.
Voici un grand pays, qui avait avant la guerre une balance du commerce déficitaire ; qui a beaucoup perdu en prêtant à l'étranger ; qui a de nombreux moyens de production entièrement détruits ; qui a une monnaie de papier dont on sait bien quels dangers ell" fait courir, une monnaie de papier dont les méfaits récents sont connus ; un pays qui doit des sommes considérables, dont le paiement n'est pas sur du tout. Ce pays peut serelcvcr; mais cela dépend d'uneinlinilé de suppositions sur lesquelles moi, étranger, je ne puis rien savoir. D'autre part, tous les éléments chiffrables- de son change le mettent contre lui : et ces éléments sont de bien petite importance à coté de tous les « futurs » et de tous les « possibles ».
i i PA0B1 i Ml M i i Movwir
El alors, toute une masse d'agioteurs et d umn
leurs va acheter du billet français, au rendre : et, par suite, le cours des changea va êtn tellement
instable.
Et le résultat est que le commerce \<i être r x t r -' mement difficile pour les Français el j >r*u r les étrau gers. La moindre erreur va amener une perte là on
on escomptait un g;un. Par exemple, si un vendeur français vend une marchandise pour 10 dollars, et que le dollar vaille au moment de la commande i \ fran< et au moment delà livraison 12 francs, le Fran-, ne touchera que 120 francs, là où il croyait toucher i^o francs. Et il se peut qu'il soit de ce fait en perU. Cette instabilité des changes, qui pro-went delà spéculation, entendue au sens large, va même rendre le commerce international si difficile que les vendeurs préféreront troquer leurs marchandises contre d'autl poids pour poids, s'ils le peuvent. On se passera des voies ordinaires du change. Et le change ne sera plus que l'image de la confiance, ou du manque de confiance, que l'étranger a dans notre avenir. C'est ce qui tend à se produire un peu partout.
La situation de la France. — Il ne suffit pa> de répéter, comme les choristes chantent : marchons, marchons, sans avancer ; que la France est riche, la France est grande, que nous faisons l'admiration du monde. Pas plus qu'il ne suffisait de répéter pendant la guerre que nous avions le droit pour nous. Tout cela est parfaitement inopérant et ne change rien aux réalités. Ne nous flattons pas que ce sera par des mots, ou en implorant l'aumône, que nous donnerons de nous à l'étranger une opinion meilleure. Or, que voit l'étranger ?