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Le problème de la souffrance

’apologète se propose de défendre la vérité chrétienne contre toutes les attaques des adversaires. Pour se rendre la tâche plus facile et le triomphe plus assuré, il peut se placer sur le terrain de la foi, et montrer que les certitudes chrétiennes se tiennent et constituent un tout cohérent, de sorte qu’en son ensemble la foi chrétienne doit apparaître justifiée par sa capacité d’expliquer et d'orienter la vie humaine, et que chaque vérité particulière doit être acceptée en raison de sa liaison intime avec les autres parties. Mais si l'impression produite sur le croyant est très forte, en revanche l'utilité de ce procédé pour l’incrédule est très contestable. Il vaut mieux se placer simplement au point de vue de l'ignorance complète de la vraie foi et se contenter modestement d’écarter les objections intellectuelles qui constituent autant d'obstacles à la piété. L'apologétique n’a pas la prétention de contraindre à accepter

GEORGES FULLIQUET

les vérités chrétiennes, mais elle s'efforce de détruire les accusations opposées à ces vérités au nom de l'expérience universelle. Quand l'apologétique s'est bien acquittée de sa tâche, l'incrédule renonce à la dialectique intellectuelle contre les vérités chrétiennes, mais il lui faut autre chose pour qu'il consente à accepter la foi, et ce n'est pas l’apologétique qui se charge de l'amener à la conversion positive.

Il ne faut pas dire que l'apologétique se place sur le terrain scientifique. En effet la science ne formule pas plus d'objections contre la religion qu'elle ne présente des arguments en sa faveur. La science et la philosophie ignorent les phénomènes religieux parce qu'ils n'offrent pas le caractère d'universalité. Mais la science et la philosophie ne cherchent pas à détourner des phénomènes religieux ceux qui s'y sentent attirés. Il est très difficile de donner un nom à l'attitude de l'incrédulité qui attaque les vérités religieuses au nom des expériences générales et des connaissances communes de l'humanité, sans tenir compte des expériences spécifiques de l'homme religieux d’où découlent légitimement ses affirmations intellectuelles. Les éléments de la discussion sont empruntés aux sciences et à la philosophie. Mais l'esprit de la discussion n'est ni scientifique ni philosophique, c'est proprement et uniquement celui de l’incrédulité, c'est-à-dire du parti pris. L'apologétique s'efforce de ramener les arguments de l'incrédulité à leur stricte valeur scientifique ou philosophique en les dégageant de ce parti pris d'hostilité à la religion. Et de plus l'apologétique s'efforce de citer en faveur de la religion d'autres données scientifiques ou philosophiques, qui complètent ou contredisent celles auxquelles se complaît l'incrédulité pour satisfaire son parti

pris d’hostilité. L’apologétique cherche en ce travail de défense à ne pas interpréter les données scientifiques ou philosophiques à la lumière spéciale de la foi. C’est dans ces conditions seulement qu’elle peut atteindre à un résultat acceptable et durable.

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