‹ Le Problème de la Traction AutomobileChapitre 7 sur 64 · AN RAD · texte numérisé non relu

AN RAD

Un nouveau problème, résultant de l’évolution de la technique du moteur à explosion, s’est posé récemment aux raffineurs.

Il ne suffit plus d'extraire le plus possible d'essence.

Les moteurs modernes, et l’aviation notamment, exigent des carburants un ensemble de qualités que ne possède pas l'essence ordinaire.

Le carburant demandé doit être léger, exempt de produits lourds et surtout antidétonant. L’antidétonation est la qualité d’une essence résistant sans cognements et sans risque d’auto-inflammation à des taux de compression élevés. Elle est mesurée par comparaison avec un hydrocarbure spécial, l’octane, pris comme étalon. Si, pour une voiture de tourisme ordinaire, une essence d’un indice d’octane de 65 est suffisante pour résister sans cognements à des taux de compression de 5 kilos, les moteurs à fortes cylindrées, qui ont tendance à se multiplier et dont le taux de compression est de l’ordre de 7 ou 8, exigent un carburant spécial d’un indice d’octane plus élevé. Les moteurs d'avions, souvent munis de compresseurs, sont plus difficiles encore et réclament une essence dite d'aviation, dont l'indice d'octane peut aller jusqu’à 100.

Répondant à ce nouveau problème, de nouveaux procédés patiemment élaborés dans les laboratoires sont entrés dans le domaine industriel, établissant une troisième phase dans l’industrie du raîffinage : nous voulons parler de l’hydrogénation, du cracking catalytique, de la polymérisation et de l’alkylation.

— L'hydrogénation. — Nous rencontrerons ce procédé très répandu actuellement à propos des grandes usines d'essence synthétique d'Allemagne, et de la technique du raffinage des pétroles albanais en Italie.

— Cracking catalytique. — 11 se distingue du craquage thermique par l’utilisation de substances chimiques; le craquage s'effectue en présence de catalyseurs, oxyde de

silicium et d'aluminium, chargés d'accélérer la décomposition des molécules et de convertir les fractions lourdes en produits légers. Même les bruts de mauvaise qualité, qui ne donnaient qu'un léger pourcentage d'essence, en fournissent 45 p. 100 par ce procédé; en partant du gas oil, on a pu enregistrer des rendements allant jusqu'à Sp; 400!

Cette essence, douée d’un indice d’octane de 80 environ, est très susceptible à l'influence du plomb tétraéthyle dont une légère addition porte son indice à 90° d’octane.

— Avec la polymérisation et l’alkylation nous nous éloiognons des systèmes relativement simples de raîfinage, pour aborder les côtés complexes de la chimie de synthèse. Il y a, dans ces procédés consistant à combiner ou isoler des molécules de divers carbures par l'intervention de corps étrangers, des réalisations subtiles qui permettent d'obtenir, à partir des sous-produits gazeux, des supercarburants d'aviation.

À ces synthèses entrées en voie de réalisation indusirielle, il faut ajouter le plomb tétraéthyle que nous venons de citer plus haut, très intéressant par ses facultés de communiquer à l'essence un remarquable pouvoir antidétonant. Une addition très légère allant de À à 3 cm3 suivant les essences permet d'augmenter de 15 à 20 p. 100 l'indice à'octane. La préparation de ce plomb tétraéthyle, qui s'effectue dans un autoclave, en faisant réagir sous une pression de 4 kg. 5 du chlorure d’éthyle sur un alliage de plomb sodium, est fort délicate, étant donné les dansers que cette fabrication comporte et la toxicité du produit obtenu.

Elle s’est néanmoins généralisée aux Etats-Unis, et le plomb tétraéthyle est produit en grosse quantité, notamment par les Sociétés du Pont de Nemours.

Les grands Etats européens n'ont pas tardé à suivre l'exemple. L'Allemagne possède déjà un certain nombre d'installations.

En France, une usine a été confiée à la Société Kuhlmann.

Les Américains se sont encore distingués dans d’autres recherches pour améliorer les qualités indétonantes de l'essence. Cette « course à l’octane », qui caractérise le raffinage d’outre-Atlantique, a permis la réalisation de carbures de synthèse spéciaux, à 100 d’octane et parfois davantage, tels que l’isooctane, l’éther isopropylique, le néohexane, l’isopentane, etc. Ces produits, mélangés à l'essence ordinaire avec ou sans addition de plomb tétraéthyle, en font actuellement les remarquables supercarburants d'aviation.

Ceci ne va pas d’ailleurs sans une augmentation de prix. Aux Etats-Unis, l’essence à 100 d’octane est vendue plus cher que l’essence à 80, qui elle-même est d’un prix deux fois plus élevé que les carburants ordinaires à 65 d’octane. Cette nouvelle industrie peut donc se développer sans le soutien de l'Etat.

D'ailleurs, cette majoration de prix se justifie si l’on considère que l'élévation de l'indice d’octane de 85 à 100 se traduit par une augmentation de la puissance du moteur de 25 p. 100, une réduction de consommation de 15 à 20 p. 100, et un rayon d'action accru du même ordre de grandeur.

$ 2. — Production. Consommation.

Les possibilités d'extraction et les ressources pétrolières n’ont jamais freiné la production, qui s’est efforcée de s’adapter à la consommation.

Celle-ci est en progression constante dans tous les pays.

Une nation agricole, à moins que l'usage des tracteurs ne soit très répandu, consomme beaucoup moins de pétrole qu'un pays industriel et commercial. Or, la plupart des pays ont eu tendance à s’industrialiser depuis l’autre guerre.

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