‹ Le Problème des causes finalesChapitre 2 sur 21 · L'EFFORT VERS LA VIE · texte numérisé non relu

L'EFFORT VERS LA VIE

ET LA THÉORIE DES CAUSES FINALES Par Charles RICHET

Au premier abord, rien ne semble plus enfantin que la théorie des causes finales, et il est facile de la tourner- en ridicule. Le nez, disait Voltaire, est fait pour porter des lunettes. Il est certain q^ue parfois les affirmations de beaucoup de finalistes sont plaisantes. Galien, dans son admirable livre sur l'utilité des parties, trouve une cause précise à tout ce qu'il raconte en anatomie ou en physiologie. Bien que quantité de faits allégués par lui soient étrangement erronés, il n'est jamais embarrassé pour leur inventer quelque raison d'être. Fénelon se livre aussi à cet égard à d'assez vaines dissertations. « Si Tair était moins dense, on ne pourrait pas res-

SULLY PrUDHOMUE. i

pirer... Si Tair était plus dense, on ne pourrait pas marcher... » Bref, en général, la théorie des causes finales, par suite d'exagérations invraisenvblables, est en discrédit auprès des biologistes.

Il se trouve même de fort bons esprits qui la considèrent comme une superstition indigne d'être mentionnée dans une philosophie scientifique ^

Et en effet, en donnant une importance prépondérante aux causes finales, on risque de tomber dans un grossier anthropomorphisme. Prétendre que la terre a été faite pour Thomme, et que les animaux et les végétaux sont là pour notre usage ; que le soleil a pour destination de nous donner lumière et chaleur, que, pour éclairer nos nuits, la nature prévoyante a mis des étoiles à la voûte du ciel, et un astre luminaire qui empêche l'obscurité d'être profonde, ce sont là opinions qui sont d'un assez bon comique, et on a beau jeu de railler ces conceptions puériles.

Il est évident que l'homme est peu de chose sur la terre; que la terre est un petit atome dans le monde solaire ; et que le monde solaire est un imperceptible atome dans Timmensité de l'espace. Ce sont là vérités qu'on enseigne à l'école primaire, et sur lesquelles il n'est pas besoin d'insister. De

1. M. E. Regalia a exposé avec beaucoup de force les raisons qui lui font rejeter de la biologie toute considération téléologique {Conlro una Teleoloqia fisiologica. Archivio per l'AntropoL e l'EtnoL, 1897, XXVII, fasc. 3, 16 p.).

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