‹ Le Problème des causes finalesChapitre 3 sur 21 · L EFFORT VEUS LA VIE ET LES CAUSES FINALES · texte numérisé non relu

L EFFORT VEUS LA VIE ET LES CAUSES FINALES

sorte que toute théorie qui à l'espace, à la matière et aux forces matérielles, chaleur, attraction, lumière, électricité, donne cette cause misérable, Thomme, mérite sans doute d'être étouffée sous le ridicule de notre exiguïté.

Et quand nous parlons de l'homme, nous entendons aussi tous les êtres animés. Les lois mathématiques, connues ou inconnues, qui gouvernent la matière n'ont pas à se préoccuper des êtres vivants, cet accident. Elles nous ont permis d'exister. Voilà tout. Mais, quant à supposer qu'elles existent à cause de nous, c'est une présomption extraordinaire que notre vanité humaine explique et ne justifie pas. Qu'importe à Sirius, dit-on parfois? Eh ! oui, vraiment, qu'importe à Sirius qu'il y ait sur notre planète des oiseaux, des poissons, des insectes, des mousses, des chênes ou des hommes ?

Le monde est tellement vaste, et nous en connaissons un si petit fragment, qu'il serait déraisonnable de tenter de l'expliquer. Avec notre chétive raison, comment pénétrer les causes — nous ne disons pas les lois — de cet univers ? Quelques lambeaux de vérité apparaissent par-ci, par-là, arrachés aux ténèbres par nos efforts. Mais ces lambeaux, qui nous pénètrent d'admiration, ne sont rien à côté de tout ce qui nous est fermé. Gomment alors se per* mettre de juger la cause finale de l'univers?

Notre ignorance est tellement profonde que je la

comparerais volontiers à celle d'un spectateur qui, ayant fait une piqûre d'épingle au rideau d'un théâtre, va se mettre au fond de la salle, et de là s'imagine pouvoir juger la pièce qui se joue derrière le rideau, en regardant par le trou d'aiguille. Et certainement nous en connaissons beaucoup moins sur l'univers que ce spectateur n'en pourra connaître sur la pièce que le rideau lui dissimule.

Il faudrait tout savoir pour oser parler d'une finalité. Or, loin de tout savoir, nous ne savons rien.

Les peuples enfants ont conçu l'homme comme un être prédestiné pour lequel des dieux, ou un Dieu, ont tout fait. Toutes les choses, animées ou inertes, sont des présents que Dieu a faits à l'homme ou aux êtres vivants. C'est là la base de toutes les cosmogonies, et, quoique de telles légendes flattent notre amour-propre, nous devons les abandonner aux mythologies des temps préhistoriques.

Ainsi la matière n'a pas été créée pour l'homme ; les forces de la nature n'ont pas été créées pour l'homme ; les lois de la chimie et de la physique ne sont pas faites pour que l'homme puisse vivre. Nous croyons même que jamais l'intelligence humaine ne pourra comprendre le pourquoi des lois naturelles qui régissent la matière, même si, dans un temps plus ou moins éloigné, nous arrivons à comprendre le comment de quelques-unes de ces lois.

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