CAPITAL
ARRÏ
;rages
Milliards
Millions
(Millions
de francs.
de francs.
de marks or.)
Fin 1923.
A partir de cette date, et sans doute avant, les conversions seront possibles. Le taux de l'intérêt est-il de 5 pour 100 en 1934, l'annuité allemande passe à 5 400 millions (au lieu de 6 480 millions de francs à 6 pour 100). L'économie annuelle est d'un milliard.
Mais, sans doute bien avant, l'Allemagne sera économiquement et financièrement reconstituée ; elle songera à amortir sa dette. On peut admettre que sa dette en arrérage et même en capital aura atteint son maximum en 1933, sinon plus tôt. L'économie résultant d'une conversion de 6 en 5 pour 100 lui permettrait, en affectant son montant à l'amortissement, d'amortir en capital près d'un milliard par an. Par l'amortissement on ferait obstacle au grossissement de la dette en capital. Et la diminution de l'annuité des pensions réduirait d'autant l'annuité d'amortissement nécessaire pour faire obstacle • à ce grossissement.
Nul doute qu'en 1933 la dette publique française sera de beaucoup supérieure en capital et en arrérage, sans parler de I9. charge de l'amortissement. Mais l'Allemagne a d'autres créanciers.
Les autres Alliés pratiquant la mênie méthode réaliste que la France pourraient aussi faire face à leurs dépenses de réparations au moyen d'emprunt émis par l'Allemagne sur leur territoire. Mais la Grande-Bretagne ayant manifesté son intention de renoncer à sa créance, un seul créancier un peu important resterait à satisfaire : la Belgique, l^t en mettant les choses au pire, la dette allemande n'atteindrait certainement pas 200 milliards de francs en 1933. La créance française représente 52 pour 100 de la créance totale. Or le tableau ci-dessus montre qu'en capital la dette allemande atteindrait, en 1933, 104 milliards. Si 104 milliards représentent les 52 pour 100 de la dette totale, cette dette totale serait inférieure à 200 milliards. Or en valeur actuelle une dette de 200 milliards 1933 représente environ 150 milliards de francs ou 50 milliards de marks or. C'est juste la somme réclamée par notre gouvernement à l'Allemagne ;
COMMENT LE RÉSOUDRE 6l
et c'est aussi la somme que l'Allemagne a offert de payer en mars 1921 par l'intermédiaire des États-Unis. Mais restant sur le terrain des réalités, plus solide et plus accessible au grand public que celui des annuités, nous répéterons : la Grande-Bretagne incline à faire remise de sa dette à l'Allemagne. L'Allemagne aurait dans ces conditions une dette notablement inférieure à 200 milliards et inférieure partant à la dette française, dont l'amortissement dans les dix prochaines années est problématique et dont la conversion est impossible juri* diquement avant 1930.
En équité notre solution n'a donc rien de rigoureux. Mais, économiquement, le fardeau n'e^ccède pas les forces du débiteur. Avant le 2 août 1914, les budgets de la guerre et de la marine atteignaient près de 2 milliards de marks or ; la dette d'Empire et celle des États absorbaient près d'un milliard de marks or. Nous avons évalué à 2 milliards de marks or les arrérages de la dette allemande émise en France au titre des réparations en 1933. Grossissons ce chiffre d'un milliard de marks pour la dette contractée au profit des autres Alliés. A son maximum, cette dette ne représente pas en arrérages un chiffre supérieur aux sommes dont le traité de paix par le désarmement et le mark par sa chute ont allégé le budget allemand. Et avant d'atteindre ce maximum l'annuité reste fort inférieure. Ajoutons que le mark or actuel ne vaut pas le mark 1914. Les prix en or sont de 50 pour 100 plus élevés qu'avant la guerre. Convertie en marchandises, la charge née de la dette de réparation, pour une Allemagne privée de là Lorraine, de l'Alsace, de la Haute-Silésie, mais fortifiée par dix ans de travail, nous paraît parfaitement adéquate à la capacité de paiement du débiteur. Nous ne saurions trop
le répéter, la dette allemande resterait inférieure à la dette publique française.
En un mot : l'Allemagne qui manque de capitaux disponibles s'adresse à la France où ils sont surabondants ; et conduit ainsi à bien l'achèvement des réparations.
Cette solution nous paraît avantageuse pour les deux parties : l'emprunt est perpétuel ; il ménage le présent, charge l'avenir. L'emprunt est solidement garanti : il est émis à un taux très modéré. L'emprunt est émis en France pour le compte de l'Allemagne : le marché financier français n'est pas bouleversé par un arrêt brusque des émissions de titres d'État en France.
L'emprunt est avalisé par les grandes puissances : la France n'est plus seule créancière. Seuls les arrérages donnent lieu pour leur paiement à des prestations en nature, en main-d'œuvre ou en devises. Ces prestations progressent lentement, dans une mesure connue d'avance : le marché des marchandises, de la main-d'œuvre ou des devises n'est pas bouleversé en France comme il le serait par des paiements immédiats chiffrant par milliards, destinés à équilibrer le budget des dépenses recouvrables.
L'équilibre budgétaire est assuré en France ; et l'équilibre budgétaire allemand est affecté au minimum par l'inscription des arrérages de cette dette extérieure. La charge, très légère d'abord, va ensuite en croissant. Elle reste au début inférieure de beaucoup aux annuités proposées par les économistes les mieux disposés en faveur de l'Allemagne et les plus soucieux de son relèvement.
Enfin elle est basée sur des réalités : les sommes effectivement dépensées par le Trésor français. Elle ne repose plus sur cette inconnue du mark or, dont la valeur varie
avec les prix en or et plus encore avec les cours du change. A tel point qu'avec des paiements calculés en marks or, l'État français cesse d'avoir intérêt à l'amélioration de notre change.
Et au total cette solution basée sur les réalités, qui charge l'Allemagne progressivement, qui dès maintenant consolide à 4 milliards notre déficit budgétaire, qui assure l'équilibre intégral de nos futurs budgets, qui affecte au minimum l'équilibre existant des divers marchés, qui permet au besoin la conclusion d'un accord direct avec le débiteur, nous paraît mériter peut-être un examen.
Section III. — Liquidation financière de la guerre dam, l'est de l'Europe {Russie).
Cette solution présenterait en outre une particularité et un avantage. Les marchés financiers de Londres ou les marchés des pays neutres, le marché de New- York aussi ne seraient nullement mis à contribution par rœu\Te de reconstitution de l'Europe occidentale. Les pays victimes de la guerre se constituent les banquiers de l'Allemagne débitrice, mais les banquiers d'une Allemagne solvable et qui paiera parce qu'elle le pourra et le voudra.
Or la puissance du marché de Londres permettrait à la Grande-Bretagne de consacrer le trop-plein de ses capitaux à la restauration de l'est de l'Europe. La France, momentanément, jusqu'à l'achèvement de ses réparations, différerait ou limiterait son concours à cette œuvre indispensable. Et la reconstitution financière de cette partie de l'Europe progresserait d'autant
plus sûrement, qu'elle résulterait d'accords conclus entre banquiers et pays à reconstituer. A la méthode des conférences internationales à grand orchestre, méthode nécessairement stérile, on substituerait la négociation d'accords directs entre entrepreneurs et entreprises paralysées.
Sans doute les dettes d'avant-guerre ou de la guerre devront d'abord faire l'objet d'un règlement. Mais telle n'a pas été à Gênes ou à La Haye la pierre d'achoppement des négociations. On trouvera sans grande difficulté une solution. La Russie, qui n'a fias de dette publique intérieure, dont la dette de guerre extérieure sera notablement déduite, pourrait sans difficultés porter le poids de sa dette extérieure d'avant-guerre allégée sensiblement par la baisse du franc pour la part afférente à la France, la part principale ; car les porteurs français de fonds russes se déclareraient sans doute satisfaits d'un paiement en papier au lieu du paiement en or stipulé par leurs titres.
Le problème des avances de reconstitution serait alors abandonné aux banquiers des divers pays. Et nul, sans doute, ne verrait d'inconvénient à ce que les marchés financiers, les moins surchargés par leurs besoins nationaux assument le rôle principal dans la reconstitution de la Russie, dont le concours militaire nous a été précieux et dont l'absence sur les marchés européens creuse un vide difficile à combler.
Les bases d'une liquidation financière de la guerre seront ainsi posées. Les fondements de l'édifice sont jetés. Il reste à bâtir.