‹ Le problème des réparations, comment le résoudreChapitre 12 sur 17 · QUELQUES VUES D'AVENIR · texte numérisé non relu

QUELQUES VUES D'AVENIR

Mais si préoccupante et si indécise que reste immédiatement la reconstruction européenne, nous jetterons, en terminant, un coup d'œil sur l'avenir, non point pour jouer au prophète, mais pour appeler l'attention sur un certain nombre de questions destinées sans doute à poser demain ou après-demain des problèmes peut-être aussi difficiles que ceux d'aujourd'hui.

L'œuvre de reconstruction ne durera pas éternellement.

Section I. — Tant que durera la reconstruction.

A l'heure actuelle, l'équilibre économique est influencé par l'état encore précaire de la production agricole et industrielle. Le pouvoir d'achat des pays victimes est compromis ; et les pays économiquement intacts manquent de débouchés.

En France, les forces productives et les marchés financiers portent l'empreinte profonde des réparations : il existe une demande presque illimitée de capitaux dis-

ponibles ; et le taux d'intérêt reste assez élevé. La crise de 1920 a exercé aux États-Unis et en Grande-Bretagne son influence classique sur le taux de l'intérêt et il a sérieusement baissé. En France, il a légèrement progressé. Ce taux d'intérêt élevé incite les Français à l'épargne ; les prix élevés du coût de la vie agissent dans le même sens. L'argent enfin afflue chez les plus économes de nos concitoyens : boutiquiers et paysans. D'où une restriction générale de la consommation de tous les producteurs, qui permet de déplacer vers le Nord et l'Est les sommes nécessaires pour l'œuvre de reconstitution. Grâce à ce mécanisme assez simple, la France est en état de pourvoir elle-même à sa reconstitution. Aussi ses industries ne manquent-elles pas de commandes. Et la situation économique de notre pays peut, à juste titre, passer pour privilégiée à cet égard.

Un équilibre tout spécial, complètement différent de l'équilibre d'avant guerre, où l'épargne tenait une moindre place, où les capitaux servaient à créer des entreprises neuves ou à consentir des prêts au dehors, a réussi à s'établir. Et il serait assez heureux s'il n'avait pour conséquence un accroissement continu de notre dette publique avec répercussion correspondante sur le déficit de nos budgets.

Tant que durera l'œuvre des réparations, cette situation pourra se prolonger, au moins si le plan par nous envisagé est appliqué. Les emprunts indispensables pour achever l'œuvre commencée seraient émis en France. Les commandes à solder au moyen de ces emprunts resteraient en France. L'Allemagne n'effectuerait que des livraisons en marchandises ou en main-d'œuvre complémentaires. Elle nous fournirait ce qui nous manque ; rien de plus.

COMMENT LE RÉSOUDRE 8l

Pendant cette période, encore assez longue, le taux d'intérêt ne saurait baisser beaucoup en France ; notre commerce d'exportation continuerait à être influencé par l'œuvre interne de reconstruction. Nos recettes fiscales, nos dépenses budgétaires par voie de conversion ou d'amortissement, le cours de notre change ne sauraient présenter de très fortes variations.

Au lendemain au contraire de la reconstruction, des modifications importantes sont à prévoir dans notre équilibre économique et financier.

Section IL — Après l'achèvement des réparations.

Et d'abord l'équilibre économique. Avec la meilleure des volontés, on ne saurait empêcher l'expiration des commandes passées au titre des réparations d'influencer sérieusement la situation des industries occupées à refaire le Nord. Sans doute on pourra bâtir ailleurs, construire ailleurs des usines. Mais le champ à exploiter sera moins vaste que l'ancien champ de bataille. Sans doute le taux d'intérêt baissera, encourageant l'esprit d'entreprise. Mais il y a une limite à la création d'entreprises neuves. Il faut en tout cas envisager une manière de démobilisation industrielle.

Et au lendemain de la reconstruction, il faut espérer une détente dans les restrictions actuelles, une baisse du coût de la vie et du prix des marchandises, qui réduirait le montant de nos épargnes porté aujourd'hui à son paroxysme. La consommation augmentera. Pour satisfaire cette consommation accrue, nos importations progresseraient, ayant pour contre-partie le développement de nos exportations indispensable à la suite de la

remise en état de notre agriculture et de notre industrie.

Par là encore on évitera la chute brusque du taux de l'intérêt. La baisse importante et peut-être précipitée du taux de l'intérêt sera d'ailleurs ici cause et effet. Elle ralentira les épargnes. Et la diminution des épargnes deviendra un frein à la baisse de l'intérêt.

Mais V intérêt baissera. Et l'on entrera dans la période des conversions possibles, des amortissements aussi.

L'équilibre financier de la France sera influencé par l'achèvement de l'œuvre des réparations tout comme l'équilibre économique.

Notre dette publique, qui constituera encore la moitié des dépenses de notre budget, pourra être allégée par conversion, par amortissement. Notre change s'améliorera.

Sans doute, on peut regretter que pendant la guerre nos emprunts consolidés aient été trop souvent émis au-dessous du pair, et mieux encore aient été déclarés inconvertibles pendant une période beaucoup trop longue.

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