S LE PROBLÈME DES RÉPARATIONS
le principal avantage de cette solution et sa supériorité sur celle des annuités, qui ne consolide point notre déficit à 4 milliards.
Cette liquidation financière serait le point de départ d'une restauration économique et financière de la France et de l'Allemagne et d'une reconstruction économique de l'Est de l'Europe. L'équilibre monétaire ne tarderait pas en France et en Allemagne à suivre le rétablissement de l'équilibre budgétaire. L'Europe occidentale retrouverait la paix économique après la paix politique. Et l'Est de l'Europe subirait la contagion et les heureux effets d'une pareille nouveauté. Des traités de commerce favoriseraient la reprise des relations internationales, que rendra nécessaire l'achèvement de la reconstitution.
Mais ce qu'il importe aujourd'hui de réaliser, c'est, une vaste liquidation financière de la guerre. Nous avons tenté une solution de ce vaste problème, sans être bien sûr d'avoir réussi.
Peut-être aussi notre solution s'écarte-t-elle un peu trop de la ligne de solutions courantes et de calculs en marks or et par annuité, pour avoir chance d'être prise en considération par les prochaines conférences internationales. Mais c'est justement ces calculs d'annuités qui nous paraissent condamnables et dangereux pour notre pays. Les solutions qu'ils inspirent nous paraissent toutes violer un principe d'équité : celui de l'égalité des charges. Avec la méthode des annuités, l'Allemagne serait libérée en trente ans ou moins encore, alors qu'à cette date la France porterait encore une dette perpétuelle énorme. Notre avenir économique Serait compromis. Au surplus, par les calculs d'annuités, on gonfle et dégonfle une dette à volonté, sans que l'opinion publique puisse rien comprendre à cette prestidigitation financière. Tout devient
obscur. Et, à ce compte, notre pays court aujourd'hui le risque d'être victime.
Certes, nous n'avons jamais été de ceux qui estimaient possibles des paiements allemands par centaines de milliards. Mais gardons-nous de commettre aujourd'hui une erreur inverse. En bonne justice, l'Allemagne doit et peut porter le fardeau d'une dette au moins égale à la dette française. Sinon toute concurrence deviendrait impossible pour nous sur les marchés extérieurs. Il faut à tout prix l'éviter.
Mais une Allemagne décidée à prendre sa juste part des réparations trouverait en face d'elle une France prête à l'aider. La collaboration économique entre les deux pays dictée par la géographie, par la nature de leur sol et de leur sous-sol respectifs, mettrait un terme à une querelle qui risque, en s'étemisant, de mener l'Europe aux pires extrémités et peut-être même aux catastrophes.
30 septembre 1922.