CONCLUSION
La France et, avec elle, l'Europe se trouvent aujourd'hui à un tournant de la paix, comme en 1918, elles furent à un tournant de la guerre. Notre pays ne peut pendant cinq ans encore emprunter à son compte 14 à 15 milliards par an pour faire face aux dépenses du budget des réparations et des pensions, sans risquer une catastrophe financière et sans compromettre par là l'œuvre déjà accomplie dans le domaine financier, économique et social. L'Europe entière est intéressée à parer à cette extrémité.
L'Allemagne, allégée par le traité de paix de son budget de l'armée et de la marine et par la chute du mark de sa dette intérieure, peut et doit assumer désormais la charge des réparations.
Mais elle le peut à une condition : les Alliés revisent sa dette ; nous cessons d'exiger d'elle des paiements par annuité amortissable. A vouloir contraindre l'Allemagne à s'acquitter en vingt-cinq ou trente ans d'une dette formidable, nous exigeons d'elle des sommes assez fortes pour lui permettre de répondre : impossible. Et les
économistes soucieux des réalités en arrivent alors à réduire à l'excès la créance des réparations, c'est-à-dire surtout la créance française. L'Allemagne sortirait de l'épreuve avec une dette publique notablement inférieure à la dette française. Et dans l'hypothèse la plus favorable, notre budget reste en déficit.
C'est pourquoi nous avons tenté d'élaborer un plan de liquidation financière, qui ménage le présent et charge l'avenir, qui trouble au minimum l'équilibre économique et financier assez précaire dont nous jouissons désormais, mais un plan qui assure l'avenir des finances publiques françaises.
La France a dépensé jusqu'ici 80 milliards de francs au lieu et place de l'Allemagne. Elle lui fait remise de cette avance. En échange, elle obtient l'annulation de sa dette extérieure (ou de ses créanciers hésitants un large moratoire) qui elle aussi atteint 80 milliards.
Mais désormais l'Allemagne portera la charge financière des réparations et des pensions. Par des emprunts émis en France avec la garantie des puissances ou assortis de gages, mais émis au compte de l'Allemagne, la France comme aujourd'hui continue à faire face aux réparations et aux pensions. Mais les arrérages de ces emprunts sont payés désormais par l'Allemagne au moyen de prestations en nature, en main-d'œuvre ou en devises. La charge très légère au début, l'Allemagne peut l'assumer dès maintenant, va en croissant jusqu'en 1933 (voir tableau, p. 59). Mais le budget français allégé désormais des réparations voit son déficit consolidé à 4 milliards (à peu près le montant des arrérages de la dette remise par nous à l'Allemagne). L'équilibre budgétaire est alors concevable : le déficit cesse dès maintenant de croître avec les emprunts émis. C'est là