RUE GARANCIÈRE
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BRIGHAM YOUNG UNIVERSiTY PROVO, UTAH
broits de reproduction en de traducùon resfrvés pour tous pays.
Le bouleversement économique et financier, dont la guerre devait être le point de départ, impliquait, même après l'armistice, une période d'incertitude cahotique, oii production, prix, main-d'œuvre, transport, crédit, monnaie, change, budgets accuseraiefit une sorte d'agitation fébrile. Même après l'armistice, aucun plan sérieux ne pouvait être élaboré pour la reconstruction économique et financière des pays belligérants. C'est avec raison que le traité de paix différait la liquidation à intervenir. Des principes très généraux, analogues aux articles d'un code, suffisaient. Leur application serait l'œuvre d'un quart ou même d'un demi-siècle. En 1919, on est encore dans la nuit complète au point de vue économique et financier.
Mais à cette période devait succéder une décade moins énigmatique, Oii la production, les prix, les salaires, les transports, la monnaie, le crédit, les changes, les budgets auraient retrouvé un étiage, où l'inventaire des ruines accumulées par la guerre et la liquidation des pensions permettraient de fixer l'étendue approximative de la charge des réparations. Période encore difficile, mais période où la clarté se lève. Sortis du tunnel, nous attaquons aiijourd'hui une rampe à pente raide.
Donnons à cette rampe un profil, qui fournisse à tous
les membres de la communauté européenne la possibilité de la gravir. Trouvons ce profil par V élaboration d'un plan acceptable par tous les belligérants d'hier.
Désormais, en effet, nous cessons de bâtir sur le sable. A prendre notre pays, dont la situation domine le problème de la reconstruction européenne, nous chiffrons aujourd'hui notre déficit {4 milliards), la charge de nos pensions (3 milliards), celle des réparations aux biens (120 milliards dont 55 À 60 « satisfaire) (i). Le tout en francs papier, mais en un franc papier dont la valeur échappe désormais aux terribles fluctuations de 1919-1920 : les prix, les changes, l'inflation ont retrouvé une stabilité relative. A condition de sauvegarder cet équilibre imparfait, nous pouvons désormais bâtir. Mais bâtissons en hâte, car demain il sera trop tard. Le pendule, dont les oscillations se sont atténuées, pourrait reprendre sa course affolée d'hier. Mais est-ce possible? On peut en douter.
Pour nous, l'œuvre des réparations, avec ses charges financières écrasantes, domine toute la situation. Or, nous paraissons aujourd'hui acculés à une impasse.
L'Allemagne doit réparer; elle en convient. Mais elle ne le peut qu'en nature, en main-d'œuvre ou en devises. Et ces trois sortes de prestations présentent des inconvénients pour le créancier.
L'Allemagne s' acquitte-t-elle en nature, nos usines perdent leurs commandes. S' acquitte-t-elle en main-d'œuvre, nos salariés connaîtront le chômage.
Nous paie-t-elle en devises, les choses ne se passent point autrement : car ces devises nous permettront d'acheter au dehors des ^narchandises, pour réparer. Rien de plus. Le paiement en devises prive notre industrie de commandes
(i) Cinquante-cinq milliards d'après le rapport du Crédit Lyonnais, 60 milliards d'après M. Bokanowski [Matin, 21 février 1922).
comme les prestations en nature. // présente en outre l'inconvénient d'un détour onéreux et de l'achat de produite d'un prix supérieur à celui des marchandises allemandes. L'emprunt international, oii d'aucuns tentent de trouver la solution du problème des réparations, équivaut à des prestations en nature. En outre, il bouleverse le marché des changes français, par l'arrivée à Paris de milliards de devises. Notre commerce et notre industrie s'alarment déjà de cette nouvelle cascade de cours du franc (i).
Voilà pour les réparations vues de France à l'automne 1922.
Mais vues d'Allemagne, elles ne se présentent pas plus favorablement. Car, peu importe le mode de paiement; il grève toujours de même le budget allemand. Le flot des marks papier va gonfler encore. Et l'on sait désormais où l'inflation condiiit im pays. Sans doute l'emprunt international procurerait un répit aux finances allemandes : mais dès l'échéance de la première annuité, les difficultés surgiraient. Un grand emprunt international est au surplus impossible tant que la dette de réparation n'est pas revisée. Quant au paiement en devises fournies par un excédent d'exportation, il est bien difficile d'en faire état : la balance du commerce allemand reste passive. L'effondrement du mark risque de consolider cette situation.
Mais, à tout prendre, l'acquit des réparations en nature, main-d'œuvre ou devises, semble plus dangereux pour la France qu'il n'est délicat pour les finances allemandes.
Or, si l'Allemagne ne répare pas, la France doit se substituer à elle. Nos budgets en déficit accuseront demain un déséquilibre progressif, croissant comme les arrérages des
(i) Sur ce point, les articles de M. Albert Desfaux, Information, 17, 19 août 1922.