‹ Le problème des réparations, comment le résoudreChapitre 3 sur 17 · LE PROBLÈME DBS RÉPARATIONS · texte numérisé non relu

LE PROBLÈME DBS RÉPARATIONS

emprunts nécessaires pour financer les réparations. Par un calcul assez simple, on peut fixer l'échéance où la dette en France absorbera le rendement des impôts et l'Etat français perdra tout crédit. Ce serait bien autre chose si nos Alliés exigeaient le paiement des arrérages de notre dette extérieure. Bref, si l'Allemagne répare, d'une façon quelconque, une crise industrielle surgira en France; le rendement des impôts fléchira; le déficit croîtra. Et si V Allemagne ne répare pas, les arrérages de la dette croîtront mathématiquement d'année en année jusqu'à absorber toutes les recettes.

Sans parler des répercussions financières outre-Rhin du paiement de la dette de réparations par V Allemagne à la France, notre pays semble enfermé dans un cercle d'où il lui est difficile de sortir au point de vue économique et financier.

Un plan doit donc être élaboré et appliqué au plus tôt : l'Allemagne doit réparer; des modalités doivent être trouvées permettant à la France de recevoir, sans en souffrir, les paiements de son débiteur.

Mais ces paiements doivent être proportionnés aux moyens dont dispose ce dernier. La solidarité économique des nations dicte au surplus la collaboration de tous les pays du monde soudés les uns aux autres par les liens étroits des relations économiques et financières. La solution du problème économique et financier posé par la guerre intéresse indirectement tous les pays. Tous doivent prendre leur part du fardeau commun.

Et cette part doit être répartie de telle sorte qu'aucun d'eux ne sorte de cette vaste liquidation ni tellement chargé, ni tellement avantagé, que toute concurrence soit impossible entre eux dans l'avenir.

Précisons et résumons : les auteurs de dommages doivent

réparer dans la mesure de leurs forces. Par les dettes immenses qu'elle a fait naître, la guerre a chargé toutes les grandes nations du monde. Le poids de ces dettes doit être réparti de telle sorte qu'aucune nation ne succombe, mais il doit être réparti aussi de façon qu'aucune des nations ne jouisse d'un avantage marqué sur les autres : concevrait-on en face d'une France grevée de 230 milliards de francs de dettes, une Allemagne dont la dette publique serait seulement de 100 milliards de francs? ou mieux encore, dont la dette serait intégralement amortie.

Aussi bien est-ce dire qu'il s'agit d'une œuvre de très longue haleine, où l'économiste doit, si je puis ainsi parler, s'aider d'une jumelle pour voir clair. Situation immédiate, problèmes de demain ou d'après-demain doivent également retenir son attention. Un pays s'acquitte-t-il dans la mesure de ses forces, la charge doit croître avec sa vigueur retrouvée. Un pays se reconstitue-t-il, ses étatsmajors doivent songer aux débouchés de la production refaite ou encore prévoir des commandes pour son industrie momentanément absorbée par l'œuvre des réparations.

C'est en nous inspirant de ces principes que nous allons tâcher de préciser les grandes lignes d'une politique économique et financière capable de rompre le cercle où notre pays paraît enfermé : si l'Allemagne s'acquitte, la France court à une crise économique redoutable (crise industrielle en cas de paiement en nature ou en main-d'œuvre, crise financière en cas d'acquit en devises), et si elle ne s'acquitte pas, c'est la banqueroute pour demain.

30 octobre IQ32.

Page 1