DÉFICIT EN
a) Déficit dès 1923 4 000 millions.
b) Déficit supplémentaire :
Arrérages de la dette extérieure 3 800 —
Arrérages pour réparations (800 millions X 3) . . 2 400 —
Total 10 200 millions.
Le problème de l'équilibre budgétaire devient insoluble. Nous sommes alors sur la pente irrésistible où sont entraînés les emprunteurs qui s'endettent pour payer les intérêts de leur emprunt.
Il est urgent de tirer un trait au bas de la colonne : arrérages de la dette publique ; et il faut en arrêter le total au chiffre prévu pour 1923, sinon le pire doit être envisagé.
Mais si nous tirons ce trait, le déficit de 4 milliards devient un maximum et la situation s'éclaire. Car en 1 924-1925, on peut prévoir une certaine compression de diverses dépenses. Et le chiffre de 4 milliards, quoique impressionnant, ne suffira pas à déterminer une catastrophe.
Encore faut-il (seconde condition), pour consolider à 4 milliards le déficit, que nos recettes se maintiennent à leur niveau actuel. Et notre pays doit être gardé soigneusement de toute crise économique qui les compromettrait. Mais si rien d'anormal ne survient, rien de ce genre n'est à prévoir raisonnablement ; nos recettes actuelles se maintiendront. Elles se développeront même parallèlement à notre reconstitution et à une reprise des affaires, dont les premiers symptômes peuvent être enregistrés depuis le printemps de 1922 au:: États-XJnia
et même en France. Encore faudra-t-il que les prestations en nature, main-d'œuvre ou devises, gardent une limite raisonnable.
Et nous concluons : notre déficit doit être consolide à 4 milliards pour qu'il cesse par sa croissance continue et progressive de compromettre définitivement notre équilibre budgétaire. On peut y réussir à une condition : limiter au chiffre actuel de 12 milliards le total des arrérages de notre dette. La France doit déposer le fardeau des réparations et pensions, qui jusqu'ici a pesé sur elle d'un poids de 80 milliards de francs. Les arrérages de la dette extérieure doivent sommeiller, sinon mieux, pendant de longues années encore. T.e problème de l'équilibre budgétaire ramené alors à celui d'un déficit de 4 milliards à combler cesse d'être insoluble.
Section IV, — L'équilibre monétaire.
Mais l'équilibre budgétaire retrouvé, l'équilibre monétaire ne tarderait pas à l'être. L'état de nos finances d'État domine les cascades déconcertantes du change.
L'apparition du projet de budget de 1923, avec son annonce d'un déficit de 4 milliards au budget ordinaire, a contribué à la tension du change de juin-juillet 1922. Et toute conférence relative aux réparations, en rouvrant le débat de l'avenir de nos finances, détermine de nouvelles fluctuations brusques du cours du franc. Du jour où l'équilibre budgétaire serait restauré, l'équilibre monétaire le serait par là même. Car seule la situation précaire de nos finances d'État compromet la stabilité du cours du change. Les autres éléments capables d'influencer le cours des monnaies ont retrouvé une situation à peu près normale : la balance de notre conn'»"'^
extérieur est en équilibre approximatif, la balance des capitaux s'y trouve également (i). Les frets ont cessé de nous grever lourdement. Et les touristes affluent dans notre paj^s. Aussi, pendant les six premiers mois de 1922, où le problème des finances d'État reste au second plan, la courbe des changes présente une stabilité relative. Mais dès juin 1922, on se reprend à parler équilibre budgétaire, réparations et, par surcroît, paiement des arrérages des dettes extérieures. L'obsédante croissance progressive et continue du déficit occupe à nouveau le premier plan de la scène. Les graphiques des changes se cabrent et la dent de scie reparaît. Mais c'est la preuve évidente qu'en France le problème de l'équilibre budgétaire domine celui de l'équilibre monétaire. Et la solution de toutes nos difficultés monétaires présentes se ramène en définitive à la réalisation de l'équilibre budgétaire. Notre budget en équilihre, le cours du franc serait par là même stabilisé.
Section V. — Conclusion : la restauraiion économique et financière de la France.
La France est capable par l'emprunt de pourvoir par elle-même à sa reconstitution et au paiement de ses pensions. Elle n'a besoin en grande quantité ni de capitaux étrangers, ni de marchandises, ni de main-d'œuvre importés du dehors. Elle se suffit, ou, en tout cas, elle se procure sans difficulté ce dont elle a besoin par le jeu normal des échanges internationaux. Mais ses budgets sont désormais impuissants à porter une charge d'arrérages supplémentaires. C'est cette charge, qui, dans
(i) « Le Retour à l'étalon or, principalement en France », Rwut Uonomique international ^ mars 1922.
l'avenir, doit être déplacée. Le problème ainsi posé est donc infiniment plus simple qu'il ne le semblerait à lire les dissertations courantes sur l'emprunt international à émettre par l'Allemagne, sur les prestations en nature ou en main-d'œuvre, que l'on n'hésite pas à chiffrer par milliards de marks or et par an. L'arrivée de milliards en nature, main-d'œuvre ou monnaies étrangères, créerait l'indigestion sur le marché français. Les besoins de la France sont beaucoup moindres. Le montant des dépenses recouvrables atteint-il en 1923 14 milliards (10 milliards au titre des réparations et 4 milliards pour les pensions et les frais d'occupation), la France peut sans difficulté trouver ces 14 milliards nécessaires par l'emprunt. Mais son budget ne saurait supporter la charge d'arréragé de cet emprunt, soit 840 millions de francs à 6 pour 100.
Section VI. — La restauration économique et financière des autres pays belligérants.
Mais si le problème de la restauration économique et financière de la France comporte des données aussi largement simplifiées, celui de la restauration des autres pays belligérants l'est par là même. Car la reconstitution française, par son étendue, par les différends qu'elle suscite périodiquement entre alliés ou entre alliés et ennemis d'hier, domine la reconstruction européenne tout entière.
La France, en entreprenant par elle-même et par eUe seule sa propre résurrection, a singulièrement simplifié la tâche des hommes d'État des autres nations.
En pansant elle-même ses blessures, elle permet aux peuples économiquement intacts en Europe de s'adonner
à une tâche non moins indispensable : la reconstitution des autres pays belligérants. La Grande-Bretagne, les neutres de la guerre ont donc une mission naturelle, pendant que la France, avec le concours de l'Allemagne, procède à sa propre restauration, celle d'entreprendre la reconstitution des belligérants accablés par la guerre ou par la révolution. Sans doute, les peuples déchus ou diminués économiquement et financièrement par la guerre (Russie, Autriche, Hongrie) s'aideront eux-mêmes plus efficacement qu'ils ne seront aidés par l'étranger. De grands pays agricoles doivent demander d'abord à l'énergie de leurs paysans l'effort nécessaire à leur restauration. Mais les étrangers interviendront utilement pour leur fournir semences, instruments aratoires, moyens de transport, utiles aussi pour seconder l'initiative des producteurs eux-mêmes. Mais cette initiative doit être placée au premier plan et, sans elle, l'aide étrangère resterait inefficace.
Les principes humanitaires commandent cette intervention. Mais l'intérêt bien compris la conseille. La Grande-Bretagne trouverait là un remède partiel à sa crise de chômage. L'état du marché des capitaux britanniques permettrait à nos alliés de financer la restauration de la Russie et de l'Europe centrale et orientale. La métallurgie, les transports maritimes et plus tard les industries textiles tireraient avantage en Grande-Bretagne de la résurrection économique de ces peuples désaxés.
Nous ne nous dissimulons pas l'ingratitude de cette tâche séduisante par sa grandeur, mais inquiétante par ses aléas. Mais l'ère de l'abnégation et des sacrifices est ouverte depuis le 2 août 1914 ; elle n'est pas près de se fermer. La puissance financière de la Grande-Bretagne,
largement mise au service des belligérants pendant la guerre, doit se consacrer aujourd'hui au relèvement des peuples déchus. La France ne saurait intervenir bien efficacement aussi longtemps qu'elle est absorbée par sa propre restauration. L'Allemagne de même. Cependant, une Allemagne financièrement reconstituée pourrait collaborer à cette œuvre de salut européen : car ses forces économiques sont intactes. Nous préférerions cependant que la direction et l'initiative appartinssent ici à la Grande-Bretagne. Et les événements y tendent d'ailleurs : car l'Allemagne manque de capitaux, l'Allemagne supportera désormais la charge des réparations françaises. L'Allemagne pourrait fournir des outils et de la main-d'œuvre. Mais la finance britannique conserverait la haute main sur cette entreprise : car elle apporterait l'argent.
Mais, et voilà où tend notre démonstration, la France, l'un des pays les plus durablement éprouvés par la guerre, procédant elle-même à sa reconstitution, l'œuvre de restauration du reste d-e l'Europe est par là même simplifiée d'autant. Elle échoit naturellement aux peuples économiquement intacts.