‹ Le problème des réparations, comment le résoudreChapitre 5 sur 17 · II · texte numérisé non relu

II

On pouvait douter de la possibilité pour notre pays de supporter la charge des réparations. L' exceptionnelle capacité d'épargne des Français a résolu le problème. De 4 à 5 milliards de francs avant guerre, notre puissance d'épargne a passé à 30 ou 40 milliards de francs par an et s'est maintenue à ce chiffre en 1920-1921. Nous avons cessé d'être les banquiers du monde ; mais nous avons été notre propre banquier. Pendant la guerre, les pays étrangers nous ont servi de banquier ; dès l'armistice, la situation s'est modifiée. Nous sommes devenus notre propre banquier et nous n'avons point cessé de l'être. L'œuvre de reconstitution, susceptible d'être paralysée faute de capitaux disponibles, a progressé d'une façon remarquable. Et nul autre pays, dans une situation identique, n'eût sans doute procédé de même à son propre relèvement.

Les capitaux eussent été insuffisants sans la contrepartie de marchandises et de main-d'œuvre indispensable pour les utiliser. D'abord largement tributaires de l'étranger, nous avons depuis 1921 réussi à satisfaire dans la plus large mesure, par nos propres moyens, notre besoin de marchandises. Notre industrie largement reconstituée s'est adaptée à cette tâche nouvelle. Notre main-d'œuvre a été concentrée dans le Nord (ouvriers

du bâtiment surtout). La reconstruction de nos régions envahies constitue pour nous un palliatif contre le chômage de nos industries. A une époque où, pour des raisons bien connues, les débouchés extérieurs sont limités, nos usines se félicitent des commandes passées par la région du Nord et de l'Est au titre de la reconstruction. Mais on ne saurait trop répéter que nous avons réussi par nous-mêmes et par nous seuls à résoudre les plus graves des problèmes posés par les réparations : nous avons trouvé les capitaux, les marchandises et la maind'œuvre indispensables pour cette tâche immense. Notre puissance productive d'avant guerre est aujourd'hui en majeure partie récupérée. Seules les maisons d'habitation attendent encore maçons et architectes ; et nos malheureuses régions conservent de ce fait leur aspect désertique de la guerre. Mais au point de vue économique et financier, un effort énorme a été accompli, l'effort essentiel, l'effort de résurrection de la production. Et le problème des réparations pourrait être considéré comme résolu, si les emprunts directs ou indirects de VËtat m créaient pour nos budgets une charge régulièrement progressive qui, par sa croissance, menace de compromettre définitivement l'équilibre de nos budgets.

Dans la situation économique et financière de la France, ce qui est grave, ce n'est donc pas l'état de ses forces prodtictives : nous avons pu par nous-mêmes jusqu'ici les relever très large7nent. Mais cette œuvre de réparation a créé pour nos budgets une charge financière, qu'il nous devient de plus en plus difficile de porter et qui menace de nous conduire à la banqueroute. Jusqu'au début de 1922, nous avons pu dépenser au titre des pensions et des réparations 80 milliards de francs, représentant une charge annuelle en arrérages de 4 milliards de francs;

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jiiste le déficit de notre budget ordinaire. Il faut s'arrêter.

Une conclusion se dégage dès maintenant : la France, grâce à sa puissance d'épargne, grâce à son industrie largement reconstituée et à sa main-d'œuvre concentrée dans les régions dévastées, assure par elle-même l'œuvre des réparations. Toutefois, les arrérages des sommes à emprunter pour prolonger cette reconstitution ne sauraient désormais être inscrits à nos budgets sans en compromettre définitivement l'équilibre. Les arrérages de ces emprunts, voilà la charge à déplacer. Tel est le nœud du problème.

Section III. — L'équilibre budgétaire.

Tel est le nœud du problème ; car, avec un déficit consolidé à 4 milliards, l'équilibre budgétaire en France est concevable. Porté à un chiffre plus élevé, il compromettrait définitivement notre situation financière et par là même notre situation économique. Dans notre France dévastée et si durement éprouvée par la guerre, le seul problème à résoudre encore est celui de l'équilibre budgétaire. Nous avons triomphé de nos difficultés économiques d'après guerre par la reprise de la production, la réorganisation de nos transports terrestres et maritimes, le rétablissement partiel de notre commerce extérieur. Les troubles sociaux ont perdu leur acuité ou même ont disparu. Le chômage né de la crise de 1920 est désormais un souvenir. L'équilibre économique et social est en France à peu près réalisé. Mais le déficit de nos budgets menace de compromettre cet équilibre relatif obtenu au prix d'efforts opiniâtres. Il va de soi qu'une défaillance de l'État français entraînerait une perturbation

générale, dont les conséquences sont impossibles à prévoir. L'œuvre des réparations serait enrayée ; les changes seraient bouleversés ; l'inflation reprendrait ; la situation actuelle de l'Allemagne nous permet de présumer la pente où nous glisserions.

La réalisation de l'équilibre budgétaire domine donc en France toutes nos difficultés présentes ; et nos difficultés présentes se limitent à cela. Après avoir réussi à les circonscrire aussi heureusement, évitons de les voir s'étendre.

Autrement dit, est-il possible de fixer dès maintenant à 4 milliards le déficit à combler et à 4 milliards l'effort financier supplémentaire, mais décisif, à demander au contribuable français. Est-il besoin d'ajouter que nous obtiendrions plus facilement ces ressources nouvelles, si nous pouvions dire à notre contribuable : ce sacrifice est le dernier.

Notre déficit budgétaire peut être consolidé à 4 milliards à deux conditions : nos dépenses n'augmentent pas ; nos recettes ne fléchissent pas.

La première condition sera remplie sans difficulté à une double condition : si la charge des dépenses recouvrables cesse de peser sur notre budget, si notre dette extérieure nous est remise. Le graphique de nos dépenses, sans cela, atteindrait avec une rapidité surprenante un niveau si élevé, que tout équilibre deviendrait une utopie. Les arrérages de la dette extérieure exigeraient par an un débours supplémentaire de 3 800 millions de francs au moins (sans tenir compte de la hausse probable du change à attendre de l'annonce d'une pareille nouvelle) et la croissance des arrérages de notre dette publique née de nos emprunts pour réparations et pour pensions, à raison de 7 à 800 millions par an, ne tarderait pas à

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porter ie déficit de notre budget vers 1926 à 10 milliards au moins.

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