LA MAUVAISE VOLONTÉ DU PERSONNEL ALLEMAND
Cette mauvaise volonté füt une des plus grosses difficultés qu’eut à vaincre le Comité Directeur des Douanes. Nous avons vu que l’obligation d'employer le personnel technique allemand ne pouvait être éludée aussi bien pour la frontière Ouest que la frontière Est en raison de la nécessité de l’application, donc de la connaissance, des règlements douaniers du Reich.
Dès le premier jour de l'institution des sanctions économiques, un certain nombre d'agents allemands ne voularit pas servir sous les ordres de la Haute-Commission, prirent la fuite et se réfugièrent en Allemagne non occupée. Ces défections rendirent en plusieurs endroits la situation d'autant plus critique que ces foncticnnaires occupaient un poste plus important. On peut citer le Directeur du Landesfinanzämter du Ludwigshafen, le Directeur du Hauptzollamt de Kaiserslautern, deux Zollinspectoren de Spire, l'Ober-
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zollsecretär d’Aix-la-Chapelle, le Zollsecretär de Hæœchst et celui de Worms.
Tous ces agents furent déférés devant les tribunaux militaires pour infraction aux ordres de la Haute-Commission Interalliée des Territoires Rhénans. Ils furent condamnés à des peines de prison de 5 à 8 mois et à des amendes allant de 8000 à 20.000 marks. Mais ces mesures napportèrent pas de remède à la situation. Le Comité Directeur des Douanes avait pourtant pris des mesures sévères tendant à obliger les fonctionnaires allemands à rester à leur poste. Par sa circulaire No 58 en date du 2 avril, il interdisait à ces agents de quitter les Territoires Occupés pour se rendre en Allemagne, sans une autorisation de leurs chefs immédiats. Ceux-ci étaient responsables devant lui des autorisations ainsi délivrées. D'autre part, aucune mutation prononcée par une autorité située en dehors des Territoires Occupés ne devait être exécutée sans l’agrèment du Comité Directeur. |
Le 14 avril, la Haute-Commission envoyait aux délégués de districts la circulaire suivante :
« Veuillez faire exécuter une surveillance sur les fonctionnaires « allemands des douanes et faire mettre en état d’arrestation en les « déférant devant les tribunaux militaires par application des Ordon- «nances 77 et 81, tous ceux de ces fonctionnaires qui seraient con- « vaincus d’avoir quitté la résidence qui leur est affectée sans auto- «risation. »
« La surveillance devra s'exercer principalement sur les fonc- «tionnaires supérieurs, Directeurs des Landesfinanzämter et Haupt- «zollämter. »
Le 20 avril, le Comité Directeur des Douanes prescrivait qu’en aucun cas, les agents allemands des douanes ne pouvaient se rendre Sans autorisation en Allemagne non occupée, même en invoquant des motifs de service, et qu’inversement, les fonctionnaires des Territoires non occupés ne pouvaient sous aucun prétexte venir inspecter, contrôler ou donner des instructions aux services douaniers de Rhénanie.
La presse allemande protesta violemment contre les mesures prises par la Haute-Commission. On lit dans la « Frankfurter Zeitung » du 18 avril 1921 :
« En raison de l'établissement prochain de la frontière douanière «sur le Rhin et du caractère des services que les autorités fran- «Çaises exigent des douaniers allemands, M. Weïersmuller, Direc-
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«teur du Haupizollamt de Ludwigshafen et M. Mann, son rempla- «çant éventuel ont abandonné volontairement leurs fonctions. Ces « fonctionnaires ne peuvent pas concilier avec leur conscience et le «serment prêté aux services allemands, l'exécution des exigences CHPANGAISÉS RIT >»
.. . . « D’après une dépêche de la Haute-Commission de Cob- «lenz adressée à l’'Hauptzollamt de Ludwigshafen, il a été stricte- « ment interdit aux fonctionnaires de ce service de quitter le lieu < de leurs fonctions et de pénétrer en Territoires non occupés, même « pour affaires privées. En raison des relations assez étroites entre « Ludwigshafen et Mannheim, cette interdiction est une restriction « formelle apportée aux libertés individuelles. »
Nous avons vu plus haut que de graves embouteillages se produisirent sur les voies ferrées. A la date du 26 avril 7 trains étaient arrêtés dans le ressort de la sous-commission des chemins de fer de campagne de Ludwigshafen, 78 trains dans celui de Mayence, et 6 dans celui de Coblence. Tous ces inconvénients ne se seraient pas produits si les fonctionnaires allemands avaient plus sainement compris leur devoir et rempli leur tâche.
Après les mesures de rigueur, le Comité Directeur s’occupa de remplacer le personnel défaillant. Par sa circulaire No 253, il invite ses délégués à procéder d'urgence au recrutement des agents auxiliaires estimés indispensables, sous couvert de l'autorité allemande. Les traitements alloués à ces nouveaux agents devaient être les mêmes que ceux accordés au personnel similaire engagé précédemment le paiement incombant aux autorités allemandes.
Dès la deuxième quinzaine de mai, le gouvernement du Reich adressa aux fonctionnaires des douanes l’ordre de continuer leurs fonctions sous la direction de la Haute-Commission. Les départs devinrent alors dé plus en plus râres et le travail fut exécuté consciencieusement et conformément aux directives du Comité Directeur des douanes. Certains fonctionnaires travaillèrent 12 et 15 heures par jour. Devant ces manifestations de bonne volonté, il fut décidé de récompenser le zèle des agents par des indemnités spéciales. Les heures supplémentaires furent payées au taux de 1/8° du salaire journalier. Les fonds nécessaires furent prélevés sur les recettes douanières. La dépense occasionnée de ce chef atteignit près de 700.000 marks. En outre, certains fonctionnaires supérieurs ayant accompli la lourde tâche qui leur était échue avec dévouement, on leur accorda des gratifications de 500 à 2000 marks.