CONSÉQUENCES ÉCONOMIQUES
IH semble évident que l’industrie des Territoires occupés a subi, pendant le cours de l’année 1921, une crise assez sérieuse, mais il n'apparaît pas que la ligne douanière du Rhin en soit un facteur très important. En cela la Rhénanie a subi le sort général de l’industrie allemande à cette époque. Il est probable même que la crise a été adoucie en Pays Rhénans par le protectionisme dont ont bénéficié grâce à la ligne douanière du Rhin certaines industries des Territoires Occupés.
Il n'existe pas de statistique qui permette de comparer de façon précise à des époques identiques la situation économique des pays occupés et de l’Allemagne libre. Nous le regrettons car nous sommes
(1) Ces craintes furent telles qu'à Ludwigshafen, les 9 et 10 mars, des milliers d’autos, de camions, de voitures, encombrèrent les rues conduisant au Rhin. Ces véhicules étaient chargés de marchandises auxquelles on se hâtait de faire passer le fleuve avant l'édification de la frontière douanière que l’on croyait imminente. L'encombrement fut si grand que la police düt prendre des mesures et que la circulation des tramways fut interrompue.
persuadés qu’elles auraient démontré dans leur ensemble que les Pays Rhénans ne perdirent pas grand chose à l'institution de la ligne douanière du Rhin.
La presse allemande s’est étendue avec complaisance sur certaines annulations de commandes, sur des transports précipités de marchandises de part et d'autre du Rhin, sur les transferts de certaines maisons de commerce de la zone occupée à la zone libre et inversement. Evidement ces faits se sont produits mais il importe de ne pas en exagérer l'importance et le nombre. Les transports précipités de marchandises n’ont porté aucun préjudice à l’industrie. Au contraire, ils ont été la cause d’un coup de fouet donné à la production ; c’est ainsi que les fabricants de chaussures de Pirmasens firent brusquement de gros envois vers la rive droite. Le 9 mars, plus de 8000 colis furent expédiés dans les seuls bureaux de poste de cette ville. re
Quant aux annulations de commandes et au transfert de firmes, ces inconvénients ne se sont produits que tout à fait exceptionnellement.
La statistique du nombre des licences demandées chaque mois au service de Bad Ems montre que la ligne douanière du Rhin n'eut pas une grande influence sur la situation économique. Cette statistique s’établit ainsi :
Juin Juillet
Si le régime douanier des provinces rhénanes avait été une telle entrave à leur commerce, la suppression de ce régime aurait causé un relèvement immédiat du nombre des demandes de licence, or on voit qu’en septembre le nombre des dérogations demandées s'élève à 44.732 alors qu’en octobre, il n’est plus que de 23.746.
On a prétendu que les marchandises périssables se corrompaient dans les gares en attendant la visite des agents des douanes. Cela est si peu exact que l'écoulement des fruits frais de Rhénanie, marchandise particulièrement périssable, qui a lieu principalement dans le district industriel rhéno-westphalien se fit sans plus de difficultés que les années précédentes.
rs PAU TER La presse des Territoires Occupés n’en ouvrit pas moins une campagne violente contre la ligne douanière, obéissant en cela à son esprit allemand et non pas rhénan. Nous lisons dans la « Kôlnische Zeitung » du 1°’ juin :
«La difficulté principale provient de l'impossibilité de faire « l'échange des produits demi-manufacturés avec les pays non- « occupés. Une autre question grave est celle du grand retard causé «par l’embouteillage du trafic. Les plus atteintes sont les indus- «tries chimiques et les manufactures de cigarettes qui sont presque « paralysées par la concurrence, les métiers qui travaillent le bois, le « coton, la fabrication des draps et du coton végétal, les produits de « la résine, les fabrications de parquets, les fabriques de gélatine, ainsi «qu’une grande manufacture de produits pour la protection des « plantes. D’autres restrictions de toutes sortes sont imminentes. « Les commandes ne viennent pas ou même sont rètirées. L'opinion « des industriels est qu’un Krach économique ne peut être évité si la «ligne douanière est maintenue. »
La «Pfälzische Rundschau » déplore la situation particulière du Palatinat que sa séparation d’avec l’Alsace-Lorraine et la Sarre avait déjà gravement atteinte ; la nouvelle ligne douanière lui porte le dernier coup. D’après ce journal, ce sont les industries du tabac, des allumettes, les brasseries et la culture vinicole qui ont le plus à souffrir. Naturellement, il n’est fourni ni statistiques ni chiffres ; ou quand on ên donne, ce sont des évaluations vagues et sans bases contrôlables ; par exemple au 5 juin la «Pfälzische Rundschau » évalue à «plusieurs» millions de marks les pertes subies par les viticulteurs.
La « Rheinische Zeitung » s'étend sur la « ruine économique », Ja « Situation désespérée » des Provinces Rhénanes, sur les « conséquences désastreuses » du régime douanier. Elle reconnaît toutefois que dans l’industrie du bois, les ateliers travaillent à plein rendement et que les domestiques sont de plus en plus difficiles à trouver.
La « Bonner Zeitung » déclare que :
«La diminution de la production de certaines fabriques peut être « évaluée à 30 et 50 %. Une firme qui tire de la zone occupée des
«barres d’acier a dû, après un arrêt passager réduire son activité « de 60 %.»
«.... Dans le port de Düsseldorf, le trafic des bateaux mar-
«chands a diminué de moitié. Les ouvriers licenciés ne peuvent
« plus trouver à s'occuper, le chômage augmente . . . .» (7 juillet 1021) C0)